06 mai 2010

AÏTMATOV Tchinghiz – Djamilia

AÏTMATOV Tchinghiz – Djamilia

 

Nous sommes au Kirghiztan pendant la Seconde Guerre Mondiale. Les habitants de l’aïl (le village), jadis nomades, vivent désormais dans des maisons depuis la collectivisation. Cette sédentarisation subie n’empêche pas la mère de Seït , le jeune narrateur d’à peine quinze ans, d’installer, au milieu de la cour de l’enclos, la yourte de nomade fabriquée par le père dans sa jeunesse et de l’enfumer avec du genévrier. L’enclos cerne deux maisons. Le narrateur habite la Grande maison avec ses parents, ses deux frères ainés et sa petite sœur. Dans la petite maison, vit une veuve de la parentèle, que le père a dû épouser suivant la coutume de la tribu, et ses deux fils dont l’un, Sadyk s’est marié avec Djamilia. Dès l’aube, le père, un homme effacé, « fait sa prière tourné vers La Mecque avant de se rendre dans son atelier de Charpentier jusque tard dans la soirée ». « La mère première », remarquable ménagère régente harmonieusement les deux demeures qu’elle entretient avec sa petite fille, veillant à la bonne entente de tous.

 

 

Comme tous les hommes de l’aïl en état de porter les armes, les deux ainés de la Grande Maison et les deux fils de la Petite Maison sont mobilisés au loin pour défendre l’Union Soviétique envahie. « La mère seconde », Damilia, les femmes de la tribu, même les enfants comme le narrateur travaillent au kolkhoze.

 

Cet été là, Djamilia est chargée, tout comme Seït, de conduire les chariots qui transportent les récoltes jusqu’à la gare la plus proche du village. Le brigadier leur adjoint un homme qui rentre des combats avec une blessure. Danïiar est son nom. Orphelin, il avait quitté l’aïl dans son enfance. Cet homme taciturne intrigue le jeune garçon. Au fur et à mesure de leurs équipées, Seït découvre en lui un étrange contemplateur de la Nature. Les chants de cet homme énigmatique expriment sa passion pour les grands espaces de la steppe et envoutent ses compagnons. Djamilia est belle, courageuse, joyeuse, taquine, insouciante mais triste et morose parfois. Elle reste fidèle à Sadyk enrôlé quatre mois après leurs épousailles.

 

L’expédition occupe tout le jour jusqu’à la nuit tombée. Les chariots (brichtka) aussitôt chargées, l’aller jusqu’à la gare, se fait sans perte de temps, afin d’arriver suffisamment tôt. Il leur faut alors décharger un à un les énormes sacs, les hisser à dos d’homme, gravir dans la file des autres porteurs l’escalier de bois étroit et raide et déverser leur contenu au sommet de l’immense tas de céréales. Le retour est plus détendu. Les cochers lancent d’abord leurs chevaux dans des courses folles. Le calme revenu, le chant ensorcelant de Danïiar qui s’élève dans le cadre grandiose offert par la nature exalte le romantisme des jeunes gens. Suivra encore l’entretien des chevaux qu’il faudra mener pâturer avant de s’écrouler fourbus sur une meule et dormir. Puis vient l’amour de Djamilia et de Danïiar. Subjugué, Seït, chargé de protéger sa belle-sœur des convoitises des jeunes hommes, se laisse prendre au charme de leur complicité. Il prend conscience de sa vocation artistique et découvre son amour de la vie. 

 

 

Tchinghiz AÏTMATOV écrit ici un livre édifiant : les hommes défendent courageusement la nation sur le front tandis qu’à l’arrière, les cadences de travail soutenues, les tâches les plus pénibles, les horaires les plus longs sont acceptés avec entrain par les hommes mûrs, les femmes et les enfants, pour seconder l’effort de ceux qui se battent. La société de l’aïl est archaïque bousculée dans ses traditions ancestrales dans laquelle la valeur de l’homme est liée à l’importance de son troupeau par la collectivisation et le sédentarisme imposé. Il montre leur courage et leur isolement. L’homme sans biens, qui a connu d’autres expériences, qui projette son regard au delà de l’horizon, Danïiar, symbolise l’avenir, l’ouverture, peut-être le progrès. Le couple qui s’éloigne ne peut trouver le bonheur qu’ailleurs, tout comme Seït qui apprendra plus tard le dessin et la peinture pour réaliser sa vocation.

 

Le lecteur se plait à lire les descriptions de la nature de ce pays à la fois rude est magnifique.

 

 On comprend qu’un tel ouvrage ait séduit Louis ARAGON, dont on a connu l’engagement au parti communiste, qu’il l’ait traduit en 1959 et l’ait qualifié de plus belle histoire d’amour. Si sa longue préface est intéressante pour sa présentation de l’auteur et du pays, la passion qu’il manifeste avec force détails pour l’intrigue, perturbe l’entrée du lecteur dans le roman. Ce dernier, émoustillé, attend plus que ce qui lui est offert. Il eut été préférable qu’il apporte son avis à la fin du livre

 

Posté par colinecelia à 18:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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