COMME NEIGE AU SOLEIL (1985) - William BOYD (1952)

L’action se déroule entre 1914 et 1918, pendant la Seconde Guerre mondiale en partie en Angleterre, au sein de la famille Cobb et d’autre part en Afrique de l’Est où la modeste possession allemande cernée entre l’Afrique Orientale britannique, l’Ouganda, la Rhodésie et l’Afrique Orientale portugaise apparaît aux Alliés comme une proie vulnérable que les Anglais s’empressent d’attaquer dès le 8 août 1914.

Au pied du Kilimandjaro, frontière entre les colonies anglaise et allemande, les voisins qui y faisaient jusqu’alors bon ménage deviennent des ennemis. Pris dans la tourmente, Temple, un fermier américain installé en zone anglaise, pense être épargné par les événements mais il finira par rejoindre le camp anglais dans lequel il se battra quatre ans dans le but de récupérer un décortiqueur de sisal volé par les allemands commandés par son ancien voisin Von Bishop.

Colons, fermiers et militaires des deux bords se jettent avec ardeur dans la guerre persuadés qu’elle ne durera pas deux mois, pourtant quatre ans plus tard, l’armistice est signé en Europe depuis plusieurs jours alors que les Allemands d’Afrique se battent encore, oubliés de la mère patrie.

À Ashurst, dans le Kent anglais, nous suivons le destin de la famille du major Cobb à la santé mentale fragile, concernée par l’Afrique puisque le fils aîné, Gabriel, y est prisonnier des Allemands mais aussi par les autres théâtres d’opérations par les gendres l’un au Ministère de la guerre, l’autre, Nigel Bath, amputé des deux bras en Mésopotamie. Le départ à la guerre de Gabriel a abrégé une lune de miel quelque peu ratée, la jeune épouse Charis, frustrée, désemparée a une relation ambigüe avec son jeune beau-frère, Félix.

Sans nouvelles de son mari, Charis se suicide « par désespoir ». Félix, jeune homme en quête de personnalité, provocateur en famille, influencé jusqu’alors par un camarade de Lycée sensible aux idées révolutionnaires bolcheviques, s’engagera lui aussi pour l’Afrique afin d’y retrouver son frère. C’est le coup de grâce pour le major Cobb dont la folie s’affirme.

William BOYD fait ressortir l’absurdité de ces combats auxquels ont participé des ethnies colonisées d’Inde, des autres régions d’Afrique sans unité de langue commandées par des européens, souvent dans l’improvisation. Certains évènements cumulent l’insoutenable, le dérisoire et le grotesque.

Le réalisme cruel de la description physique des acteurs du récit, la précision caricaturale de leurs particularités constitue une galerie de portraits digne d’une bande dessinée dans laquelle les femmes ne sont guère favorisées.

 Le lecteur passe de l’horreur au rire, sans pour autant relâcher son attention ,en lisant ce livre passionnant qui incite à s’informer sur cet aspect de la Première Guerre mondiale peu connu.