17 juin 2011

LE PIN BLANC D’AMÉRIQUE - LES CONSÉQUENCES DE SA SUREXPLOITATION AU XIXe SIÈCLE DANS LE MICHIGAN

LE PIN BLANC D’AMÉRIQUE - LES CONSÉQUENCES DE SA SUREXPLOITATION AU XIXe SIÈCLE DANS LE MICHIGAN

Situation géographique du pin blanc

 Il y a environ 6 000 ans, 30 à 40% de la composition forestière le long de la vallée du Saint-Laurent et dans la région des Grands Lacs étaient constitués de pins blancs (Pinus strobus L.). Cette espèce disparue d’Europe n’occupe aujourd’hui que la partie nord-est  du continent américain.

Conditions de développement du pin blanc 

 Cet arbre géant des forêts du nord-est de l’Amérique peut atteindre une hauteur de 40 à 60m, la souche dépasse souvent 1à 1,20m de diamètre. Si ses conditions de développement sont favorables, il a une croissance rapide et une longévité surprenante.

Cette essence qui peut s’adapter à une grande diversité de sols, voit sa croissance favorisée sur les sols sablonneux et bien drainés. La croissance des jeunes pins, qui nécessite la pénétration de la lumière dans le sous-bois, est compromise si elle se trouve en compétition avec celle d’autres espèces résineuses ou de feuillus. 

Adulte, ce pin s’adapte au feu. Sa résistance aux incendies modérés se renforce avec l’âge de l’arbre grâce à son écorce épaisse qui protège le tronc de la chaleur. D’autre part, la distance des premières branches du pin adulte au sol est souvent importante, ce qui isole le feuillage des flammes. Le passage du feu élimine la couche superficielle du parterre forestier et le dessus aéré de l’humus, et augmente la possibilité de germination. Le feu, en détruisant les espèces végétales sensibles au feu, ouvre le passage de la lumière jusqu’au sol et favorise la croissance des futurs plants.

Les incendies périodiques naturels (orages, sécheresse) ou provoqués par l’homme depuis des millénaires ont aidé le maintien et le renouvellement naturel de l’espèce.  

Certains pins blancs survivant de nos jours furent témoins au XVIIe siècle de l’arrivée des premiers explorateurs européens. Plus de 95% des millions d’hectares de pinèdes qui couvraient l’est de l’Amérique du Nord n’ont pas survécu à l’action des hommes.

 Les hommes et le pin blanc 

Une concordance de l’aire de répartition du pin blanc avec celle des territoires occupés par les premières populations humaines a été mise en évidence. De ce constat, a été suggérée l’idée que la pratique des brûlis largement utilisés tant pour l’agriculture, la chasse et l’aménagement du territoire par les peuples autochtones de l’Amérique du Nord, aurait, en plusieurs endroits, contribué à créer des conditions favorables au développement des grandes forêts de pins blancs.

En Amérique du Nord, le pin blanc a toujours fait partie de la vie des gens. Les populations autochtones recouvraient l’extérieur de leur maisons avec son écorce et utilisaient la résine mélangée à de la cendre pour calfater les canots d’écorces.

La région des Grands Lacs fut exploitée par les coupeurs de bois à partir de 1618.

La colonisation encore timide a fourni les première bases d’une exploitation des ressource forestières concentrée le  long des cours d’eau pour satisfaite aux besoins locaux.

Les premiers colons de la Nouvelle Angleterre appartenaient à des sectes protestantes. Leur interprétation littérale de l’Ancien Testament plaçait l’homme au sommet du reste de la création. L’homme pouvait donc dominer la terre. S’installer, au détriment des populations autochtones, des animaux et des plantes, n’était pas un problème moral. Certains parmi ces colons étaient prédestinés à être des élus.  L’Amérique était le paradis terrestre promis aux élus par Dieu. Devenir riche était leur récompense.  

Au début du XIXe siècle, l’exploitation intensive des pins blancs d’Amérique du Canada et du Nord-est de la Nouvelle Angleterre commençait à poser des problèmes de raréfaction. La frontière forestière a progressé de l’Est vers l’Ouest en fonction de l’épuisement des ressources.   

Le Michigan accueillit une vague d’une centaine de milliers d’immigrants après l’ouverture du canal Érié en 1825, qui favorisait le commerce dans les Grands Lacs. Après son entrée dans les États-Unis, une vague de près de 380 000 immigrants de 1837 à 1860 y afflua. Ces migrants étaient originaires des États de l’Est de l’Union, du Nord de l’Europe ou du Canada. Certains ont profité de l’opportunité d’acquérir à bon prix des terres fertiles pour s’installer comme colons dans une région encore vierge, repoussant la frontière des terres agricoles vers l’ouest. D’autres se faisaient embaucher comme travailleurs dans l’agriculture, l’exploitation du bois et dans les années 1840 dans les mines de cuivre et de fer de la Péninsule Nord. Les besoins grandissants, la présence des Grands lacs s’accompagnaient des perfectionnements techniques de la hache, l’utilisation de la hache à double tranchants, des cognées, des scies à double poignées, des scies à chaîne. L’installation dans un premier temps de scieries à eau puis de scieries à vapeur favorisèrent l’exploitation intensive des forêts. La production de pins du Michigan a rapidement progressé dans les années 1850. Elle a enregistré une hausse majeure, des années 1864 au début des années 1870. Grâce à la mise au point d’un nouveau type de locomotives à vapeur pour extraire les grumes, en 1880, des endroits trop pentus et très accidentés devinrent accessibles.

En 1891, les pinèdes du Michigan étaient épuisées. La frontière forestière continua sa progression vers le Wisconsin, le Minnesota et le nord-ouest du Pacifique. On estime qu’à cette date, 160 milliards de Pieds planche (37 millions 760 mille stères) ont été récoltés dans les pinèdes du Michigan. L’Amérique de la deuxième moitié du XIXe siècle s’est construite à partir du bois de cette magnifique forêt primitive.

De 1860 à 1910, d’immenses fortunes se sont constituées au Michigan avec la récolte, le sciage de grumes, et la commercialisation du bois d’œuvre. Les forêts épuisées, les tenants des fortunes  réalisées dans l’exploitation forestière, ainsi que celle des mines de cuivre et de fer de la Péninsule Nord, ont investi de l’argent dans l’industrie automobile naissante, ce qui est une des principales raison de sa concentration  à Detroit, dans le Michigan.

 Fonctionnement de l’exploitation forestière 

Les entrepreneurs forestiers amenaient avec eux des capitaux, des techniques et de la main d’œuvre spécialisée. Les fermiers et les ouvriers agricoles migraient l’hiver vers les exploitations forestières comme bûcherons.  L’abattage se faisait le long des cours d’eau. Les troncs étaient poinçonnés, stockés sur les rives en attendant le printemps. Durant le dégel, les troncs flottaient jusqu’aux lacs où ils étaient assemblés en énormes radeaux, ou bien les grumes étaient attachées les unes aux autres pour former des cordons. Ces radeaux et ces cordons étaient ensuite tirés par des remorqueurs à vapeur jusqu’aux scieries. Plus tard, afin d’éviter les inconvénients pour la navigation que provoquaient les troncs à la dérive détachés des assemblages, des bateaux spécialement équipés pour le transport des grumes acheminèrent le bois d’œuvre jusqu’aux points de transformation.

Parmi les ouvriers, il y avait des Autochtones, des Canadiens, des Irlandais, des Finnois, des Suédois, des Norvégiens, des Allemands. Ces bûcherons passaient l’hiver dans les bois dans des conditions semblables à celles répandues en Europe à cette époque, travaillant 12 heures par jour, six jours sur sept, à transporter, empiler les grumes. Des haricots, le plus souvent accompagnés de poisson grillé pêché sur place ou parfois de gibier abattu à proximité du campement, constituaient la nourriture de base.

 Utilisation 

Le bois de pin blanc léger et fort servait à la construction de navire et de bâtiments, à étayer les galeries très profondes des mines de cuivre et de fer. À partir des années 1860, le bois abattu alimentait aussi les nombreuses fabriques de pâte à papier.

  Conséquences écologiques 

 -  Raréfaction de l’espèce : L’été 1871 fut particulièrement sec dans le nord du Middle-west. La moindre étincelle pouvait être à l’origine de départ de feu. Les pratiques combinées de brûlages agricoles et de l’exploitation forestière qui ne tirait parti que des grumes et laissait sur place les branchages  et les déchets particulièrement inflammables, provoquèrent des incendies gigantesques qui ravagèrent le tour du « pouce » du Michigan, la ville de Chicago et les vallées de la Presqu’île Nord.[1]

On parla de mesures préventives, mais l’exploitation forestière frénétique n’en a pas moins continué, s’enfonçant plus profondément dans les terres. Les forêts furent à nouveau la proie d’énormes incendies en 1881, 1891 et plus tard au Minnesota en 1917.

Une fois cette ressource épuisée, les bûcherons ont dû utiliser d'autres espèces, et ont abattu des feuillus tels que l'érable, le noyer et le chêne, pour fabriquer des meubles, des tonneaux et des produits spéciaux.

La coupe « à blanc » de ces arbres plusieurs fois centenaires, non remplaçables à court termes, était la méthode habituellement pratiquée. À la faveur des espaces libérés, des érables, des sapins se sont implantés entrant, pour les apports en eau, substrats et lumière, en concurrence avec les jeunes pins devenus de ce fait minoritaire. Les sols des terrains dénudés ont été souvent entraînés dans les cours d’eau et les lacs. De vastes étendues de vieilles souches calcinées des nombreux endroits semi-désertiques de la Péninsule Nord du Michigan témoignent des conséquences de la cupidité humaine. D’autre part, en plusieurs points, le choix d’abattre les plus beaux spécimens n’a laissé sur place que des sujets moins vigoureux, malades ou carencés, compromettant la perpétuation de l’espèce.

- La biodiversité : Les graines du pin blanc nourrissent d’une grande variété d’oiseaux, et de petits mammifères. Le feuillage est brouté par les lièvres et les cerfs de Virginie. Les aigles, les pics et plusieurs mammifères se réfugient dans les pins  rescapés. Les grands pins voient souvent les ours noirs creuser leur tanière entre leurs racines. Plus tard, les hautes branches abriteront les petits.

- Les réserves naturelles : Quelques réserves fondées au début du XXe siècle, à partir de 1928, peuvent donner une idée de ce à quoi ressemblait la forêt ancienne des grands pins blancs d’Amérique. C’est le cas du Hartwick Pines State Park dans l’État du Michigan où 49 acres (20ha) sur les  9 672 acres (39,2 km²) de l’étendue du parc témoignent  de l’apparence que pouvait avoir la forêt primitive de pins blancs et pins rouges dans tout le Nord du Michigan avant l’époque de l’exploitation forestière.

 Sources :

http://terrescontees.free.fr/pays/Am%E9rique%20du%20Nord/michigan.htm

http://gleams.altarum.org/glwatershed/atlas/glat-chap3-f.html

http://translate.google.fr/translate?hl=fr&langpair=en|fr&u=http://www.designerswithoutborders.org/pdfs/D%26Dfinal.pdf

 http://translate.google.fr/translate?hl=fr&langpair=en|fr&u=http://www.geo.msu.edu/geogmich/whitepine-loggingII.html

http://translate.google.fr/translate?hl=fr&langpair=en|fr&u=http://en.wikipedia.org/wiki/Eastern_White_Pine

http://www.ameriquefrancaise.org/fr/article-217/Pin_blanc_d%27Am%C3%A9rique:_pr%C3%A9servation.html



[1] Une autre théorie, déjà proposée dès 1882, est avancée par l’ingénieur et physicien Robert Wood, lors d’une conférence en 2004 de L’Aerospace Corporation et de l’American Institute of Aeronautics and Astronautics à propos de l’origine de ces multiples départs d’incendies des 8 au 10 octobre 1871. Il suggère que le feu a démarré suite à l’explosion de la Comète de Biela , le 8, au dessus du Middle West. Le même jour que l’incendie de Chicago, quatre foyers se sont déclarés sur les rives du Lac Michigan, ce qui fait penser à une cause commune. D’après Robert Wood, ce pourrait être le méthane généralement contenu par les comètes qui expliquerait les combustions spontanées, l’absence de fumée et les « boules de feu » évoquées par des témoins visuels. http://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_incendie_de_Chicago

http://echelledejacob.blogspot.com/2011/04/lete-1871.html

http://fr.sott.net/articles/show/3338-La-comete-Biela-et-la-vache-de-Mme-O-Leary