Michel del CASTILLO (1933) - Rue des Archives (1994)

Averti du décès de Candida par la fille de son dernier mari, Félix, Michel del CASTILLO trie et range les affaires de sa mère envers laquelle il éprouva un amour fusionnel dans son enfance. L'auteur tente d'éclairer l'énigme que fut Candida, alias Isabel, alias Isabelita, alias Blanche Azéma, alias Victoria et de recomposer sa vie par rapport à la sienne.

rue des archives 

L'homme qui a  su transcender ses souffrances dans son œuvre et qui est devenu un écrivain reconnu, se fait complice et confident de son double Xavier (prénom de son frère aîné), l'enfant de neuf ans victime des tribulations maternelles puis abandonné à Paris sur un trottoir du boulevard Haussmann.

Les archives révèlent une Candida, mégalomane, manipulatrice, affabulatrice, égoïste, mythomane qui a exploité son entourage toute sa vie et particulièrement ceux qui l'aimaient, son fils et aussi le pauvre Félix, éternel amoureux transi, quoique lucide.

Candida était une femme émancipée pour l'époque. Elle masquait sa fragilité sous une accumulation de mensonges telle, que cette enveloppe protectrice finissait par l'étouffer ou par craquer. C'était alors la fuite, l'abandon, la trahison de ceux qui l'avaient protégée jusque là, pour aller se construire une nouvelle vie ailleurs, dans une autre gangue de mensonges… Démasquée, elle n'hésitait pas, afin d'échapper à sa nudité, à retourner vers d'anciens nids, à rapiécer momentanément ses oripeaux dans l'attente d'une  nouvelle aubaine. Il lui arrivait parfois de considérer lucidement sa façon d'agir, mais elle ne pouvait s'empêcher de récidiver.

transformation femme

Michel del CASTILLO décrit la déchéance de sa mère à la fin de sa vie. Malgré toutes ses turpitudes, des personnes lui restaient attachées, étaient encore "bluffées" par ce qu'elle fut. Il restait encore des personnes dont elle n'avait pas réussi à se faire détester ! Sans scrupule, cette femme alla jusqu'à tenter de faire vendre aux trois pauvres femmes qui ont élevé son fils Aldo, leur modeste maison, leur unique bien.

Candida avait une relation maternelle malsaine qui l'a conduite à exploiter la sensibilité et de l'amour de Michel. Aldo, un des frères de Michel, avait le même caractère que sa mère. Mais c'était, chez lui, sans aucune mesure, ni la moindre conscience. Le duo Candida-Aldo, quand ils se retrouveront, portera au paroxysme les méfaits consécutifs à leur mégalomanie, leurs combines et leur goût du luxe.

Michel, le fils, n'accable pas sa mère de reproches. Son double, Xavier souffre, prostré, affectant l'inattention lors des découvertes pénibles souvent sordides, replié sur sa souffrance d'enfant, jouet du destin. Michel del CASTILLO, écrivain, analyse froidement la situation, conscient que son équilibre affectif et mental nécessitent de se détacher de l'emprise de sa mère.

Les "pourquoi ?" de Xavier ne trouveront pas de réponse. Les "comment ?" de l'écrivain seront partiellement éclaircis.

Michel del CASTILLO aborde sommairement en filigrane les aléas de sa propre vie traités dans ses autres ouvrages autobiographiques : Tanguy, 1957 ; La nuit du décret ,1981 ; La Gloire de Dina, 1984 ; Une femme en soi, 1991 ; Le crime des pères, 1993 ; Mon père français 1998 ; La tunique d'infamie, 1998 ;  Les Étoiles froides, 2001 ; Les portes du sang, 2003.

Rue des archives a obtenu le Prix Genevoix (1994)