Théophile GAUTIER (1811~1872) - Le Roman de la Momie )1858) suivi de : Une Nuit de Cléopâtre (1838)
Théophile GAUTIER (1811~1872)
Le Roman de la Momie )1858) suivi de : Une Nuit de Cléopâtre (1838)
Le Roman de la Momie est précédé d’une dédicace d'Ernest FEYDEAU[1] auprès de qui il a trouvé une abondante documentation sur les rites funéraires de l’ancienne Égypte. Ce fut d’abord un feuilleton qui parut dans « Le Moniteur » de mars à mai 1967 puis fut publié en volume, en 1868, bien avant que Théophile GAUTIER ne soit allé lui-même en Égypte.
L’auteur expose dans le prologue les circonstances qui ont amené un jeune lord anglais, riche et dilettante, à monter une expédition afin de découvrir une tombe inviolée dans la vallée des rois. Leur quête est vouée au succès. La momie, une jeune fille couverte de bijoux est parfaitement conservée. Un rouleau de papyrus manuscrit trouvé à côté de la jeune morte révèlera, après traduction, l’histoire de Tahoser, fille du grand prêtre d’Égypte.
Le regard d’épervier de Pharaon a daigné s’abattre sur Tahoser, la fille du prêtre Pétamounoph. Seulement, voilà ! Tahoser s’est éprise d’un jeune Hébreux, Poëri, et celle-ci est prête à tous les stratagèmes pour déjouer la vigilance de son entourage et même à partager le sort misérable du peuple hébreu réduit en esclavage.
L’histoire se déroule à l’époque de Moïse et de son frère Aaron et des fléaux qui se sont abattus sur l’Égypte, précédant l’errance dans le désert du peuple hébreu libéré, en route vers la Terre promise.
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Théophile GAUTIER s’est sérieusement documenté pour écrire son roman. L’orientalisme est à la mode à l’époque. Il a le souci du vocabulaire exact et du détail précis. Ses descriptions sont si évocatrices que le lecteur, surtout s’il a déjà visité la Vallée des Rois, n’a aucun mal à découvrir la tombe de Tahoser à la suite de lord Evandale et de l’Égyptologue Rumphius, conduits par l’entrepreneur de fouilles grec Argyropoulos.
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Une Nuit de Cléopâtre est parue en feuilleton en 1838 et 1839 en six épisodes dans La Presse. Théophile GAUTIER exploite dans cette nouvelle, le mythe de Cléopâtre, reine d’Égypte aux multiples amants d’une nuit sacrifiés à l’aube.
[1] Ernest FEYDEAU (1821~1873), écrivain, lui-même, est le père de Georges FEYDEAU (1862~1921), le vaudevilliste.
SALLENAVE Danièle – Viol Six entretiens, quelques lettres et une conversation finale (1997)
SALLENAVE Danièle – Viol
Six entretiens, quelques lettres et une conversation finale (1997)
Dans une cité ouvrière du Nord de la France, Madeleine Dumonchel accepte de recevoir Sophie Dauthry, qui vient de Paris afin de tenter de comprendre ce que vit cette femme dont le mari est condamné à dix ans de prison, pour inceste.
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La visiteuse se trouve face à une femme fatiguée, tourmentée. Tandis que le magnétophone tourne, Mado confie que sa vie est brisée depuis trois ans et demi. Elle ne peut oublier le matin où les gendarmes sont venus arrêter son mari. Elle n’en dort plus et pense à lui sans arrêt. Il n’a rien fait. C’est un coup monté par des gens qui leur en veulent.
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Conduire l’entretien est chose délicate pour la femme qui la questionne. Mado s’enferre dans des explications contradictoires pour éluder constamment la faute de Lucien. Son interlocutrice sent qu’à la moindre maladresse de sa part, Mado peut se murer dans le silence et mettre fin à la rencontre. Aussi, tout en revenant sur les faux fuyants, se montre-elle bienveillante et réamorce prudemment les confidences de Madeleine. Elle l’écoute raconter son enfance culpabilisée, mal aimée, sa famille, sa vie sans horizon, la fatigue, la déprime, les horaires décalés, le réconfort dans l’alcool, la solitude, son amour pour Lucien, les autres, les jaloux qui complotent, la frustration d’être née du mauvais côté. Ses fils ? Elle ne les voit plus. Sa fille à laquelle elle était si attachée ? Non plus. Et surtout elle ne veut plus revoir Maud, la fille de Lucien par qui tout est arrivé ! Mal conseillée, c’est elle qui a tout manigancé.
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À mesure des entrevues, se révèle l’enchevêtrement d’inculture, de manque de repère, d’ignorance, de non-dits, de mensonges, de frustrations, de rancœurs, d’égoïsme, qui a favorisé l’aveuglement volontaire de cette mère confrontée au viol de Marie-Paule, sa fille de treize ans, jusqu’aux révélations insupportables de la conversation finale, quatorze mois plus tard.
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La plupart des viols d’enfants et de mineurs ont lieu dans le cadre familial ou l’entourage immédiat de la famille, nous dit-on. Comment se fait-il que l’autre parent n’ait rien vu, rien su, n’ait pas réagi… ? Telle est la question que nombre d’entre nous se posent à chaque nouvelle affaire divulguée dans les médias. Danièle SALLENAVE a choisi le biais de la fiction pour donner directement la parole à une mère d’enfant violée par son conjoint. Partenaires de ce tête à tête, les lecteurs entrent au cœur du problème.
Danièle SALLENAVE (1940) - La Vie fantôme (1986)
Danièle SALLENAVE (1940) - Les Portes de Gubbio (1980)
Danièle SALLENAVE (1940) - Biographie et Bibliographie
Contexte politique en Algérie de 1990 à 1999
Contexte politique en Algérie de 1990 à 1999
Mohamed FELLAG situe les 5 nouvelles de C’est à Alger (2002) et L’Allumeur de rêves berbères (2007) durant la période dite des « années noires » de la décennie 1990.
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Le Président de la République algérienne Mohamed Ben Bella (1916~2012) depuis l’Indépendance de l’Algérie en 1962, est renversé le 19 juin 1965, par un coup d’État, dirigé par Mohamed Boukharouba, dit Houari Boumediene (1925~1978).
Houari Boumediene devient alors Président du Conseil de la Révolution, chef du gouvernement et ministre de la Défense. En décembre 1967, une tentative de putsch du colonel Tahar Zbiri, maître de l’armée et du FLN, le parti unique, échoue.
Son autorité n’étant plus contestée, le Président Boumediene fait adopter par référendum, le 27 juin 1976, une Charte nationale qui définit l’Algérie comme une « démocratie socialiste », consacre le rôle dirigeant du parti et garantit à l’Islam le statut de religion d’État.
Le 19 novembre 1976, une nouvelle une nouvelle constitution renforce les pouvoirs du chef de l’État qui est élu Président de la République algérienne.
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Situation politique des années 1990
Après la répression dans le sang de « manifestations de la faim » en octobre 1988, le Président Chadli Bendjedid, dit Chadli (1929), élu à la tête du pays depuis 1972, engagea une timide démocratisation du régime. Une multitude de partis politiques se présentèrent aux élections locales de juin 1990 ouvertes au multipartisme. Parmi ceux-ci, le Front Islamique du Salut (FIS) obtint le plus grand nombre de voix.
L’armée qui se considérait garante des institutions s’opposa à la légalisation du FIS. Le Président Chadli décida de tenir tout de même des élections législatives, en décembre 1991. Le scrutin majoritaire étant favorable aux Islamistes, ceux-ci remportèrent une écrasante victoire au premier tour.
En janvier, l’armée démit Chadli de ses fonctions, annula les élections et confia le pouvoir à un Haut Comité d’État (HCE) présidé par un dirigeant historique du FLN rentré de son exil au Maroc, Mohamed Boudiaf (1919~1992). En mars, le FIS fut dissous. Une vague de répression s’abattit sur les Islamistes. Ceux-ci répliquèrent par le terrorisme assassinant plus de 600 personnes dont Mohamed Boudiaf qui fut remplacé à la présidence du HCE par Ali Kafi (1928), en juillet 1992.
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L’assainissement de l’économie était devenu une priorité absolue pour le régime ainsi que l’intensification de la répression des oppositions.
Le général Liamine Zéroual (1941), ministre de la Défense en 1993 puis nommé chef de l’État en janvier 1994 par le HCE, engagea une lutte sans merci contre le mouvement islamiste qui s’était radicalisé avec la création du GIA (Groupe Islamiste Armé).
Le GIA lança une vague d’attentats contre les forces de l’ordre, les intellectuels, les journalistes, les artistes, et, à partir de 1993, les ressortissants étrangers.
Un mouvement de revendication berbère hostile aux militaires comme aux Islamistes, se développait parallèlement en Kabylie.
Le pouvoir rejeta l’éventualité de négociations avec une plateforme commune composée du FIS, du Front des forces socialiste, du FLN, les principaux partis d’opposition.
En dépit du boycotte de l’opposition, une très forte participation des électeurs au scrutin de novembre 1995, porta le général Zéroual à la Présidence de la République algérienne confirmant sa présence à la tête de l’État. La société algérienne manifestait ainsi sa volonté de voir s’arrêter la violence.
Malgré les efforts de modération du Premier Ministre, Ahmed Ouyahia (1952), nommé en janvier 1996, qui fit entrer dans son gouvernement des membres de l’opposition modérée (MSI-Hamasi, Mouvement du Renouveau National), puis des différentes tentatives des gouvernements qui lui ont succédé, les attentats et les massacres continuaient, entraînant une perte de confiance de la part de la population.
De même, les mesures d’arabisation hâtives décidées en 1998 furent très contestées
À la suite d’une nouvelle recrudescence des attentats islamistes, de nombreux clans se formèrent au sommet de l’État paralysant les institutions politiques. Liamine Zéroual fut contraint de démissionner.
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Le Président Abdelaziz Bouteflika (1937) fut élu à sa succession en avril 1999 et son projet de « Concorde civile » portant sur la restauration de la paix civile, l’ouverture économique et la lutte contre la corruption fut approuvé par référendum par une écrasante majorité.
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Bilan de la guerre civile de janvier 1992 à décembre 1997
Les morts : Dans sa déclaration du 21 janvier 1998, Ahmed Ouyahia (1952), (Premier ministre de l’Algérie de 1995 à 1998, de mai 2003 à mai 2006, puis à nouveau depuis le 23 juin 2008 dans plusieurs gouvernements successifs), ce bilan serait de 26 000 morts. Le département d’État américain l’estime à 70 000 morts dont 6 à 7 mille en 1997. Amnesty international annonce un minimum de 80 000 morts, tandis que l’opposition algérienne parle de plus de 100 000 morts. L’Express en a cité 60 000.
Personnes disparues : Il y aurait eu 3 000 disparus.
Les victimes : De 1990 à 1999, outre les 100 000 morts, le nombre des victimes est estimé à environ 1 million.
20 000 Islamistes auraient été emprisonnés.
Les attentats : Le gazoduc (Transmest) a fait l’objet de 3 attentats depuis 1992. Des bombes déposées aussi bien dans la capitale que dans d’autres villes d’Algérie ont fait de nombreuses victimes tout comme les attaques contre les moyens de transports (cars, train, et les faux barrages de police ou de l’armée).
Sources de la documentation : Le Petit Robert des noms propres ; édit. Dictionnaires Robert ; Michel Mourre Dictionnaire d’histoire universelle ; Jean-Pierre Delarge ; édit. Bordas ; Quid, Dominique et Michèle Frémy ; édit. Robert Laffont www.quid.fr
Mohamed FELLAG (1950) – Rue des petites daurades (2001)
FELLAG Mohamed (1950) – C’est à Alger (2002)
Mohamed FELLAG (1950) – L’Allumeur de Rêves berbères (2007)
Mohamed FELLAG (1950) – L’Allumeur de Rêves berbères (2007)
Mohamed FELLAG (1950) – L’Allumeur de Rêves berbères (2007)
Mohamed FELLAG situe son récit à Alger en 1990 où le Front Islamique du Salut (FIS) vient de remporter le plus grand nombre d’élus aux élections locales de juin.
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Il est à peine quatre heures vingt-huit au réveil de Zakaria, le narrateur, quand des bribes de discussion parvenant de l’extérieur le sortent du sommeil. Une vingtaine d’habitants du quartier s’agglutinent en bas, autour du taxi en panne de M. Saïd. Fusent vers le meccano, diagnostiques et conseils des assistants, ponctués de références au bon vouloir divin par Jebbar-l’Islamiste. L’imagination, l’ingéniosité, la solidarité, les solutions de fortune relancent le moteur du véhicule hors d’âge, sous le regard et les appréciations des habitants de la cité tous sur le pied de guerre. Résignés, ils attendent le retour de l’eau, non sans quelques traits d’humour de la part d’Hakim sur son fauteuil roulant.
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Zakaria, 50 ans, journaliste à la rédaction du quotidien « Le Révolutionnaire », l’organe du pouvoir en place depuis l’indépendance du pays, encensaient sans vergogne, dans ses articles, les réalisations du régime. Le zélateur en dissimulait soigneusement les carences. Écrivain, chantre de l’élite gouvernementale, ses récits et ses essais recevaient sans peine l’approbation éditoriale. L’attaque des autorités par des contestataires du parti sortent brusquement Zakaria de sa torpeur militante. Le voilà qui dénonce violemment la répression sanglante des « manifestations de la faim » d’octobre 1988. Censure de ses ouvrages, mise au placard, lettres de menaces de mort, harcèlement téléphonique, bouleversent son existence d’homme public. La peur le submerge. Elle lui fait adopter un comportement si insensé qu’il provoque le départ de sa femme avec ses enfants. Mis d’office en retraite anticipée, il est libre désormais, ayant pour seules contraintes : remplir ses bassines pendant les horaires fluctuants de distribution d’eau et son réfrigérateur par quelques sorties prudentes dans le quartier. Terré dans son appartement, il noie sa terreur dans l’alcool jusqu’à l’inconscience dont il sort brutalement par d’horribles cauchemars.
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Petit à petit, de son balcon, Zakaria commence à regarder vivre ses voisins, à les saluer, les écouter, à participer à la vie de la cité. Il est repris par l’envie d’écrite un livre, mais ni la fumée du tabac, ni l’alcool n’aident l’écrivain en panne de sujet. Le peuple devient sa matière première. Zakaria commence « d’observer ce microcosme d’humanité avec un appétit nouveau ... glane les minuscules évènements sortant de l’ordinaire par leur teneur étrange, caustique ou dramatique...dresse un fichier d’histoires des gens » de son quartier « laboratoire de toutes les composantes sociales».
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Il a trouvé ses personnages : Nasser, le petit technicien du gaz insignifiant qui rejoint Malika, la prostituée, la nuit, quand elle n’est pas « en voyage d’affaires » ; Mokrane, le tenancier de la Méduse bleue, un bar malfamé isolé sur la côte, ouvert pendant les heures du couvre-feu ; Jebbar-l’islamiste qui se réfère à l’intervention d’Allah pour les choses les plus insignifiantes ; les trois barbus qui préparent l’enfer sur Terre sur leur banc de parpaings ; Aziz, l’inventeur génial ; Rose, l’ancienne sage-femme juive qui a voulu rester après l’Indépendance, respectée et protégée de tous ; Hakim sur son fauteuil roulant.
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Une nuit, de retour de beuverie, Zakaria croise Nasser, tout tremblant sur le palier. Bouleversé, ce dernier lui confie avoir reçu une lettre de menaces de mort. L’écrivain tient son héros. Il tient son histoire ...
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Un message signé ORION, du 29/10/07, rapporte une interview de FELLAG intitulée « Le rire, c’est le costume du désespoir », à la question :
« Dans L’Allumeur des rêves berbères, vous dressez le portrait de personnages qui recherchent dans les extrêmes un exutoire à leur peur. Le peuple algérien ressemble-t-il à ces personnages ? »
Mohamed FELLAG répond :
« Les Algériens sont comme tous les peuples du monde. Ils vivent en fonction des réalités socio-politiques qui les entourent. Mes personnages sont des sortes de losers, des désaxés que leur environnement a cassés. Leurs rêves, leurs avenirs et leurs amours ont été brisés. Et ces deux premières années de la naissance de la violence en Algérie les poussent à leur extrémité inconsciente, conditionnée par leur culture et par l’éducation qu’ils ont eues. Mais ce qui m’intéresse le plus, c’est la mécanique intellectuelle que ces personnages produisent pour continuer à exister. Quand on est dans une situation extrême, le cerveau s’emballe et essaie de trouver des solutions. Comment rester vivant si on est menacé ? Comment être encore là demain ? Comment faire vivre ma famille ? »
http://www.algerie-dz.com/forums/showthread.php?t=62305
L’Allumeur de Rêves berbères est paru en 2007, chez J.C. Lattès
FELLAG Mohamed (1950) – C’est à Alger (2002)
http://colinecelia.canalblog.com/archives/2012/04/04/23935188.html
Mohamed FELLAG (1950) – Rue des petites daurades (2001)
http://colinecelia.canalblog.com/archives/2012/03/24/23845042.html
Contexte politique en Algérie de 1990 à 1999
http://colinecelia.canalblog.com/archives/2012/04/26/24108833.html
FELLAG Mohamed (1950) – C’est à Alger (2002)
FELLAG Mohamed (1950) – C’est à Alger (2002)
Le recueil de nouvelles de FELLAG, C’est à Alger, nous immerge dans la tragédie algérienne du dernier quart du XXe siècle.
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La théorie des dominos
Bâb-El-Oued, une nuit froide de décembre 1975, des nervis attirent Mourad dans un guet-apens. Enlevé, conduit dans des locaux sordides, Mourad est interrogé, menacé, malmené, insulté et objet de l’humour sadique de tortionnaires aussi bêtes que cruels. Persuadé être la victime innocente d’une erreur, Mourad apprend que son crime est d’avoir ri à une plaisanterie anodine d’un inconnu, sur le Président algérien (voir contexte 1). Le malheureux est jeté dans une cellule des sous-sols glacés et sombres de l’immeuble. L’endroit est déjà occupé par un être famélique, enfermé là depuis une douzaine d’années, sur un motif aussi futile.
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Le Nègre de midi
Farid est un marginal, aux yeux de tous. Artiste-peintre autodidacte, voilà presqu’un an qu’il consacre tout son temps à la réalisation du portrait d’une jeune fille aperçue dans la rue. Chaque touche de couleur, chaque trait de la miniature concentrent tout ce qu’il est capable de donner, d’imaginer, d’aimer, d’espérer. Un après-midi d’août 1992, alors que le tableau achevé est enfermé dans la niche creusée au coin de la terrasse, que la ville est paralysée par la chaleur torride, une fillette l’informe que le « Nègre de midi » demande à le voir...
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Ce conte offre une ouverture sur l’imaginaire, l’irrationnel. Il nous propose une réflexion sur l’universel et l’intemporel de l’art et de la culture. Il nous invite à méditer sur la vie, la mort, l’éternité, sur le passé, le transitoire du présent, aussi cruel et fou qu’il soit. L’imaginaire est l’échappée du puits sans fond du désespoir, de la résignation, de l’oubli, de l’interdit. L’imaginaire est l’Oiseau de paradis aux ailes magnifiques, qui plane, inaccessible, au-dessus des chars, des hélicoptères et des hordes noires.
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La balle
Alger est en état de siège. Un officier s’écroule, la tête fracassée par une pierre lancée d’un toit. La provocation déclenche les tirs de riposte de l’armée qui affronte les Islamistes place des Martyrs.
Face à face, deux amis d’enfance se reconnaissent, Kamel le chef des barbus, pistolet braqué sur Nordine. Trop tard ! Nordine, le soldat, vient précisément d’ajuster son tir. « Le temps suspend son vol. »
Amis d’enfance, d’adolescence, de jeunesse, partageant joies et épreuves, séparés seulement par l’opportunité qu’ils ont eu de se sortir de l’insécurité matérielle, l’un dans un camp, son ami dans l’autre. Le destin direz-vous!
Quoi d’autre ?
Nordine aussitôt abattu par le snipper provocateur.
Deux vies évoquées en durée balistique et abrégées, pour..., pour des causes qui ne sont pas les leurs : celles d’Islamistes radicaux algériens, saoudiens, iraniens, afghans, soudanais ; celles de généraux carriéristes, indifférents au coût humain de leur stratégie ; celles d’hommes d’affaires, de grosses affaires, auprès desquelles que représentent deux vies ?
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FELLAG, alterne l’évocation du drame avec l’écoulement de la minute fatidique, qu’il étire, prêtant à la balle une conscience et une résistance à l’absurdité de la scène, dans une lutte tragi-comique, du chargeur à la cible. Paradoxalement, ce procédé, donne vie à l’action de mort décrite dans cette nouvelle concise et poignante datée de juin 1991.
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Allô !
Dès que la maisonnée est endormie, réfugiée sur le balcon de l’appartement, jusqu’au premier appel à la prière du lever du jour, une femme téléphone à Samir, l’homme qu’elle aime.
La chronique de sept monologues adressés à un correspondant compréhensif, patient et taciturne révèle, au fil des nuits, la personnalité de Samia et la cause de ses appels clandestins. Malgré des études supérieures, une formation juridique et une expérience professionnelle, cette jeune femme cultivée est recluse par ses frères et beaux frères acquis à l’Islamisme.
Depuis le fond des âges, sort absurde et injuste accordé au fait d’être née femme, qui la condamne à rester cloitrée sous surveillance avec ses sœurs et belles-sœurs, guettée par l’effrayante perspective d’un mariage arrangé.
Faisant fi du couvre-feu, dans la nuit de décembre 1997, des ombres discrètes glissent le long des murs, des familles terrorisées tentent d’échapper à la horde islamiste et l’écho de la chasse infernale parvient jusqu’au coin de balcon où se tapit Samia.
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Alger-New York
Hocine « avait l’insouciance et l’inconscience d’une génération que la politique dégoûte au plus haut point parce que c’est un truc de bourgeois ou de pouvoir, honni de naissance dans les quartiers d’où il vient. »
Hocine tentait de vivre, tout simplement ! Il fallait se débrouiller, évidemment ! Il avait un petit trafic lucratif d’importations illégales de produits de première nécessité et avait un don pour dégoter les objets les plus invraisemblables afin de satisfaire les désirs inhabituels d’un client.
L’existence d’Hocine se compliquait depuis cinq ans que la guerre civile s’étendait sur l’Algérie. Rentrer avant le couvre-feu, ruser avec les interdits s’ajoutaient aux problèmes de logement, de chômage et de pénurie.
N’avait-il pas, du renfoncement d’une porte, assisté impuissant à l’exécution d’un homme par un commando islamiste ? N’a-t-il pas senti mourir dans ses bras une fillette ensanglantée, victime d’un attentat à la bombe particulièrement meurtrier ?
Le Rouquin, son ami philosophe, Malik, l’ingénieur du temps, son copain Zaïd ont été massacrés un à un, et … Farida, son amour, égorgée avec sa famille dans leur appartement. L’étau se serrait sur lui.
Que lui restait-t-il ?
La mort ou l’exil !
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Le récit fait un va et vient entre les derniers mois de 1995 décisifs d’Hocine à Alger et les jours qui précédèrent l’attentat du 11 septembre 2001, à New York. Le « rêve américain » concrétisé par le froid, la faim, la misère, la solitude prenait alors fin, car, rattrapé par l’horreur qu’il avait cherché à fuir, Hocine est devenu un suspect aux États-Unis. Terroriste potentiel, il est arrêté…
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Ces nouvelles oscillent entre fantastique et réalité. FELLAG raconte l’histoire individuelle de héros pris dans l’engrenage des problèmes socioculturels, empêtrés malgré eux dans les contradictions de la réalité algérienne et victimes de causes dont les enjeux les dépassent.
La force de ces textes est de suggérer, sans pathos, le contexte dans lequel les personnages évoluent. L’éventail des thèmes abordés nous fait découvrir en filigrane les réalités pudiquement cachée sous les termes d’années noires.
FELLAG-homme-de-théâtre se profile derrière FELLAG-écrivain dans l’art de planter sobrement le décor, de mettre en scène ses héros, par la clarté du texte et la vie qu’il a su donner aux cinq récits.
Mohamed FELLAG (1950) – Rue des petites daurades (2001)
Mohamed FELLAG (1950) – L’Allumeur de Rêves berbères (2007)
Contexte politique en Algérie de 1990 à 1999
Mohamed FELLAG (1950) – Rue des petites daurades (2001)
Mohamed FELLAG (1950) – Rue des petites daurades (2001)
En toile de fond, une rue imaginaire d’un quartier populaire de Paris, la rue G., que tout le monde appelle « rue des petites daurades » ; une église désertée sur une petite place ; en face, une école style Troisième République accueille les enfants du quartier ; pas moins de six bistrots dont Les Chants Alisés, en face de l’entrée de l’hôpital, le plus populaire et le plus animé, et aussi le Révizor qui regroupe tous les rabougris et les aigris du quartier ; accolée au petit marché couvert, la boulangerie La Tradition de Madame Lucienne ; plus loin, un peu en retrait, à l’emplacement de l’ancienne usine de souffre, s’élèvent les bâtiments de la Résidence des Cerisiers et dans la petite rue qui descend vers le canal, l’enseigne de néon rosâtre de l’Excelsior éclaire depuis quarante ans, les trois étages de la façade crasseuse et décrépie d’un vieil hôtel.
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De nouveaux arrivants ont posé là leur balluchon, victimes des vicissitudes du siècle dernier, et se sont mêlés aux autochtones. La rue G. héberge une population cosmopolite de petites gens oubliés où se noient des paumés, des marginaux, des petits délinquants, des diplômés es combine, des naïfs, des inventifs, des renfermés, des expansifs, et des excentriques. FELLAG nous invite à découvrir l’univers de personnages surprenants dans leur complexité et leurs paradoxes.
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Sur un mode fantastique, tantôt merveilleux, tantôt terrifiant, FELLAG révèle les ambivalences sous les masques, sonde les points faibles des carapaces les plus coriaces, libère les ingrédients d’une réalité sociale, volontairement condensée dans la rue G., les exacerbe, pour mettre en scène une humanité rêvée, solidaire, généreuse dans laquelle chaque être a une place privilégiée.
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Les qualités d’essayiste et de scénariste de Mohamed FELLAG dominent dans la rédaction de Rue des petites daurades, son premier roman. Ses admirateurs retrouvent dans ce livre l’humour, la dérision complice, la faconde et surtout l’humanité qu’il déploie dans ses spectacles. Le roman a été publié aux Éditions J. C. Lattès, Paris.
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La pièce de théâtre « Rue des petites daurades » qui a été tirée de ce livre a été montée au Théâtre international de Paris en 2001. Elle a été reprise depuis par de nombreuses compagnies.
FELLAG Mohamed (1950) – C’est à Alger (2002)
Mohamed FELLAG (1950) – L’Allumeur de Rêves berbères (2007)
Contexte politique en Algérie de 1990 à 1999
Émile CHALOPIN (1931) – BIOGRAPHIE - BIBLIOGRAPHIE
Émile CHALOPIN (1931) – BIOGRAPHIE - BIBLIOGRAPHIE
Émile CHALOPIN le 16/11/2011
L’auteur, est né en 1931 à Cepoy (Loiret) dans une famille de mariniers. À cinq ans, ses parents, qui se déplacent constamment, le confient à ses grands-parents. Ces derniers ont pris pied dans ce bourg du Gâtinais, au bord de canal du Loing dont l’activité faisait vivre avant la Deuxième Guerre mondiale la plupart des commerçants et des artisans installés sur le quai. L’enfant est passionné par les récits de sa grand- mère et de ses tantes. Elles lui parlent de leur vie sur les canaux au début du siècle. Quand la famille est réunie, les conversations de fin de repas portent sur les péripéties plus ou moins drôles vécues par les uns et les autres et les personnages pittoresques côtoyés, au cours de leur vie nomade.
Émile CHALOPIN effectue sa scolarité à l’école du village et en banlieue parisienne, obtient son certificat d’études puis suit une formation de menuisier à l’école professionnelle des Bézards qui fonctionnait alors près de Nogent-sur-Vernisson.
De 1949 à 1957, il travaille à l’usine Hutchinson de Châlette-sur Loing. Il y sera secrétaire d’un syndicat ouvrier. Après quelques années dans les établissements Chauvet, disparus aujourd’hui, il décide de fonder une entreprise de menuiserie.
Engagé politiquement, il est élu maire de la commune de Pannes (Loiret) de 1977 à 1983. C’est en assurant son mandat électoral et au moment où se créent quantité de radios libres qu’il est contacté en tant que maire de sa commune par Gilbert Baumgartner pour intervenir dans des émissions sur le patrimoine local. Frappé par ses talents de conteur, Gilbert Baumgartner l’encouragera à écrire ses souvenirs.
En 1996, il publie La mémoire de Gabriel en hommage à ses grands-parents et en 2007 Les Filles d’Alice, deux récits biographiques sur le monde de la batellerie.
En 2010, paraît son premier roman, Les sabots perdus (Éditions de l’Écluse).
1 - Gilbert Baumgartner est né en 1950 à Mulhouse. Professeur d’Allemand au Lycée en Forêt de Montargis, il s’est intéressé à l’histoire locale de sa région d’adoption. Il préside depuis 2007, la Société d’Émulation de l’arrondissement de Montargis. Il publie des articles dans le bulletin de cette société et a participé à un ouvrage collectif sur le village de Pannes à l’époque où M. Chalopin y était maire. Il milite activement pour la mise en valeur du patrimoine local.
Il a publié en 2007, Le curé guérisseur de Gy-les Nonains, sur Émile Cottance, curé du village de Gy-les-Nonains de 1892 à 1933. (Éditions de l’Écluse)
Il est préfacier du roman Les sabots perdus.
Émile CHALOPIN (1931) – Les sabots perdus (2010)
Émile CHALOPIN (1931) – Les sabots perdus (2010)
‘’..., dès l’aube, le Trimard reprend sa route. Félix est à la bricole. À l’arrière de l’embarcation, Eugénie et les quatre filles agitent les mains en signe d’adieu. Aujourd’hui, Basile reste à terre, avec pour seul compagnon son nom de baptême du canal, le Biais, et les paroles de son père Auguste au moment du départ.
« Engage-toi sur l’quai, i’s ont besoin de bras, fais attention à tes sous. N’oublie pas qu’t’as une famille qu’est dans l’besoin. »’’.
Photo : Couple de haleurs le long du canal du Berry en 1900 Carte postale, Document conservé aux archives départementales du Loiret
Pour accéder au le fichier joint à ce message sur les haleurs et un critique de cette carte postale , cliquez sur le lien : LES_HALEURS
‘’La volonté du père dans ce monde de rudesse ne se discute pas.‘’ Le rafiot chargé de minerais de son enfance misérable de « mille guenilles », s’éloigne. Aux cinq années de travaux pénibles aléatoires et mal payés des quais du port et des carreaux d’usines succèdent dix années de complicité à battre ‘’le silex des chemins de halage ‘’, Blaise Pantois à la barre, Basile à la bricole, jusqu’à ce qu’un soir d’été son patron s’endorme à jamais.
Au détour d’un méandre du canal du Berry, Léonce la veuve de Mathias Baugrin et sa fille Justine, voient fondre leurs maigres économies à bord de leur péniche qui s’enlise. Le marinier, un fêtard, volage, ivrogne et violent, a trouvé la mort accidentellement dix années plus tôt, au cours de l’hiver 1881. Il leur faut trouver d’urgence des bras robustes pour larguer les amarres.
Léonce, les gens du canal l’appelle la Revêche. Effectivement, cette femme frustrée, malmenée, est rébarbative, connue pour sa misandrie et son autorité redoutable. De caractère docile et soumis, sa fille Justine, va sur les vingt-cinq ans, malgré son joli minois. Source carte :
Source photo : Batard nivernais. Embarcation évoluant sur le canal d'Orléans au début du XXe siècle. Photo de carte postale ancienne (source : Robert Rabartin : "le Canal d'Orléans au fil du temps")
Bien décidée à ne pas avoir à embaucher un employé, la Revêche jette son dévolu sur le brave garçon, sérieux, sobre qu’est Basile Fagard. Précisément, le Biais a posé sa bricole dans l’attente d’une nouvelle embauche. Seulement, voilà, la destinée contrarie parfois les stratagèmes les mieux combinés ...
Source carte : Canal d’Orléans. Schéma localisant les écluses et les communes traversées 12 octobre 2010 Travail personnel d'après plan du Conseil général du Loiret Auteur Roulex_45
Source photo : Le pont-canal de Briare : Pont canal de BRIARE (45250) sur le canal latéral à la Loire. 30/12/2006 ; « œuvre personnelle » (own work en anglais) Michel CLAIR
Émile CHALOPIN met son talent de conteur au service d’un récit dont le propos est avant tout la vie oubliée des bateliers et de tous ceux qui, le long des berges, à la charnière des XIXe et XXe siècles, vivaient de l’activité de la navigation sur le canal du Berry, et le canal d’Orléans, désaffectés aujourd’hui. Le suspens de l’intrigue de cette histoire simple et émouvante retient l’attention du lecteur jusqu’au dénouement. Le traitement manichéen du caractère des personnages propre à ce genre de littérature laisse aussi place à la part de sensibilité de chacun d’entre eux.
Merci à l’éditeur pour son choix de typographies distinctes entre les parties récit et les parties dialoguées en patois régionaux très proches du Gâtinais, du Nivernais et du Berrichon, dont certaines expressions sont particulièrement savoureuses.
Le récit est une fiction qui se déroule dans des lieux réels. Les personnages sont imaginaires. Si les écluses fonctionnent toujours, de rares péniches franchissent leur bief surtout fréquentés aux beaux jours par des bateaux de plaisance. La plupart des maisons éclusières ne sont plus habitées. Les chemins de halages servent surtout aux promeneurs. Sur les quais, si des commerces existent toujours, ils ont souvent changé d’enseigne. Les ports n’ont pratiquement plus d’activité. Le Conseil de Région et les Conseils départementaux et des associations se consacrent à la réhabilitation de tronçons des canaux obsolètes désaffectés, afin de proposer des attractions touristiques aux amoureux de paysages paisibles.
Le livre d'Emile CHALOPIN est paru aux Editions de l'Ecluse

Source photo : Pont-canal de Briare juillet 2008 ; Travail personnel ; Mossot
En savoir plus sur le canal d’Orléans, visitez le site de Bruno Chanal cliquez ici
Les bords du canal du Loing par Alfred Sisley (Oeuvre exposée au Musée d'Orsay - Paris)
Jorge SEMPRÚN (1923) – Autobiographie de Federico Sánchez (1977-1978)
Jorge SEMPRÚN (1923) – Autobiographie de Federico Sánchez (1977-1978)
Traduit de l’espagnol par Claude et Carmen Durand
Le Grand Voyage, récit de l’expérience de déporté de Jorge, articulait un enchevêtrement de digressions, sur les faits qui ont marqué son arrestation, de projections vers la libération du camp et le retour vers la France, tout en revenant régulièrement au wagon qui le transportait, avec 119 compagnons, de Compiègne à Buchenwald.
Jorge SEMPRÚN utilise un procédé littéraire similaire pour l’Autobiographie de Federico Sánchez. À sa table de travail, l’écrivain, converse à bâton rompu avec cette part de lui-même que fut Federico Sánchez, coordinateur de la résistance communiste au régime de Franco, chargé des relations avec les milieux intellectuels, membre du Comité central, puis du Comité exécutif du PCE(1) en exil. La discussion porte sur les faits qui ont précédé, puis ont amené le vote de l’exclusion du parti communiste de ce dernier et de Francisco Paulin, un ancien important dirigeant du parti, le 19 avril 1964 au Meeting qui se tenait en région parisienne à Stains.
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« La Pasionaria a demandé la parole. » Cette phrase est le point d’appui du récit, caractéristique du refus de la chronologie adopté par Jorge SEMPRÚN. C’était à Prague, sous les voûtes du château des rois de Bohème, quelques jours avant le Meeting de Stains. « La Pasionaria a demandé la parole. » commence, l’autobiographie politique de Jorge SEMPRÚN. Simple rapporteur des propos de Federico Sanchez, ce dernier prend de la distance par rapport aux faits et peut se découvrir, sans être atteint dans son intimité, en écrivant sous le couvert d’un pseudonyme, une de ses identités de clandestin.
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Jeune militant, il est séduit, comme beaucoup d’intellectuels de sa génération, par la lecture des philosophes et des théoriciens léninistes et marxistes. Cette découverte théorique est suivie de l’expérience de la résistance au nazisme, aussi bien au maquis qu’au camp de Buchenwald. La Seconde Guerre Mondiale achevée, Jorge SEMPRÚN est traducteur à l’UNESCO et adhère au Part Communiste Espagnol (PCE) en exil qui lutte contre le pouvoir franquiste. En 1952, il devient membre permanent du Parti et se rend plusieurs fois clandestinement en Espagne, sous de fausses identités, dont Federico Sánchez, pour coordonner la résistance clandestine au régime de Franco. On lui adjoindra ensuite la charge des relations avec les milieux intellectuels. Il entre en 1954 au comité central du PCE puis, en 1956, au Comité exécutif (Bureau politique). En 1962, le travail clandestin en Espagne lui est retiré par le Secrétaire général du PCE, Santiago Carrillo et en 1964, comme nous l’avons vu plus haut, il est exclu, avec Francisco Paulin du PCE. La raison invoquée est « divergence de point de vue par rapport à la ligne du Parti ».
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L’écrivain conduit, sous forme d’une introspection à deux voix, l’examen de conscience assumé de Sánchez (SEMPRÚN utilise aussi des métaphores se référant aux dogmes de l’Église.). Le tutoiement, alterné avec le je de chacun et la mise en scène des récits donnent de la vie au texte et élargissent la portée du débat au delà de la rancœur personnelle de l’éviction par le Parti, plus généralement vers les dérives des Partis communistes.
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Jeune militant, il considère le parti « comme un instrument de la lutte révolutionnaire parmi d’autres, dont on pouvait remettre en cause certains aspects et qu’on pouvait toujours infléchir. ». Il prend conscience de la stalinisation du parti qui survivra à la mort de son initiateur, caractérisée par un appareil administratif intouchable, d’autant plus qu’il exerce sa mission au nom des masses prolétariennes. Le Parti est glorifié. Ses dirigeants, à la fois inaccessibles et omniprésents sont l’objet d’un culte. SEMPRÚN rapporte trois interventions décisives de Dolorès Ibárruri(2) en 1956, 1959 puis en 1964. Son témoignage sur l’entrevue de la délégation du PCE à Cuba, avec Fidel Castro est éloquent.
Au sein du Parti sacralisé, les militants doivent l’adhésion absolue et l’approbation sans réserve des résolutions du bureau politique et du comité central. Ces instances se réservant le droit d’accuser, d’exclure, d’exécuter (ou de laisser exécuter) au nom de l’orthodoxie du parti.
Souvent sur le terrain, Sánchez tente en vain de faire admettre à la direction du parti la nécessité d’analyser objectivement la situation concrète de la société en Espagne, surtout après l’entrée à l’ONU du pays et l’aide apportée par les États-Unis. Les instances dirigeantes manichéistes restent arc-boutées, depuis 1939, sur leur stratégie subjective et le leitmotiv de recours au « spectre de la grève mythologique », la « Gé Enne Pé (3)». Finalement, « l’Esprit-de Parti » l’emporte, les « deux intellectuels à tête de linotte », sont exclus en 1964. Federico Sánchez n’existe plus.
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lecture, en 1974, du livre de Santiago Carrillo, Demain l’Espagne, dont Jorge SEMPRÚN réfute la version de certains faits, des ajouts ou des retraits suivant les éditions, le décide à écrire La Biographie de Federico Sánchez. S’il fait un retour sur les années de militantisme actif de Jorge SEMPRÚN, ce livre est le moyen d’exposer son point de vue, qu’il n’a pu exprimer dix ans plus tôt, à ses contemporains de la base et surtout aux jeunes générations de militants. C’est aussi un livre de polémique « Il reflète la dynamique d’une vie sociale qui est établie sur des contradictions ». Contradictions qu’il va s’efforcer de mettre en évidence, à partir d’archives, dans une étude sémantique, philologique et lexicale systématique de motions, de rapports, de mots d’ordre, de publications, d’articles de presse, de conversations et de discours de ses dirigeants. Il brosse une galerie de portraits très sévères de ces derniers, visant particulièrement Santiago Carrillo, le secrétaire général du PCE et le vice président Alfonso Guerra, à qui il reproche de soutenir, avec impudence, la thèse de l’indépendance du parti par rapport au PCUS(3).
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Libéré du militantisme clandestin, Jorge SEMPRÚN reprend en 1963, le manuscrit du Grand Voyage commencé à Madrid, alors qu’il reste confiné par prudence dans la chambre de l’appartement loué par le parti, parce qu’un de ses contacts, arrêté et probablement torturé par les sbires du franquisme, ne s’est pas manifesté sur leur lieu de rendez-vous. Récompensé par le Prix Fromentor le 1er mai 1964, il sort de l’anonymat. Il se consacre désormais à son autre passion, la littérature sous diverses formes, en accord avec ses engagements et ses convictions.
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La portée de ce livre est plus générale : nulle obédience politique n’est à l’abri du dogmatisme de l’Esprit-de-Parti générateur d’incohérence, de sclérose et de fermeture à toute réflexion de fond.
L’Autobiographie de Federico Sánchez écrite en espagnol a été publiée en Espagne, en 1977. Sa traduction en Français par Claude et Carmen Durand est parue en 1978. Le livre a obtenu le Prix Planeta(4).
La deuxième mort de Ramón Mercader (1969)
Notes :
1)Dolorès Ibárruri , dite la Pasionaria (1895~1989), fut secrétaire générale du PCE de 1942 à 1960, puis Présidente de 1960 à sa mort en 1989. Elle fut remplacée au secrétariat général par Santiago Carrillo (1915) jusqu’en 1982.
2)la Gé Enne Pé : GNP (« Grève Générale Pacifique »)
3)PCUS : Parti Communiste d’Union Soviétique
4) Le Prix Planeta : ou Prix Lara est un prix littéraire, créé en 1952, par l’éditeur des éditions Planeta, José Manuel Lara Hernández pour la promotion d’écrivains espagnol. La maison d’édition récompense des romans inédits écrits en castillan. Ce prix est moins solennel que le Prix Cervantès plus récent (1974), mais il est le plus convoité après le Prix Nobel en raison du montant des dotations qu’il apporte au bénéficiaire et aussi à son finaliste. Il est remis le jour de la Ste Thérèse, le 17 octobre.
Jorge SEMPRÚN (1923) - La deuxième mort de Ramón Mercader (1969)
Jorge SEMPRÚN (1923) - La deuxième mort de Ramón Mercader (1969)
Que de monde, ce matin du 13 avril 1966, autour de la Vue de Delft ! Au Musée royal du Mauritshuis, une meute d’hommes se relaient discrètement de salle en salle. Les tableaux exposés ne les intéressent pas. Les voient-ils seulement ? L’objet de leur attention est un homme au regard sombre, grand, brun, à forte carrure, qui semble se fondre dans l’œuvre de Vermeer puis médite devant cette petite toile de Carel Fabritius représentant un oiseau enchaîné, le Chardonneret, et enfin revient vers la Vue de Delft avant de s’en éloigner, incommodé par l’arrivée d’un couple accompagné d’un garçonnet d’une dizaine d’années.
Depuis Madrid, les hommes de la CIA sont sur la trace d’un Espagnol, directeur adjoint d’une société de commerce avec les pays du bloc de l’Est, en voyage d’affaires à Amsterdam. Ramón Mercader cache son identité réelle et son activité d’agent secret au service de l’URSS, sous couvert de la signature de deux contrats avec une société d’importation hollandaise et une mission commerciale de l’Allemagne de l’Est.
Une équipe de spécialistes du renseignement de la RDA se trouve aussi à Amsterdam, depuis une semaine, sur la piste d’un des agents américains, un certain George Kanin de retour d’une mission qui a mal tourné à Dresde.
Un enchaînement de phénomènes indépendants les uns des autres se met en place. Dès qu’il prend conscience qu’une trahison est l’origine du piège qu’il sent se refermer sur lui, Mercader tente d’échapper quelques heures à la filature dont il est l’objet, afin d’alerter l’agent de contact du service à Zurich.
Le lendemain, Ramón Mercader sera retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel d’Amsterdam. Son décès, qualifié de suicide, conclura l’opération Humpty-Dumpty américaine(1), tandis que les services du contre-espionnage soviétiques tenteront de le faire passer pour traître au moyen d’un dossier truqué. Le mécanisme de la trahison se démontera petit à petit. La vérité mise à jour, toutes ses conséquences possibles resteront ouvertes ...
À travers l’histoire de ses personnages et sa propre histoire, l’auteur revient sur l’histoire du mouvement communiste de la guerre d’Espagne, à la mort de Staline et les années qui ont suivi le XXe Congrès(2). Ni reportage, ni réquisitoire, son livre est une longue méditation sur le destin d’une révolution qui a nourri tant d’espoirs, mais qui a déçu ses adeptes et ses soutiens les plus convaincus.
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Nous sommes en présence d’un livre qui sollicite l’attention soutenue de ses lecteurs. Sa lecture ne s’improvise pas. Il faut prendre le temps de le lire et ne pas hésiter à le relire. On appréciera la richesse du texte et la qualité de la langue, d’autant plus remarquable qu’elle n’est pas la langue maternelle de l’auteur.
La chronologie du récit est bouleversée par des projections dans le futur, des retours récurrents sur le passé, entrecoupés d’extrapolations inabouties, de rapprochements de faits sans rapport entre-eux.
Des chapitres, s’interrompent sur une phrase inachevée, terminée au début du chapitre suivant ou laissée en suspens. Il arrive qu’un espace blanc, suivi d’un retour à la ligne s’insèrent dans une phrase.
Les objets sont porteurs de sens. Ils sont des témoins, des partenaires de tranches d’existence humaine. Leurs longues descriptions sont sans rapport avec le fil de l’histoire, coupées de parenthèses, dans lesquelles se glissent les réflexions personnelles de celui qui s’y intéresse ou de l’auteur. Les objets attisent la réminiscence d’expériences antérieures, les plus douloureuses ayant été volontairement occultées pour pouvoir y survivre.
L’auteur fait des retours sur des faits anodins en apparence pour les situer dans leur contexte psychologique et objectif.
Le même évènement peut être repris selon différents points de vue.
La narration peut être faite par SEMPRÚN lui-même ou différents personnages, coupée sans transition, dans le même paragraphe, voire la même longue phrase, d’une remarque personnelle, d’une évocation autobiographique, d’une confidence de l’auteur, d’un rappel historique ou littéraire.
Les personnages n’ont pas d’image globale. Parfois, un élément seulement de leur physique est précisé. Dans ce roman, le lecteur connaît leur nom, mais ce sera à lui de le rapprocher de leurs autres identités éventuelles.
Le nom du héros, Ramón Mercader, sert de charnière entre la fiction que nous suivons et l’histoire qui se rattache à la grande Histoire de son homonyme connu pour avoir assassinné Léon Trotski (1879~1940)(3). Meurtre, sur lequel SEMPRÚN reviendra plusieurs fois, dont il confie l’exposé de la reconstitution à un de ses personnages, un cinéastre américain, logé dans le même hôtel que l’Espagnol, qui projette de la mettre en scène.
Des scènes sans rapport avec le propos du roman sont aussi minutieusement et longuement traitées que si elles faisaient l’objet même de la narration.
L’auteur associe le lecteur à son écriture en se prétendant dépassé par l’irruption de faits fortuits. Il développe alors des scènes telles qu’il les avait imaginées, avant d’en donner la version consécutive au bouleversement du cours des évènements.
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L’époque de Guerre froide entre 1945 et 1991 a été prolifique en romans d’espionnage, souvent écrits par d’anciens agents des services secrets, sur les luttes sournoises entre les pays des deux blocs rivaux. Par le sentiment d’angoisse qu’il génère, le récit fertile en péripéties de Jorge SEMPRÚN ne déroge pas à ce genre littéraire. Cependant, ce n’est pas un thriller au sens commun du terme. Nous avons vu plus haut qu’il est marqué par le courant du nouveau roman qui a révolutionné les normes romanesques traditionnelles dans les années 1950-1970.
Le livre est paru en 1969. L’Espagne vivait encore sous le régime franquiste (1939 à 1975)(4). À la suite du XXe congrès (1956), le parti communiste français avait renforcé son orthodoxie à l’égard de Moscou. En rappelant publiquement les turpitudes de l’époque stalinienne et les dérives du totalitarisme soviétique, il fallait bien du courage, aux intellectuels comme Jorge Semprun, pour faire face à la vindicte qui s’élevait de la place du Colonel Fabien(5), encore à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix.
Le Prix Femina en 1969 a été attribué à Jorge SEMPRÚN pour La deuxième mort de Ramon Mercader.
Notes :
1 – Humpty Dumpty sat on a wall.
Humpty Dumpty had a great fall.
All the king's horses and all the king's men
couldn't put Humpty together again.
Humpty Dumpty sur un muret perché.
Humpty Dumpty par terre s'est écrasé.
Ni les sujets du Roi, ni ses chevaux
Ne purent jamais recoller les morceaux.
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2 - Nikita Sergueïevitch Khouchtchev (1894~1971), devint membre du Præsidium et secrétaire du Comité central d’URSS en 1952. Il succéda à Staline (1953), au poste de premier secrétaire du Parti communiste d’URSS et mena une politique de « déstalinisation ». En février 1956, les crimes de Staline furent dénoncés au XXe Congrès du PCUS (‘’rapport secret’’).
3 - Léon Trotski : Après le mort de Lénine, Lev Davidovitch Bronstein, dit Lev Davidovitch Trotski, en français Léon, s’opposa de plus en plus nettement à Staline, dont il dénonça particulièrement la politique d’édification du socialisme dans un seul pays ; il fut bientôt rejoint par Zinoviev (1883~1938) et Kamenev (1883~1936), en 1925. Démis de ses fonctions (1925), exclu du parti (1927), déporté dans le Kazakhstan, puis expulsé d’URSS (1929), il vécu à Constantinople, en France, en Norvège, enfin au Mexique, ne cessant de lutter contre la politique de Staline (1879~1953) et fondant la IVe internationale. Il fut assassiné sur ordre de Staline, par un agent du service secret du Guépéou, Ramón Mercader (1913~1978), (alias Jacques Mornard, alias Jackson) en mai 1940 avec un pic à glace dans sa maison de Coyoacán un quartier de Mexico. Sources : Le Petit Robert des noms propres
4 - Après 1960, l’Espagne bénéficia d’un renouveau économique tout en restant soumise aux influences des éléments traditionnels : l’Église, l’armée, la Phalange. La Constitution de 1966 avait élargi le nombre des électeurs et établi le principe de la succession de Franco. Cependant, l’évolution du régime était très lente. Les mouvements d’opposition (ouvriers, étudiants, intellectuels), qui étaient très forts à Madrid, au Pays basque et en Catalogne, entraînèrent la proclamation de « l’état d’exception » de janvier à mars 1969. Sources : Le Petit Robert des noms propres
5 - Place du colonel Fabien : Elle est surtout connue en raison de la présence du siège du Parti communiste français, conçu par l'architecte brésilien Oscar Niemeyer. Avec l'arrivée au pouvoir de la dictature militaire au Brésil, Niemeyer part en France où il fut le concepteur de plusieurs édifices, tels que le siège du Parti communiste français, place du Colonel Fabien à Paris (1965-1980), le siège du journal L'Humanité à Saint-Denis (1989), ou encore la Bourse du travail à Bobigny. Sources :
http://www.editoweb.eu/nicolas_maury/Place-du-Colonel-Fabien_a489.html
Jorge SEMPRÚN (1923) - Le grand voyage (1963)









