14 novembre 2010

LES ROYAUMES DE BORÉE (2003) - Jean RASPAIL (1925)

LES ROYAUMES DE BORÉE (2003) -Jean RASPAIL (1925)

         Jean RASPAIL est né en 1925 à Chemillé-sur-Dême, Indre et Loire. Il est l’arrière-petit-fils de François-Vincent Raspail, biologiste, chimiste et homme politique français qui participa à la création de la IIIème République en tant que député socialiste.

 Grand voyageur, notamment chez les Indiens d’Amérique (Terre de feu-Alaska, 1952 ; Journal peau-rouge, 1975), dans ses romans (Le camp des saints, 1973 ; Le Jeu du roi, 1976 ; Qui se souvient des hommes…, 1986 ; Sire, 1991 ; L’anneau du pêcheur, 1995) et ses essais (La Hache des steppes, 1974), Jean RASPAIL est le messager des irréductibles, des causes perdues, de la résistance à la civilisation de masse.

En canot sur les chemins d’eau du roi, éditée chez Albin Michel en 2005, raconte comment il s’est lancé, en 1949, sur les traces des pionniers américains de la Compagnie d’Hudson de Trois-Rivières au golfe du Mexique. Il était chef scout à cette époque et a fait cette équipée avec trois équipiers sur deux canots fabriqués à l’ancienne.

 « Monarchiste sentimental » attaché à certaines valeurs chevaleresques, son langage est recherché. Il a le sens de la courtoisie.
Bibliographie : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Raspail

L’HISTOIRE, comme dans Septentrion, se passe dans un royaume imaginaire aux confins septentrionaux de l’Europe. La frontière Valduzia de s’étend au nord et à l’est sur quelque quatre cent soixante-dix lieues, traversant d’interminables forêts, des plaines spongieuses semées de lacs, de marécages, de rivières torrentueuses qui coulent vers des destinations inconnues.

Au-delà, s’étend une terre inexplorée, la Borée. Ce territoire serait habité par un mystérieux petit homme couleur d’écorce, portant un arc et un carquois et maniant des javelots à tête de loup ou de harfang. Seuls quelques initiés l’auraient vu.

Quels sont les indices de vie dans ces terres septentrionales ?

- Certains croient avoir aperçu le petit homme et même, lui auraient dû leur survie. –rêve, délire ou réalité ?-

- Des flèches se sont plantées à proximité des envahisseurs qui s’aventuraient trop loin. Une pluie de flèches s’est abattue sur les cavaliers Cosaques au cours de la bataille de la Dvina.

- On a trouvé quelques pieux représentant une tête de loup la gueule sanguinolente, ou une tête de harfang.

- Les incidents météorologiques, les catastrophes d’origine humaine sont toujours précédées du vol des bernaches et de la fuite des animaux.

- Une borne de la frontière porte un dessin qui représente un petit homme.

- Un petit homme soigné et décédé dans l’ambulance de la Campagne d’hiver de mai 1940.

L’enquête menée par le narrateur nous conduit à suivre, dans cette partie de l’Europe de 1658 à 2002, en passant par les États Unis, les bouleversements politiques et les vagues migratoires qui ont accompagné la reconnaissance, la protection puis l’exploitation des ressources minières et forestières de cette région sur plus de trois siècles d’aventures et de batailles.

LES PERSONNAGES : Certains princes de la dynastie régnante s’intéresseront avec l’aide d’officiers des éclaireurs de Ragen à ces « lisières de l’éternité » (O’Neill), cet « outre monde », cet au-delà mystérieux. Nous suivons dans la quête de plusieurs générations de Pikkendorff, de Chapak et de Soudza et du narrateur. Ce dernier se révèle être le dernier descendant du petit homme vert. Aucun d’eux ne prendra la relève, soit qu’ils n’aient pas de descendance, soit que celle-ci ait rompu avec son héritage, happée par le monde moderne. Quoiqu’il en soit, le petit homme n’existe plus, son monde a disparu.

  Le lieutenant Souzda aux U.S.A. émigre dans l’État du Mississipi. Jean RASPAIL ne peut s’empêcher de nous emmener dans cette autre contrée construite au prix de la disparition des peuples autochtones ou de leur concentration dans des réserves. L’homme se fera un défenseur du droit des Indiens dont les descendants s’adaptent à leur manière au capitalisme moderne tout en tentant de préserver leur identité.

 

LE CONTENU : L’enquête est agréable à suivre, c’est une épopée à laquelle il est difficile de s’arracher.

Au début de l’aventure, l’installation du fort de Frechenbach nous fait penser au livre Le Désert des Tartares de Dino BUZZATI (1940) et au film qui en a été tiré.

Certains personnages sont attachants.

On retrouve dans ce roman les convictions, les combats et les valeurs défendues par Jean Raspail dans son œuvre.

La description du départ et des scènes de pillage de la Grande armée se retirant de Moscou en octobre 1812, le portrait de Napoléon abandonnant ses troupes à leur destin, sont accablants.

En avril 1945, la fuite des populations civiles devant le déferlement de l’Armée rouge et les exactions commises par les troupes soviétiques sur ceux qui étaient rattrapés est poignante.

          LE STYLE est agréable, le vocabulaire est riche et juste, les descriptions vivantes et imagées.

          LES PISTES DE RECHERCHE : C’est un livre qui nous amène à chercher plus avant sur le plan géographique et historique.

         Une des expéditions sur la frontière était accompagnée par deux huguenots français de La Rochelle, émigrés suite à la Révocation de l’Édit de Nantes en 1685.

         La Livonie : comprend la Lettonie et l’Estonie. À l’origine, la Lettonie était habitée par les Lives.

En 1561, elle était polonaise. Elle fut disputée jusqu’en 1918 entre la Suède, la Russie et la Pologne. Elle fut annexée à l’Empire russe au traité de Nystad (1721) puis partagée entre la Lettonie et l’Estonie en 1918.

Un des héros, O’Neill, 3ème commandant du fort est un émigré irlandais victime de Cromwell.

-  1541, accaparement des terres, la religion protestante imposée par les Anglais. Henri VIII prend le titre de roi d’Irlande. 

- 1559, révolte de Shane O’Neill

- 1594-1603, révoltes de Hugh O’Neill, comte de Tyrone et de O’Donnel fortement réprimée

- 1641, nouvelles menaces de confiscation, rébellion qui dure dix ans brisée par Cromwell

- 1649, massacres de Drogheda et de Wexford

            La persécution des Juifs d’Europe centrale :

         Les Khazars, peuple d’origine turque de la base de la Volga adoptèrent au IXè siècle le judaïsme comme religion d’État.

         Au Moyen-Âge, des communautés juives apparurent à l’ouest de la Russie et de l’Ukraine.

         La Pologne constituait avec la Turquie un grand refuge juif : dès 1551, les juifs avaient obtenu une autonomie administrative à peu près complète et se gouvernaient eux-mêmes par le Vaad ou Conseil des Quatre Pays. Cette tranquillité cessa brusquement en 1648, lorsque les Cosaques, révoltés contre les Polonais, envahirent les provinces du Sud et se livrèrent à des massacres systématiques. Peu après, les communautés juives de la Pologne occidentale et de la Lituanie furent ravagées par les soldats suédois et russes. De 1648 à 1658, plus de 20 000 juifs furent tués.

         Lors du partage de la Pologne, à la fin du XVIIIè siècle, les Juifs furent contraints de vivre dans des zones spécifiques où ils obtinrent une relative liberté.

         En Allemagne, les Juifs étaient très nombreux, mais toujours en butte à l’hostilité de la population car les corporations redoutaient leur concurrence commerciale. C’est à cette époque qu’on imposa au Juifs des noms germaniques pittoresques et parfois ridicules. Mais les empereurs s’efforçaient de protéger les Juifs et de nombreux petits États allemands recouraient aux services de banquiers, de financiers, de diplomates israélites, qui jouissaient d’une position souvent considérable. Au XVIIè/XVIIIè siècle se répandit ainsi un type nouveau : le « Juif de cour » anobli.

         Origine de l’adjectif et du nom ashkénaze : XIXe s., n. pr. Hébreux , cité dans la bible et appliqué au Moyen-Âge à la diaspora d’Allemagne.

        Juif issu d’une communauté originaire des pays d’Europe non méditerranéens (≠ séfarade). Les Ashkénazes parlent souvent le Yiddish.

        Yiddish : n. m. invariable ; Yudish 1864, mot anglais transcription de l’adj. jüdish « juif »

      Adj. Ensemble des parlers germaniques des communautés juives d’Europe orientale et autrefois d’Allemagne.

       Un exemple du choix d’une religion dans un État :

     Au Xè siècle, Vladimir, tsar de Russie fit venir à Kiev des émissaires des différentes croyances : musulmans bulgares, germains, Juifs de la Volga, Juifs Khazars, Grecs orthodoxes et compara ces religions, séduit par la beauté et la spiritualité du culte grec byzantin, il imposa le culte orthodoxe en 988, déjà adopté par sa grand-mère).