Arnaud FLOC'H (1961) - LA COMPAGNIE DES COCHONS (2009)

Les principaux personnages

      Wallaye SIDIBÉ est le personnage principal du récit. Il est Noir, fils de griot. Il connaît tout le monde et tout le monde le connaît à Bamako avec son appareil photo pendu au cou, prêt à servir, car il s'est improvisé photographe. Dans l'enceinte du dispensaire du quartier pauvre de Lafiabougou, à l'ouest de la capitale, il photographie des courses clandestines qu'il organise en échange de bakchichs versés à l'officier de la police locale. Sur la ligne de départ, les participants sont infirmes, unijambistes ou cul-de-jatte. Les Blancs et les Ministres achètent très chers et collectionnent les clichés qu'il tire dans son échoppe et qu'il expose au Centre culturel. Le produit des ventes sert à acheter des chaises roulantes à Paris ou à Dubaï au profit des coureurs mutilés du dispensaire. Mais, Wallaye Sidibé n'a pas que des amis. Il ne se contente pas de cette ressource pour son œuvre humanitaire, au cours de ses pérégrinations, quand il surprend des personnalités locales en flagrants délits d'adultère il fixe leurs ébats sur pellicule. La remise aux intéressés des épreuves compromettantes contribue grassement au budget de sa généreuse entreprise. Ses occupations servent aussi les intérêts des autorités. Certains l'accusent même de double jeu, en raison de sa fréquentation des touristes  dans les hôtels et de son amitié pour des Blancs. Sidibé fait partie de la longue liste des amants de Suzanne.

      Vidali est vétérinaire. C'est un Blanc qui vit depuis longtemps en Afrique.

    Joseph Vidali, est le fils adoptif du vétérinaire. Les parents naturels du jeune homme étaient Nigériens. Ils sont morts de faim alors que l'enfant n'avait que deux ans. Joseph affirme ses origines africaines par sa tenue vestimentaire et la tenue d'un salon de coiffure afro.

     Suzanne Lemerre est mariée à un riche entrepreneur de travaux publics, qui a vingt ans de plus qu'elle. Elle trompe son ennui dans les bras de nombreux amants. Wallaye Sidibé est l'un d'entre-eux.

     Émile Lemerre, son époux, a le bras long grâce à ses accointances avec des dirigeants politiques bénéficiaires de ses générosités pécuniaires en échange de l'obtention de gros chantiers publics. S'il s'accommode des aventures sexuelles de son épouse, imaginer ses ébats avec le Noir Wallaye Sidibé, lui est insupportable.

    Violette, une mégère laide, vulgaire, ordurière, est l'autoritaire patronne d'une ferme dont la porcherie tient un grand rôle dans le déroulement de l'histoire. Son époux, Anicet, se charge de livrer dans certains restaurants et hôtels de la ville, leur production de viande de porc et de poulets. Ils comptent aussi la communauté blanche dans leur clientèle. Tous deux sont nés et ont toujours vécu en Afrique et n'imaginent pas pouvoir vivre ailleurs. Le réveillon de Noël des principaux personnages de l'histoire aura lieu à la ferme.

    Jean et Mireille sont des instituteurs français coopérants. Ils s'approvisionnent chez Suzanne et Anicet. Seul enfant dans un milieu d'adultes, Louis, leur fils, reste souvent désœuvré, livré à lui-même. Il a pour compagnon, un chien berger qui aura un des rôles déterminant dans le déroulement du récit.

    Ousmane est un des malheureux handicapés qui participent aux courses du dispensaire. C'est un personnage plein de candeur et de générosité. Il a adopté un chien mutilé comme lui.

     Le responsable de la police locale a de gros besoins financier avec ses deux épouses à charge. Il contrôle les activités illégales et en tire bénéfice pour fermer les yeux sur leur existence.

     Les Noirs observent les Blancs d'un œil goguenard. Ils tentent, tant bien que mal, de survivre à la misère et de s'accommoder avec humour de la sordide réalité quotidienne.

L'histoire

     Sidibé est le fil conducteur d'un récit mêlant documentaire et fiction, destiné à rassembler des situations fréquemment rencontrées en Afrique. Le scénario, parfois difficile à suivre pour le lecteur, est construit sur une trame dans laquelle différentes petites histoires sont imbriquées. Son contenu fait ressortir les relations complexes entretenues au quotidien entre les individus. Arnaud Floc'h y met en évidence le climat d'une ville dans laquelle se côtoient misère, pauvreté, dépendance, richesse, puissance, cupidité, jalousies, rancœurs, attachement au pays et nostalgie de temps révolus. Un monde où le sexe, le mensonge, les pots-de-vin, le chantage, la corruption, les menaces criminelles sont omniprésents, mais dans lequel, il reste encore une place pour des êtres candides et généreux.

     Toutes les petites intrigues mises en scènes s'appuient sur la diversité des histoires personnelles des héros du récit. La trame du scénario paraît quelque peu faiblarde en raison de l'ambition de l'auteur de les traiter dans un seul album.

     Le dessin, fruit d'une connaissance approfondie du pays par l'auteur, restitue fidèlement l'atmosphère de pauvreté poussiéreuse de la capitale du Mali et la vie quotidienne de ses habitants. La représentation figurative des scènes, renforcée par la qualité des couleurs majoritairement basées sur des variations de tons ocre, immerge le lecteur dans la réalité africaine. Leur réalisme est tel qu'on s'attend à percevoir les conséquences olfactives de l'insuffisance des infrastructures sanitaires de la plupart des quartiers populaires de la ville. Seulement, voilà, les odeurs agréables ou mauvaises ne se dessinent pas!

     L'entreprise généreuse de Sidibé et les moyens qu'il emploie pour parvenir à ses fins ne sont pas sans rappeler le combat désespéré du héros de Romain Gary, Morel, dans LES RACINES DU CIEL.    

     La qualité et la richesse documentaire des images invitent à relire l'album  avec plus d'attention, c'est alors que le lecteur peut apprécier la richesse des thèmes évoqués, qu'il lui faudra approfondir personnellement par ailleurs.

 

2015_10-08 Arnaud Floc'h à Plaisir de lire UTL Montargis