11 mars 2012

Émile CHALOPIN (1931) – BIOGRAPHIE - BIBLIOGRAPHIE

Émile CHALOPIN (1931) – BIOGRAPHIE - BIBLIOGRAPHIE

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Émile CHALOPIN le 16/11/2011

      L’auteur, est né en 1931 à Cepoy (Loiret) dans une famille de mariniers. À cinq ans, ses parents, qui se déplacent constamment, le confient à ses grands-parents. Ces derniers ont pris pied dans ce bourg du Gâtinais, au bord de canal du Loing dont l’activité faisait vivre avant la Deuxième Guerre mondiale la plupart des commerçants et des artisans installés sur le quai. L’enfant est passionné par les récits de sa grand- mère et de ses tantes. Elles lui parlent de leur vie sur les canaux au début du siècle. Quand la famille est réunie, les conversations de fin de repas portent sur les péripéties plus ou moins drôles vécues par les uns et les autres et les personnages pittoresques côtoyés, au cours de leur vie nomade.

     Émile CHALOPIN effectue sa scolarité à l’école du village et en banlieue parisienne, obtient son certificat d’études puis suit une formation de menuisier à l’école professionnelle des Bézards qui fonctionnait alors près de Nogent-sur-Vernisson.

     De 1949 à 1957, il travaille à l’usine Hutchinson de Châlette-sur Loing. Il y sera secrétaire d’un syndicat ouvrier. Après quelques années dans les établissements Chauvet, disparus aujourd’hui, il décide de fonder une entreprise de menuiserie.

     Engagé politiquement, il est élu maire de la commune de Pannes (Loiret) de 1977 à 1983. C’est en assurant son mandat électoral et au moment où se créent quantité de radios libres qu’il est contacté en tant que maire de sa commune par Gilbert Baumgartner pour intervenir dans des émissions sur le patrimoine local. Frappé par ses talents de conteur, Gilbert Baumgartner l’encouragera à écrire ses souvenirs.

     En 1996, il publie La mémoire de Gabriel en hommage à ses grands-parents et en 2007 Les Filles d’Alice, deux récits biographiques sur le monde de la batellerie.

     En 2010, paraît son premier roman, Les sabots perdus (Éditions de l’Écluse).

1 - Gilbert Baumgartner est né en 1950 à Mulhouse. Professeur d’Allemand au Lycée en Forêt de Montargis, il s’est intéressé à l’histoire locale de sa région d’adoption. Il préside depuis 2007, la  Société d’Émulation de l’arrondissement de Montargis. Il publie des articles dans le bulletin de cette société et a participé à un ouvrage collectif sur le village de Pannes à l’époque où M. Chalopin y était maire. Il milite activement pour la mise en valeur du patrimoine local.

Il a publié en 2007, Le curé guérisseur de Gy-les Nonains, sur Émile Cottance, curé du village de Gy-les-Nonains de 1892 à 1933. (Éditions de l’Écluse)

Il est préfacier du roman Les sabots perdus.

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04 mars 2012

Émile CHALOPIN (1931) – Les sabots perdus (2010)

Émile CHALOPIN (1931) – Les sabots perdus (2010)

425px-Haleurs     ‘’..., dès l’aube, le Trimard reprend sa route. Félix est à la bricole. À l’arrière de l’embarcation, Eugénie et les quatre filles agitent les mains en signe d’adieu. Aujourd’hui, Basile reste à terre, avec pour seul compagnon son nom de baptême du canal, le Biais, et les paroles de son père Auguste au moment du départ.

       « Engage-toi sur l’quai, i’s ont besoin de bras, fais attention à tes sous. N’oublie pas qu’t’as une famille qu’est dans l’besoin. »’’.

Photo : Couple de haleurs le long du canal du Berry en 1900 Carte postale, Document conservé aux archives départementales du Loiret 

Pour accéder au  le fichier joint à ce message sur les haleurs et un critique de cette carte postale , cliquez sur le lien : LES_HALEURS 

     ‘’La volonté du père dans ce monde de rudesse ne se discute pas.‘’ Le rafiot  chargé de minerais de son enfance misérable de « mille guenilles », s’éloigne. Aux cinq années de travaux pénibles aléatoires et mal payés des quais du port et des carreaux d’usines succèdent dix années de complicité à battre ‘’le silex des chemins de halage ‘’, Blaise Pantois  à la barre, Basile à la bricole, jusqu’à ce qu’un soir d’été son patron s’endorme à jamais.

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     Au détour d’un méandre du canal du Berry, Léonce la veuve de Mathias Baugrin et sa fille Justine, voient fondre leurs maigres économies à bord de leur péniche qui s’enlise. Le marinier, un fêtard, volage, ivrogne et violent, a trouvé la mort accidentellement dix années plus tôt, au cours de l’hiver 1881. Il leur faut trouver d’urgence des bras robustes pour larguer les amarres.

     Léonce, les gens du canal l’appelle la Revêche. Effectivement, cette femme frustrée, malmenée, est rébarbative, connue pour sa misandrie et son autorité redoutable. De caractère docile et soumis, sa fille Justine, va sur les vingt-cinq ans, malgré son joli minois. Source carte : 

 

Le port de la Guerche-sur-l'Aubois sur le canal du Berry avant 1914

Source photo : Batard nivernais. Embarcation évoluant sur le canal d'Orléans au début du XXe siècle. Photo de carte postale ancienne (source : Robert Rabartin : "le Canal d'Orléans au fil du temps")

     Bien décidée à ne pas avoir à embaucher un employé, la Revêche jette son dévolu sur le brave garçon, sérieux, sobre qu’est Basile Fagard. Précisément, le Biais a posé sa bricole dans l’attente d’une nouvelle embauche. Seulement, voilà, la destinée contrarie parfois les stratagèmes les mieux combinés ...

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 Source carte : Canal d’Orléans. Schéma localisant les écluses et  les  communes  traversées 12 octobre 2010 Travail personnel d'après plan du Conseil général du Loiret Auteur Roulex_45 

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Source photo : Le pont-canal de Briare : Pont canal de BRIARE (45250) sur le canal latéral à la Loire. 30/12/2006 ; « œuvre personnelle » (own work en anglais) Michel CLAIR 

     Émile CHALOPIN  met son talent de conteur au service d’un récit dont le propos est avant tout la vie oubliée des bateliers et de tous ceux qui, le long des berges, à la charnière des XIXe et XXe siècles, vivaient de l’activité de la navigation sur le canal du Berry, et le canal d’Orléans, désaffectés aujourd’hui. Le suspens de l’intrigue de cette histoire simple et émouvante retient l’attention du lecteur jusqu’au dénouement. Le traitement manichéen du caractère des personnages propre à ce genre de littérature laisse aussi place à la part de sensibilité de chacun d’entre eux.

       Merci à l’éditeur pour son choix de typographies distinctes entre les parties récit et les parties dialoguées en patois régionaux très proches du Gâtinais, du Nivernais et du Berrichon, dont certaines  expressions sont particulièrement savoureuses.

      Le récit est une fiction qui se déroule dans des lieux réels. Les personnages sont imaginaires. Si les écluses fonctionnent toujours, de rares péniches franchissent leur bief surtout fréquentés  aux beaux jours par des bateaux de plaisance. La plupart des maisons éclusières ne sont plus habitées. Les chemins de halages servent surtout aux promeneurs. Sur les quais, si des commerces existent toujours, ils ont souvent changé d’enseigne. Les ports n’ont pratiquement plus d’activité. Le Conseil de Région et les Conseils départementaux et des associations se consacrent à la réhabilitation de tronçons des canaux obsolètes désaffectés, afin de proposer des attractions touristiques aux amoureux de paysages paisibles. 

Le livre d'Emile CHALOPIN est paru aux Editions de l'Ecluse

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Source photo : Pont-canal de Briare juillet 2008 ; Travail personnel ; Mossot

En savoir plus sur le canal d’Orléans, visitez le site de Bruno Chanal cliquez ici

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Les bords du canal du Loing par Alfred Sisley (Oeuvre exposée au Musée d'Orsay - Paris)

 

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19 février 2012

Jorge SEMPRÚN (1923) – Autobiographie de Federico Sánchez (1977-1978)

Jorge SEMPRÚN (1923) – Autobiographie de Federico Sánchez (1977-1978)

Traduit de l’espagnol par Claude et Carmen Durand

   Le Grand Voyage, récit de l’expérience de déporté de Jorge, articulait un enchevêtrement de digressions, sur les faits qui ont marqué son arrestation, de projections vers la libération du camp et le retour vers la France, tout en revenant régulièrement au wagon qui le transportait, avec 119 compagnons, de  Compiègne à Buchenwald.

 

   Jorge SEMPRÚN utilise un procédé littéraire similaire pour l’Autobiographie de Federico Sánchez. À sa table de travail, l’écrivain, converse à bâton rompu avec cette part de lui-même que fut Federico Sánchez, coordinateur de la résistance communiste au régime de Franco, chargé des relations avec les milieux intellectuels, membre du Comité central, puis du Comité exécutif du PCE(1) en exil. La discussion porte sur les faits  qui ont précédé, puis ont amené le vote de l’exclusion du parti communiste de ce dernier et de Francisco Paulin, un ancien important dirigeant du parti, le 19 avril 1964 au Meeting qui se tenait en région parisienne à Stains. 

 *****

     « La Pasionaria a demandé la parole. » Cette phrase est le point d’appui du récit, caractéristique du refus de la chronologie adopté par Jorge SEMPRÚN. C’était à Prague, sous les voûtes du château des rois de Bohème, quelques jours avant le Meeting de Stains. « La Pasionaria a demandé la parole. » commence, l’autobiographie politique de Jorge SEMPRÚN. Simple rapporteur des propos de Federico Sanchez, ce dernier prend de la distance par rapport aux faits et peut se découvrir, sans être atteint dans son intimité, en écrivant sous le couvert d’un pseudonyme, une de ses identités de clandestin. 

*****

     Jeune militant,  il est séduit, comme beaucoup d’intellectuels de sa génération, par la lecture des philosophes et des théoriciens léninistes et marxistes. Cette découverte théorique est suivie de l’expérience de la résistance au nazisme, aussi bien au maquis qu’au camp de Buchenwald. La Seconde Guerre Mondiale achevée, Jorge SEMPRÚN est traducteur à l’UNESCO et adhère au Part Communiste Espagnol (PCE) en exil qui lutte contre le pouvoir franquiste. En 1952, il devient membre permanent du Parti et se rend plusieurs fois clandestinement en Espagne, sous de fausses identités, dont Federico Sánchez, pour coordonner la résistance clandestine  au régime de Franco. On lui adjoindra ensuite la charge des relations avec les milieux intellectuels. Il entre en 1954 au comité central du PCE puis, en 1956, au Comité exécutif (Bureau politique). En 1962, le travail clandestin en Espagne lui est retiré par le Secrétaire général du PCE,  Santiago Carrillo et en 1964, comme nous l’avons vu plus haut, il est exclu, avec Francisco Paulin du PCE. La raison  invoquée est « divergence de point de vue par rapport à la ligne du Parti ». 

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    L’écrivain conduit, sous forme d’une introspection à deux voix, l’examen de conscience assumé de Sánchez (SEMPRÚN utilise aussi des métaphores se référant aux dogmes de l’Église.). Le tutoiement, alterné avec le je de chacun et la mise en scène des récits donnent de la vie au texte et élargissent la portée du débat au delà de la rancœur personnelle de l’éviction par le Parti, plus généralement vers les dérives des Partis communistes. 

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     Jeune militant, il considère le parti « comme un instrument de la lutte révolutionnaire parmi d’autres, dont on pouvait remettre en cause certains aspects et qu’on pouvait toujours infléchir. ». Il prend conscience de la stalinisation du parti qui survivra à la mort de son initiateur, caractérisée par un appareil administratif intouchable, d’autant plus qu’il exerce sa mission au nom des masses prolétariennes. Le Parti  est glorifié. Ses dirigeants, à la fois inaccessibles et omniprésents  sont l’objet d’un culte. SEMPRÚN rapporte trois interventions décisives de Dolorès Ibárruri(2) en 1956, 1959 puis en 1964. Son témoignage sur l’entrevue de la délégation du PCE à Cuba, avec Fidel Castro est éloquent.

 Au sein du Parti sacralisé, les militants doivent l’adhésion absolue et l’approbation sans réserve des résolutions du bureau politique et du comité central. Ces instances se réservant le droit d’accuser, d’exclure, d’exécuter (ou de laisser exécuter) au nom de l’orthodoxie du parti.

 Souvent sur le terrain, Sánchez tente en vain de faire admettre à la direction du parti la nécessité d’analyser objectivement la situation concrète de la société en Espagne, surtout après l’entrée à l’ONU du pays et l’aide apportée par les États-Unis. Les instances dirigeantes manichéistes restent arc-boutées, depuis 1939, sur leur stratégie subjective et le leitmotiv de recours au « spectre de la grève mythologique », la « Gé Enne Pé (3)».  Finalement, « l’Esprit-de Parti » l’emporte, les « deux intellectuels à tête de linotte », sont exclus en 1964. Federico Sánchez n’existe plus. 

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      lecture, en 1974, du livre de Santiago Carrillo, Demain l’Espagne, dont Jorge SEMPRÚN réfute la version de certains faits, des ajouts ou des retraits suivant les éditions, le décide à écrire La Biographie de Federico Sánchez. S’il fait un retour sur les années de militantisme actif de Jorge SEMPRÚN, ce livre est le moyen d’exposer son point de vue, qu’il n’a pu exprimer dix ans plus tôt, à ses contemporains de la base et surtout aux jeunes générations de militants. C’est aussi un livre de polémique « Il reflète la dynamique d’une vie sociale qui est établie sur des contradictions ». Contradictions qu’il va s’efforcer de mettre en évidence, à partir d’archives, dans une étude sémantique, philologique et lexicale systématique de motions, de rapports, de mots d’ordre, de publications, d’articles de presse, de conversations et de discours de ses dirigeants. Il brosse une galerie de portraits très sévères de ces derniers, visant particulièrement Santiago Carrillo, le secrétaire général du PCE et le vice président Alfonso Guerra, à qui il reproche de soutenir, avec impudence, la thèse de l’indépendance du parti par rapport au PCUS(3). 

 *****

      Libéré du militantisme clandestin, Jorge SEMPRÚN reprend en 1963, le manuscrit du Grand Voyage commencé à Madrid, alors qu’il reste confiné par prudence dans la chambre de l’appartement loué par le parti, parce qu’un de ses contacts, arrêté et probablement torturé par les sbires du franquisme, ne s’est pas manifesté sur leur lieu de rendez-vous. Récompensé par le Prix Fromentor le 1er mai 1964, il sort de l’anonymat. Il se consacre désormais à son autre passion, la  littérature sous diverses formes, en accord avec ses engagements et ses convictions. 

 *****

     La portée de ce livre est plus générale : nulle obédience politique n’est à l’abri du dogmatisme de l’Esprit-de-Parti générateur d’incohérence, de sclérose et de fermeture à toute réflexion de fond. 

     L’Autobiographie de Federico Sánchez écrite en espagnol a été publiée en Espagne, en 1977. Sa traduction en Français par Claude et Carmen Durand est parue en 1978. Le livre a obtenu le Prix Planeta(4).

  Le grand voyage (1963)

La deuxième mort de Ramón Mercader (1969)

Notes :

 1)Dolorès Ibárruri , dite la Pasionaria (1895~1989), fut secrétaire générale du PCE  de 1942 à 1960, puis Présidente de 1960 à sa mort en 1989. Elle fut remplacée au secrétariat général par Santiago Carrillo (1915) jusqu’en 1982.

 2)la Gé Enne Pé : GNP (« Grève Générale Pacifique »)

 3)PCUS : Parti Communiste d’Union Soviétique

 4) Le Prix Planeta : ou Prix Lara est un prix littéraire, créé en 1952, par l’éditeur des éditions Planeta, José Manuel Lara Hernández pour la promotion d’écrivains espagnol. La maison d’édition récompense des romans inédits écrits en castillan. Ce prix est moins solennel que le Prix Cervantès plus récent (1974), mais il est le plus convoité après le Prix Nobel en raison du montant des dotations qu’il apporte au bénéficiaire et aussi à son finaliste. Il est remis le jour de la Ste Thérèse, le 17 octobre.

 



 


05 février 2012

Jorge SEMPRÚN (1923) - La deuxième mort de Ramón Mercader (1969)

Jorge SEMPRÚN (1923) - La deuxième mort de Ramón Mercader (1969)

     Que de monde, ce matin du 13 avril 1966, autour de la Vue de Delft ! Au Musée royal du Mauritshuis, une meute d’hommes se relaient discrètement de salle en salle. Les tableaux exposés ne les intéressent pas. Les voient-ils seulement ? L’objet de leur attention est un homme au regard sombre, grand, brun, à forte carrure, qui semble se fondre dans l’œuvre de Vermeer puis médite devant cette petite toile de Carel Fabritius représentant un oiseau enchaîné, le Chardonneret, et enfin revient vers la Vue de Delft avant de s’en éloigner, incommodé par l’arrivée d’un couple accompagné d’un garçonnet d’une dizaine d’années.

Vue de Delft de Vermeer au MaurihuisLe Chardonneret Carel Fabritius

 

     Depuis Madrid, les hommes de la CIA sont sur la trace d’un Espagnol, directeur adjoint d’une société de commerce avec les pays du bloc de l’Est, en voyage d’affaires à Amsterdam. Ramón Mercader cache son identité réelle et son activité d’agent secret au service de l’URSS, sous couvert de la signature de deux contrats avec une société d’importation hollandaise et une mission commerciale de l’Allemagne de l’Est.

     Une équipe de spécialistes du renseignement de la RDA se trouve aussi à Amsterdam, depuis une semaine, sur la piste d’un des agents américains, un certain George Kanin de retour d’une mission qui a mal tourné à Dresde.

     Un enchaînement de phénomènes indépendants les uns des autres se met en place. Dès qu’il prend conscience qu’une trahison est l’origine du piège qu’il sent se refermer sur lui, Mercader tente d’échapper quelques heures à la filature dont il est l’objet, afin d’alerter l’agent de contact du service à Zurich.

   Le lendemain, Ramón Mercader sera retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel d’Amsterdam. Son décès, qualifié de suicide, conclura l’opération Humpty-Dumpty américaine(1), tandis que les services du contre-espionnage soviétiques tenteront de le faire passer pour traître au moyen d’un dossier truqué. Le mécanisme de la trahison se démontera petit à petit. La vérité mise à jour, toutes ses conséquences possibles resteront ouvertes ...

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     À travers l’histoire de ses personnages et sa propre histoire, l’auteur revient sur l’histoire du mouvement communiste de la guerre d’Espagne, à la mort de Staline et les années qui ont suivi le XXe Congrès(2). Ni reportage, ni réquisitoire, son livre est une longue méditation sur le destin d’une révolution qui a nourri tant d’espoirs, mais qui a déçu  ses adeptes et ses soutiens les plus convaincus. 

 *****

     Nous sommes en présence d’un livre qui sollicite l’attention soutenue de ses lecteurs. Sa lecture ne s’improvise pas. Il faut prendre le temps de le lire et ne pas hésiter à le relire. On appréciera la richesse du texte et la qualité de la langue, d’autant plus remarquable qu’elle n’est pas la langue maternelle de l’auteur.

     La chronologie du récit est bouleversée par des projections dans le futur, des retours récurrents sur le passé, entrecoupés d’extrapolations inabouties, de rapprochements de faits sans rapport entre-eux.

Des chapitres, s’interrompent sur une phrase inachevée, terminée au début du chapitre suivant ou laissée en suspens. Il arrive qu’un espace blanc, suivi d’un retour à la ligne s’insèrent dans une phrase.

     Les objets sont porteurs de sens. Ils sont des témoins, des partenaires de tranches d’existence humaine. Leurs longues descriptions sont sans rapport avec le fil de l’histoire, coupées de parenthèses, dans lesquelles se glissent les réflexions personnelles de celui qui s’y intéresse ou de l’auteur. Les objets attisent la réminiscence d’expériences antérieures, les plus douloureuses ayant été volontairement occultées pour pouvoir y survivre.

     L’auteur fait des retours sur des faits anodins en apparence pour les situer dans leur contexte psychologique et objectif.

     Le même évènement peut être repris selon différents points de vue.

La narration peut être faite par SEMPRÚN lui-même ou différents personnages, coupée sans transition, dans le même paragraphe, voire la même longue phrase, d’une remarque personnelle, d’une évocation autobiographique, d’une confidence de l’auteur, d’un rappel historique ou littéraire.

     Les personnages n’ont pas d’image globale. Parfois, un élément seulement de leur physique est précisé. Dans ce roman, le lecteur connaît leur nom, mais ce sera à lui de le rapprocher de leurs autres identités éventuelles.

     Le nom du héros, Ramón Mercader, sert de charnière entre la fiction que nous suivons et l’histoire qui se rattache à la grande Histoire de son homonyme connu pour avoir assassinné Léon Trotski (1879~1940)(3). Meurtre, sur lequel SEMPRÚN reviendra plusieurs fois, dont il confie l’exposé de la reconstitution à un de ses personnages, un cinéastre américain, logé dans le même hôtel que l’Espagnol, qui projette de la mettre en scène.

   Des scènes sans rapport avec le propos du roman sont aussi minutieusement et longuement traitées que si elles faisaient l’objet même de la narration.

     L’auteur associe le lecteur à son écriture en se prétendant dépassé par l’irruption de faits fortuits. Il développe alors des scènes telles qu’il les avait imaginées, avant d’en donner la version consécutive au bouleversement du cours des évènements.

 *****

    L’époque de Guerre froide entre 1945 et 1991 a été prolifique en romans d’espionnage, souvent écrits par d’anciens agents des services secrets, sur les luttes sournoises entre les pays des deux blocs rivaux. Par le sentiment d’angoisse qu’il génère, le récit fertile en péripéties de Jorge SEMPRÚN ne déroge pas à ce genre littéraire. Cependant, ce n’est pas un thriller au sens commun du terme. Nous avons vu plus haut qu’il est marqué par le courant du nouveau roman qui a révolutionné les normes romanesques traditionnelles dans les années 1950-1970.

     Le livre est paru en 1969. L’Espagne vivait encore sous le régime franquiste (1939 à 1975)(4). À la suite du XXe congrès (1956), le parti communiste français avait renforcé son orthodoxie à l’égard de Moscou. En rappelant publiquement les turpitudes de l’époque stalinienne et les dérives du totalitarisme soviétique, il fallait bien du courage, aux intellectuels comme Jorge Semprun, pour faire face à la vindicte qui s’élevait de la place du Colonel Fabien(5), encore à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix.

     Le Prix Femina en 1969  a  été attribué à Jorge SEMPRÚN pour La deuxième mort de Ramon Mercader.

Notes :

1 Humpty Dumpty sat on a wall.
Humpty Dumpty had a great fall.

All the king's horses and all the king's men
couldn't put Humpty together again.

 

Humpty Dumpty sur un muret perché.
Humpty Dumpty par terre s'est écrasé.

Ni les sujets du Roi, ni ses chevaux
Ne purent jamais recoller les morceaux.

 

Lien vers la source Texte et illustration:

Pour écouter la comptine cliquez ici

 Pour regarder  et écouter un petite  vidéo illustrant cette comptine 

Vidéo de Humpty Dumpty

cliquez ici

2 - Nikita Sergueïevitch Khouchtchev (1894~1971), devint membre du Præsidium et secrétaire du Comité central d’URSS en 1952. Il succéda à Staline (1953), au poste de premier secrétaire du Parti communiste d’URSS et mena une politique de « déstalinisation ». En février 1956, les crimes de Staline furent dénoncés au XXe Congrès du PCUS (‘’rapport secret’’).

 3 - Léon Trotski : Après le mort de Lénine, Lev Davidovitch Bronstein, dit Lev Davidovitch Trotski, en français Léon, s’opposa de plus en plus nettement à Staline, dont il dénonça particulièrement la politique d’édification du socialisme dans un seul pays ; il fut bientôt rejoint par Zinoviev (1883~1938) et Kamenev (1883~1936), en 1925. Démis de ses fonctions (1925), exclu du parti (1927), déporté dans le Kazakhstan, puis expulsé d’URSS (1929), il vécu à Constantinople, en France, en Norvège, enfin au Mexique, ne cessant de lutter contre la politique de Staline (1879~1953) et fondant la IVe internationale. Il fut assassiné sur ordre de Staline, par un agent du service secret du Guépéou, Ramón Mercader (1913~1978), (alias Jacques Mornard, alias Jackson) en mai 1940 avec un pic à glace dans sa maison de Coyoacán un quartier de Mexico. Sources : Le Petit Robert des noms propres

 4 - Après 1960, l’Espagne bénéficia d’un renouveau économique tout en restant soumise aux influences des éléments traditionnels : l’Église, l’armée, la Phalange. La Constitution de 1966 avait élargi le nombre des électeurs et établi le principe de la succession de Franco. Cependant, l’évolution du régime était très lente. Les mouvements d’opposition (ouvriers, étudiants, intellectuels), qui  étaient très forts à Madrid, au Pays basque et en Catalogne, entraînèrent la proclamation de « l’état d’exception » de janvier à mars 1969. Sources : Le Petit Robert des noms propres

 5 - Place du colonel Fabien : Elle est surtout connue en raison de la présence du siège du Parti communiste français, conçu par l'architecte brésilien Oscar Niemeyer. Avec l'arrivée au pouvoir de la dictature militaire au Brésil, Niemeyer part en France où il fut le concepteur de plusieurs édifices, tels que le siège du Parti communiste français, place du Colonel Fabien à Paris (1965-1980), le siège du journal L'Humanité à Saint-Denis (1989), ou encore la Bourse du travail à Bobigny. Sources :

http://www.editoweb.eu/nicolas_maury/Place-du-Colonel-Fabien_a489.html

Jorge SEMPRÚN (1923) - Le grand voyage (1963)

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29 janvier 2012

Le prix Fromentor – Aventure d’un prix littéraire

Le prix Formentor – Aventure d’un prix littéraire

 Le cadre historique :

     En Espagne, après la prise de Barcelone (janvier 1939) puis de Madrid (mars 1939) sur la République du Frente Popular, les nationalistes espagnols victorieux avaient instauré la dictature militaire de Franco, soutenue par un parti unique, la Phalange. Un appareil répressif sur l’ensemble de la vie sociale et politique fut mis en place. Les moyens d’expression étaient mobilisés, afin de protéger le régime des troubles, de la dissidence et de l’anarchie qui risquaient d’être générés par la liberté de s’exprimer. La littérature se trouvait ainsi au service de la propagande.

    Sur le plan intérieur, un gros travail de reconstruction s’imposait après la guerre fratricide de 1936 à 1939. Le plan Marshall avait considérablement favorisé un redressement économique dans le reste de l’Europe. L’Espagne fasciste n’y avait pas participé. Le pays vivait en retrait, en proie à de grosses difficultés économiques.

     Sur le plan extérieur, Franco réussit à rompre l’isolement de son pays avec l’aide des États-Unis : l’Espagne entra à l’ONU en 1955, mais dut attendre trente ans avant de pouvoir intégrer la toute nouvelle Communauté Européenne, créée en 1957. En 1963, elle put cependant adhérer au GATT.

     Après 1960, l’Espagne bénéficia d’un renouveau économique tout en restant soumise aux influences traditionnelles conjointes de l’Église, de l’armée et de la Phalange. Elle découvrait la manne  apportée par le tourisme. Il était dans l’intérêt du Caudillo de projeter une image agréable aux étrangers favorisés par les cours monétaires avantageux. Un poste ministériel d’Information et Tourisme avait été créé dès 1951. Sa charge était de stimuler le tourisme tout en contrôlant l’information. La censure, bien que plus sélective après 1962, restait cependant intraitable quand il s’agissait de littérature.

 

L’origine du prix Formentor :

     En 1955, Carlos BARRAL y Agesta (Barcelone 1928~Barcelone1989), poète, écrivain et éditeur espagnol, prend la relève dans l’imprimerie familiale que son père Victor Barral, avait créée avec son associé Victor Seix, à Barcelone. Sous la direction de Carlos Barral et de Victor Seix, la modeste maison d’édition d’ouvrages éducatifs Seix-Barral  deviendra une des plus fameuses d’Espagne.

     Carlos BARRAL était lié avec notamment Josep Maria CASTELLET (1926), critique déjà connu à cette époque, au mouvement littéraire de rénovation de la littérature nommé École de Barcelone et  à la génération de 1950. À ses débuts, du temps de son père, il avait créé puis pris la direction d’une collection littéraire et fédéré autour de lui un groupe d’écrivains qu’il publiait. En quelques années, La maison Seix-Barral fit référence dans l’édition en langue espagnole. Il  créa le prix renommé « Bibloteca breve », qui récompensait un livre espagnol. Des écrivains latino-américains comme le Péruvien Mario VARGAS LLOSA, le Mexicain Carlos FUENTES, le Cubain Guillermo CABRERA  INFANTE, le Chilien José DONOSO ... en furent lauréats

     BARRAL profitait des colloques, des conférences, des rencontres à l’occasion des échanges de signatures de droits d’auteur avec les éditeurs étrangers, pour faire connaître la littérature espagnole qui subissait une diffusion restreinte pour des raisons politiques. Afin de séduire les éditeurs étrangers, il prit le parti de donner à ses romans une valeur hautement politique.

     Face au plus ancien prix littéraire espagnol, le Prix Nadal, que les Éditions Destino remettaient chaque année le 6 janvier depuis 1944, qui faisait autorité dans la littérature espagnole, BARRAL décide de créer un prix correspondant à sa ligne éditoriale consistant à désenclaver la littérature espagnole. En 1959, il se rend à Majorque sur la presqu’île Formentor, où se réunit un congrès d’écrivains, sous l’égide du romancier, poète et essayiste Camillo José CELA TRULOCK. Au cours de cette rencontre, l’éditeur italien Giulio  EINAUDI, convaincu de l’intérêt du projet par l’écrivain et philosophe italien Italo CALVINO (1923~1985), utilise ses talents de négociateur pour défendre l’initiative de BARRAL auprès d’autre grands éditeurs européens.

     Cinq maisons d’éditions seront à l’origine du prix Formentor qui sera fondé en 1960, en même temps que le Prix international de littérature : française (Gallimard), allemande (Heinrich Ledig-Rowohlt), britannique (George Weinderfeld), américaine (Barnet Rosset), et espagnole (Seix-Barral). Des éditeurs néerlandais, norvégien,  suédois, danois, finlandais, portugais s’y associeront et plus tard, le Japon.

 

Le prix Formentor

     Les éditeurs choisissaient parmi des manuscrits présentés par des débutants ou des écrivains encore peu connus, celui qui leur paraissait le plus digne de passer à la postérité. Ils s’engageaient à publier l’année suivante l’ouvrage primé. Le jour de l’attribution du prix, le lauréat recevait un exemplaire de l’édition originale ainsi qu’un exemplaire de son livre traduit dans chaque langue représentée dans l’association des éditeurs. Le lauréat du prix recevait aussi la somme de 10 000 $.

 

La pérennité des deux prix créés à Formentor :

     Les censeurs franquistes trouvèrent rapidement un aspect subversif venu de l’extérieur dans l’existence et le succès de ces deux prix. Barral, devint de plus en plus suspect. Il fut l’objet de mesures vexatoires de la part de Gabriel Arias Salgado, le premier ministre de l’Information et du Tourisme en Espagne. D’autre part, après la publication, en 1961, des Canti della Resistenza spagnola (1939~1961), recueillis par le compositeur, musicologue, journaliste,  Michele Straniero Luciano (1936~2000), par Giulio Heinaudi, ce dernier était devenu persona non grata en Espagne.

     Le dernier Prix Formentor fut attribué en 1965, tandis que le Prix international  de Littérature survécu jusqu’en 1967.

     On peut considérer comme gagné, le pari de BARRAL :

« Défendre un mécanisme commercial avec des arguments évidemment culturels. Je voulais rompre le carcan d’isolement de l’édition espagnole, une des murailles d’enfermement, depuis l’intérieur, d’une littérature. »

     Son impulsion avait réussi à d’ouvrir les frontières de l’Espagne par la littérature, mais aussi à créer des prix de portée européenne qui assuraient aux jeunes auteurs primés, une diffusion immédiate de leur livre, souvent d’avant-garde, dans une douzaine de pays, ouvrant aussi la curiosité de leur lectorat pour leurs éventuels futurs ouvrages.

 

Lauréats du Prix Formentor : (la date est celle de l’attribution)

-                  1961 – Juan GARCIA HORTELANO, Tormente de verano (édit. Seix-Barral), Orage d’été (édit. Gallimard)

-                  1962 – Dacia MARAINI, pour L’età del malessere (édit. Einaudi), L’Àge du malaise

-                  1963 – JorgeSEMPRÚN, Le Grand Voyage (édit. Gallimard)

-                  1964 -  Gisela ELSNER, pour Die Reisenzwerge (édit. Rowohlt), Les Nains géants (édit. Gallimard)

-                  1965 – Stephen SCHNECK, Die Nightclerk (édit. Grove Press), Le Concierge de nuit (édit. Gallimard)

 

Lauréats du Prix international de Littérature :

 

-                  1961 – Samuel BECKET, pour sa trilogie Molloy, Malone meurt et l’Innommable

ex-æquo avecLuis BORGES pour Fictions

-                  1962 – Uwe JOHNSON pour Conjonctures sur Jacob

-                  1963 – Carlo Emilio GADDA pour La Connaissance de la douleur

-                  1964 – Nathalie SARRAUTE pour Les Fruit d’or

-                  1965 – Saul BELLOW pour Herzog

-                  1966 – annulé

-                  1967 – Witold GROMBROWICZ pour Cosmos

 

Notes :

1 -GATT : General Agreements on Tariffs and Trade, ancêtre lointain de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC)

2 - Josep María CASTELLET ( Barcelone, 1926) : écrivain, critique littéraire  et éditeur espagnol. Il a été le théoricien en Catalogne du « réalisme historique ». Depuis 1968, il a évolué vers le structuralisme. il fut le premier président de l’Association des écrivains en langue catalane. Il a reçu la Creu de Sant Jordi  de la Généralité de Catalogne en 1983, et s’est vu décerner le Prix National de Littérature espagnole en 2010.

3 - 10 000 $ US, soit,compte tenu de l’inflation,  l’équivalent, en 2011, de 65 000$US, environ 50 000 €.

 Sources :

http://intermediaireculturel.files.wordpress.com/2008/02/la-diffusion-de-la-litterature.pdf

http://www.erudit.org/revue/TTR/2005/v18/n1/014370ar.html

Voir aussi:

Lauréat du Prix Formentor 1963 – Jorge SEMPRÚN, Le Grand Voyage (édit. Gallimard)


22 janvier 2012

Jorge SEMPRÚN (1923) - Le grand voyage (1963)

Jorge SEMPRÚN (1923) - Le grand voyage (1963)

     Le grand voyage aborde sous une forme autofictionnelle, l’expérience de Jorge SEMPRÚN déporté en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Le livre est bâti autour du transport du narrateur, en train de marchandises, vers le camp de concentration de Buchenwald, en automne 1943. Le jeune homme et ses 119 compagnons, debout, entassés,  durant cinq jours et cinq nuits interminables dans un wagon cadenassé, ignorent leur destination.

*

     Dans la bousculade de la montée, à Compiègne, le gars de Semur-en-Auxois l’a entraîné vers une des ouvertures.

     «Respirer, c’est l’essentiel, tu comprends, pouvoir respirer. »

     Chacun a sa manière de vivre l’attente, l’inquiétude, l’angoisse, la fatigue, la soif, la faim, le froid et de côtoyer la mort. Par la lucarne, l’univers se réorganise autour du narrateur. Ses pensées s’évadent par delà cette fenêtre, barrée de fil de fer barbelé.

*

     « C’est vrai que j’avais décidé d’oublier. À Eisenach, aussi, j’avais décidé de ne jamais être un ancien combattant. C’est bon, j’avais oublié, j’avais tout oublié, je peux me souvenir de tout, désormais. »

     Les souvenirs remontent en avalanche. Ils s’entremêlent, surgissent à l’improviste. Mémoire du passé d’avant le camp, du retour du camp, du camp, d’après le camp, l’exil. Réminiscences redondantes, obsédantes, parfois lyriques !

     « Il faut que je parle au nom des choses qui sont arrivées, pas en mon nom personnel. »

*

     Les choses qui sont arrivées, le narrateur les recadre dans la logique rationnelle inexorable du contexte politique du national socialisme nazi. Le contraste entre ce qu’ont subi les déportés et  la vie à l’extérieur, lui inspirent une méditation sur le dedans et le dehors.

     Du dedans resteront la réalité,  où le dérisoire côtoie l’immonde, le partage généreux mais aussi l’égoïsme meurtrier, le meilleur et le pire, les victimes et les bourreaux. «Mais  les camps sont des situations limites, dans lesquelles se fait plus brutalement le clivage entre les hommes. » Dedans, la mort et l’odeur des fours crématoires sont omniprésentes. Une question l’obsède : L’odeur s’arrêtait-elle aux limites du camp ?

     Dehors, les chiens aboient, les SS hurlent, les coups tombent, les voyageurs curieux observent, les moqueries s’élèvent, les gamins lancent des insultes, la vallée de la Moselle est superbe. Autour du camp, l’indifférence règne, les arbres poussent, les fleurs s’épanouissent, une vie insouciante et paisible s’écoule, la fontaine déverse une eau délicieuse.

*

   Libérés, enfin dehors, le goût des menus plaisirs de la vie reviennent, mais l’impossibilité de parler du dedans, le besoin d’oublier et la certitude d’être incompris pèsent, isolent. Des familles attendent encore des camarades qui ne reviendront plus. Dehors, tandis que les débris des convois retrouvent une patrie, l’exil continue. Le combat reprend dans la clandestinité.

    Et puis, il y a la conviction qu’il faudra parler plus tard, un jour, pas en son nom personnel, mais au nom des camarades tués au maquis, arrêtés, emprisonnés, torturés, exécutés, parler au nom de tous les morts du camp. Il sait qu’il faudra évoquer aussi la sympathie spontanée établie avec le gars de Semur, un garçon plein de ressources qui ne concevait pas qu’on ne puisse pas partager. Tous deux se sont soutenus mutuellement. Un gars qui n’a pas vu la fin du voyage !

     « Vous vous rendez compte ? »,  avait murmuré le vieillard du wagon en se laissant aller à tout jamais. Il fallait que nous nous rendions compte !

*

     Quand on croit être au bout de l’abominable, il y a encore plus abject. Le double de l’auteur rappelle que, si le sort des déportés politiques soumis au travail forcé à Buchenwald était ignoble, celui des familles juives avait été encore plus immonde, déportées à 200 par wagon vers d’autres camps affectés spécialement pour leur extermination.

*

    « Logiquement j’aurais dû décrire mon expérience en partant de mes souvenirs en espagnol. Cependant, j’ai écrit le Grand Voyage en français alors que j’étais à Madrid dans la clandestinité. Par la suite, j’ai eu recours naturellement au français. Cela tient sans doute à une nécessité d’échapper au pathétique. Le français est une langue plus littéraire, mais aussi moins trompeuse. Elle permet d’être à la fois à l’intérieur et à l’extérieur d’un récit. »

     Jorge SEMPRÚN a reçu le Prix Formentor pour Le Grand Voyage le premier mai 1964 à Saltzbourg. Écrit en français, le livre avait été publié en treize langues. Le livre n’était pas paru en Espagne en raison de la censure franquiste.

Le prix Fromentor – Aventure d’un prix littéraire 

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08 janvier 2012

Diane DUCRET – Femmes de dictateur (2011)

Diane DUCRET – Femmes de dictateur (2011)


     L’intransigeance de leur conviction d’homme providentiel, leur discours enflammé, ont subjugué une coterie de partisans,  galvanisé les foules, conquis les hommes, déchaîné l’adulation des femmes. Hormis Salazar (1889~1970) qui est resté discret et mesuré et s’est tenu éloigné des photographes, Mussolini (1893~1945), Lénine (1870~1924), Staline (1878~1953), Bokassa (1921~1996), Mao (1893~1976), Ceausescu (1918~1989), Hitler (1889~1945), se sont prêtés à la mise en scène, souvent sans limite, du culte de leur personnalité. Tenants d’un pouvoir, à tout prix sans partage, ils ont marqué le siècle des conséquences de leur tyrannie sur le sort de millions d’êtres humains.
     L’étude des biographies déjà publiées de ces personnages, les souvenirs rapportés par des témoins directs de scènes auxquelles ils ont assisté ou de propos tenus en leur présence, ajoutés à des extraits des journaux intimes, de lettres des différents protagonistes, constituent la base de la documentation des récits concernant chacun de ces autocrates. Les références sont citées dans les notes à la fin de du livre.
     Diane DUCRET passe en revue ces dictateurs du vingtième siècle et dresse une galerie de portraits de celles qui furent leurs compagnes et maîtresses. Les 341 pages de l’ouvrage se lisent comme un roman, mais ne peuvent se résumer comme tel.


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Les égéries
      Mussolini serait « resté un petit activiste de parti, un révolutionnaire du dimanche »(1), sans Angelina Balabanof (1878~1951), aristocrate ukrainienne, passionaria de la révolution bolchevique et féministe. L’«hystérie, la misère et le désespoir »(2) caractérisaient l’exilé romagnol, cet «être humain avec un air aussi pitoyable » qui assistait au meeting organisé par le parti socialiste italien à Lausanne en 1904. Elle l’a dégrossi. Après une relation de presque dix années, elle le délaissera  pour Lénine. Une autre militante socialiste d’avant-garde croira en son avenir politique et lui donnera les moyens culturels et financiers de réaliser ses ambitions.  Il s’agit d’une jeune femme issue de la grande bourgeoisie, l’écrivain, journaliste de la rubrique artistique puis codirigeante avec Benito du journal l’Avanti, Margherita Sarfatti (1880~1961). Une attirance passionnelle les rapproche doublée d’une relation intellectuelle privilégiée. Elle affinera la culture et la rhétorique de cet être frustre. Ils élaboreront ensemble et diffuseront la première version de la doctrine fasciste. Il rompt avec elle en 1934. Margherita est juive comme Angelina. Elle quitte le pays à la promulgation des mesures de discrimination et de persécution à l’encontre des Juifs italiens des « Lois raciales » de 1938.

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     Vladimir Ilitch Oulianov était déjà un fils gâté par sa mère et aidé par sa sœur aînée Anna.  Le futur Lénine, sera soutenu par des femmes dans son errance de prison en exil puis à la direction du Kremlin. Elles assumeront le quotidien, l’assisteront dans la propagande et sa lutte révolutionnaire. Lénine, Nadia Krupskaïa son épouse (1869~1939) marxiste convaincue, qui a traversé les glaces de Sibérie au péril de sa vie pour le retrouver, le suivre en exil, et la très chic révolutionnaire, féministe, prophétesse de l’amour libre, Inessa Armand (1874~1920), formeront un ménage à trois pendant six ans.

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   Dans les années vingt, le déluge verbal d’Hitler, fondateur du NSDAP (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, parti ouvrier allemand national-socialiste) galvanise la gente féminine. Séduite par sa force de conviction, la riche Helen Berchstein le prend en main, améliore sa garde-robe, lui apprend à s’habiller en toute circonstance, l’initie aux bonnes manières et au savoir-vivre en usage dans la bonne société, lui donne ainsi le moyen de s’ouvrir les portes de l’ancienne aristocratie prussienne et de la bourgeoisie déçues par la République de Weimar.

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Les épouses et les compagnes
     Mussolini demande en mariage Rachele Guidi (1890~1979), encore mineure, révolver au poing. Vite rassasié, l’amant impétueux ne tardera pas à chercher aubaine ailleurs. L’épouse et mère de ses enfants exerce sur l’ex-révolutionnaire belliqueux une tyrannie domestique à laquelle il se plie, prisonnier de la propagande du régime célébrant la famille. Le Duce se consolera dans les bras de quantité de jeunes maîtresses.

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     La nuit du 15 juillet 1906, Ekaterina Svanidze (1880~1907) et Iossif Vissarionovitch Djougachvili sont mariés clandestinement par un prêtre complaisant. Le prétendant romantique, a charmé Kato en poussant la chansonnette et déclamé ses poèmes. Le futur Staline est de petite taille, a le teint olivâtre marqué par la petite vérole, ses vêtements sont en loques. Se doute-t-elle que la vie d’inquiétude qui l’attend auprès d’un chef de bande brutal, révolutionnaire traqué, braqueur de banques (pour la cause, bien sûr !), recherché pour meurtre d’agents du tsar ? Presqu’un an et demi plus tard, Kato meurt du typhus dans les bras de Staline qui en est très affecté.
     Staline avait sauvé de la noyade Nadia Allilouyeva (1901~1932), sa seconde épouse quand elle avait six ans. Il la viole à 18 ans, dans le train où, chargé  de faire céder la ville encore inféodée au tsar de Tsaritsyn(3), il a installé son QG, en 1918. À Moscou, Nadia déprime dans l’enfer du huis clos et de la promiscuité du Kremlin, qui abrite les héros de la Révolution et leur famille et où règne la suspicion. Les dissensions au sein du couple, la paranoïa, l’ivrognerie, les mensonges, les tromperies de Iossif, acculeront Nadia au suicide. Dans un état d’ébriété, il venait de la provoquer et de l’injurier devant tous les dignitaires du régime. Genia, sa belle-sœur ayant repoussé ses avances, il la fera déporter et emprisonner. Elle intégrera un asile d’aliénés après sa libération.
     Le « petit père des peuples » terminera son existence en compagnie d’une femme plus docile, presqu’illettrée, Valentina Istomina, sa gouvernante, qui l’accompagne dans tous ses voyages et sert discrètement dans les repas officiels.

*

     Jean-Bedel Bokassa eut une carrière matrimoniale instable et bien remplie! Dix-neuf épouses et quarante enfants sont référencés(4). Il y eut des divorces, des abandons, des fuites. L’empereur autoproclamé de Centrafrique Bokassa 1er devient polygame. Bien avant son coup d’État, le chef d’état-major de l’armée centrafricaine avait une manière très particulière de faire sa cour : enlèvements, séquestrations, unions sans leur consentement de très jeunes filles !
     Catherine Denguiade, qu’il couronne impératrice au cours d’une cérémonie grandiose, vivra ainsi l’enfer d’un mariage imposé, sans liberté de mouvement jalousée des autres épouses et des maîtresses occasionnelles. Elle vit cloitrée aussi bien au palais Berengo qu’à Bangui. Toute visite, toute sortie est soumise au bon vouloir du souverain paranoïaque, jaloux, suspicieux, bambocheur, assoiffé de domination. De sa réclusion, la jeune femme perçoit la nature destructrice du régime de son époux. Elle sermonne, résiste, tient tête, tempère et si besoin laisse hurler le forcené à la porte de ses appartements.
     Les représailles de Bokassa seront terribles pour le Président de la République française Giscard d’Estaing, après l’opération « Barracuda », en 1979. Ses affirmations aux médias français lancent « l’affaire des diamants ». Elles pèseront en France, sur la campagne présidentielle de 1981. Catherine, dépressive, prend ses distances avec Jean-Bedel qui ne dessoûle pas, finit par trouver refuge en Côte d’Ivoire. Malgré les dénégations de son épouse, il clame à tous qu’elle a eu une aventure amoureuse avec  Giscard.

*

     Yang Kaihui (1901~1930) a 17 ans la première fois qu’elle rencontre Mao Zedong. Ils deviennent amants quelques mois avant de se marier à la fin de 1920. Mao, de huit ans plus âgé, avait déjà épousé Luo Yixiu (1889~1910). Il ne renonce pas pour autant à ses anciennes liaisons, prend même de nouvelles maîtresses. La lutte politique l’absorbe. Il s’absente convertir les foules et vit avec une jeune femme rencontrée en route. Trois ans durant, sans nouvelles de lui, Kaihui l’attend à Changsha, avec ses trois enfants. En septembre 1930, il revient pour... assiéger la ville toujours nationaliste. Kaihuil, est arrêtée avec son fils de huit ans, crie sa loyauté envers Mao, avant mourir décapitée.
     La nouvelle compagne de Mao, He Zhizen (1909~1984), est une militante communiste active. Tous deux sont considérés comme mariés en 1928. Mao n’est pas un homme fidèle. L’entente du couple se disloque rapidement. En octobre 1934, Mao lance la Longue Marche qui fera de lui un mythe. Zhizen, marquée par la perte successive de trois de ses quatre fils, enceinte de cinq mois, prend donc la route. En février 1935, elle accouche à l’écart du convoi d’une petite fille qu’elle est contrainte d’abandonner, reprend la marche aussitôt, soigne et sauve les blessés. Mao, indifférent, poursuit sa marche vers le pouvoir suprême. Atteinte au cours d’une attaque aérienne, Zhizen survit, mais garde des éclats d’obus dans le corps. La désormais martyre de la Révolution, enceinte à nouveau, quitte les combattants, gagne seule, à pied, l’Union soviétique où elle est soignée. Le garçon qu’elle met au monde ne vit pas une année. Mao a pris une autre femme. Abandonnée, brisée par les épreuves, Zhizen perd la raison, est internée. Rapatriée par Mao en Chine en 1947, elle sera à nouveau enfermée jusqu’à sa mort en 1984.
     La quatrième et dernière épouse du Grand Timonier, (1914~1991) est d’une toute autre espèce. Née dans une famille pauvre, elle cherche non seulement à sortir de sa condition, mais, guidée par une ambition démesurée, elle utilise tous les moyens possibles afin de favoriser son ascension et écarter tous les obstacles. À vingt-trois ans, elle a déjà roulé sa bosse lorsqu’elle rejoint la Longue Marche en 1937 à Yan’an et s’emploie à séduire Mao. Comédienne ratée, actrice de série B, communiste à l’origine par opportunisme, mariée utilement déjà trois fois, Jiang Qing a une réputation sulfureuse. Mao écarte les mises en garde et les critiques de l’état major du parti communiste chinois, passe outre l’inquiétude des militants. D’abord dans l’ombre, chargée de son secrétariat privé, Jiang Qing gravit les échelons du pouvoir, impose ses conceptions artistiques au comité directeur de l’industrie cinématographique. Devenue conseillère culturelle de l’armée, elle se met en scène et se compose un personnage de leader respecté. Actrice majeure de la Révolution culturelle des années 60 et 70, elle assouvit enfin une vengeance longuement murie sur ses ennemis. Elle veille elle-même au choix et à l’initiation de jeunes pucelles chargées de satisfaire la libido frénétique du Grand Timonier. Mao disparu, détestée de tous, associée à « la bande des quatre », elle est arrêtée et jugée pour ses forfaits.  Sa condamnation à mort sera commuée en prison à vie, elle se suicidera dix ans plus tard, en 1991.

*

     Le 23 décembre 1947, le mariage entre Nicolae Ceausescu et Elena (1916~1989) est signé sur de fausses déclarations. La mariée s’est rajeunie de deux ans et se prénomme en réalité Lenuta. Ex-tôlard, entré en politique après avoir partagé son enfermement avec des agitateurs communistes, Nicolae avait remarqué cette fille pleine d’aplomb, meneuse des luttes ouvrières et des manifestations antiroyaliste avant la guerre. Au lendemain de l’accession de Ceausescu au poste de secrétaire général du Parti communiste roumain, Nicolae régit la politique tandis que, sans scrupule, Elena usurpe une légitimité universitaire en chimie, et prend en main tous les instituts de recherche du pays. Les Roumains lui doivent l’interdiction de la contraception et des décrets régissant la vie intime des couples. Qui n’est pas à sa botte est implacablement limogé. Elle fait mettre ses rivales sur écoute, échafaude les pièges pour les compromettre. La Guerre froide aidant, elle collectionne une multitude de distinctions honorifiques décernées par des universités étrangères et accable les services diplomatiques de ses caprices protocolaires et d’exigences en cadeaux dispendieux dans ses voyages officiels. Le 25 décembre 1989, la fête est finie pour le Génie des Carpates et son épouse Elena. Ils seront fusillés dans la base militaire de Targoviste, condamnés à mort par un tribunal autoproclamé à la suite d’un procès secret expéditif.

******

Les maîtresses
      Comme Hitler, Antonio de Oliveira Salazar a renoncé au mariage. Anne DUCRET nous révèle que la réalité est bien différente de l’être chaste, exclusivement marié à la patrie décrit par la propagande du régime. Encore jeune séminariste sans vocation, il est troublé par Felismina, une adolescente rousse au caractère bien trempé. L’éducation religieuse qui diabolise le sexe entrave l’attirance mutuelle des jeunes gens. La jeune fille est tourmentée entre désirs et sentiment de culpabilité. Une relation platonique ambigüe s’installe entre les jeunes gens. Felismina, nommée inspectrice des écoles, sera une informatrice privilégiée du dictateur, pratiquera au besoin la délation et sera une propagandiste zélée du salazarisme.
     La plupart des nombreuses liaisons du Doutor furent sans conséquences. Sa vie sentimentale le portait vers des femmes souvent mariées, bien différentes du prototype salazariste d’épouse et mère au foyer. Telles Maria-Laura Campos, jeune femme émancipée, Emilia Vieira, originale, danseuse mondaine, bisexuelle, voyante, qui sera son astrologue jusqu’à la fin, Mercedes de Castro Feijo, aventurière, fille de diplomate, héritière prodigue convertie au journalisme. Salazar craint l’inconstance de la passion, aussi ne s’engage-t-il jamais.
     Une femme émancipée, Christine Garnier, journaliste française, fut sa plus grande passion au point de lui offrir des bijoux de valeur, de lui faire adresser, où qu’elle soit, fleurs et fruits exotiques. Pour elle aussi, disparaîtront les rendez-vous avec l’être aimé.

*

     On a du mal à imaginer Hitler amoureux. Il le fut pourtant ! On a du mal à imaginer le Führer séducteur. Il le fut pourtant ! Des femmes tombèrent sous le charme du peintre raté, admirateur de danseuses et de modèles nus. L’éloquence frénétique et la fougue du discours du chef du parti nazi déchaînait les passions féminines.
     Enthousiasmée par sa verve, l’épouse de Siegfried Wagner, Winifred, lui fait parvenir en prison lettres et colis de nourriture. Bien qu’on ne sache rien de la nature exacte de sa relation avec Hitler, elle n’hésitera pas à s’afficher avec lui au point de nourrir les rumeurs.
     Il est des histoires d’amour qui finissent mal
     A Berchtesgaden, en 1927, les parents de la pauvre Maria Reiter (1911~1992) « Mitzi » amoureuse délaissée par Herr Wolf (5) sauvent leur fille in extremis  de la pendaison.
Au moment où le parti nazi connaît sa grande ascension, Hitler est déstabilisé par le suicide de la souriante Angelika Raubal (1908~1931), sa nièce.  « Geli » se tire une balle dans la poitrine pour se sortir de l’enfermement d’une relation incestueuse avec Onkel Alf.
    Eva Braun (1912~1945), la charmante « bécasse », d’abord substitut de Geli s’attachera définitivement Alfi par deux tentatives de suicide. Installée au Berghof, elle y règnera en maîtresse de maison dans le cercle intime du chancelier du Reich. Entretenue volontairement sans contact avec l’extérieur, sur ordre du Führer, Effie mène une vie de petite fille gâtée dans une bulle dorée. Elle rejoindra cependant son Alfi dans Berlin assiégé. Dans le bunker où ils se sont enfermés avec les derniers fidèles, Hitler prend Eva pour épouse l’avant-veille de leur suicide.
     Dans une pièce voisine, celle qui fut « le versant féminin d’Hitler », la première dame du régime, « modèle de sa race », mère modèle, celle dont l’amour pour Hitler est si fort, qu’elle lui a offre sa vie, Magda Geobbels (1901~1945), suit le Führer dans la mort quelques heures plus tard.

*

     Des femmes s’offraient à ces dictateurs, en témoignent les extraits des Lettres d’amour à un dictateur cités dans l’introduction de l’ouvrage.
Si les lettres enflammées de ces femmes mettaient le Führer mal à l’aise, le Don Juan de la botte italienne, lui qui se vantait à ses maîtresses, d’avoir commencé sa vie sexuelle par le viol de sa jeune voisine, ne se gênait pas pour y donner suite. Le Duce ne lésine pas sur les moyens de se débarrasser d’une ancienne maîtresse hystérique engrossée, à qui il avait promis le mariage. Il la fait enfermer. Sa dernière maîtresse Clara Petacci suivra son amant jusqu’au bout, quand il sera exécuté par les partisans italiens.

Notes :
1-    Mussolini
2-    Angelina Balabanof
3-    Tsaritsyn future Stalingrad
4-    Réf. mysite.verizon.net/respzyir/jean-bedel-bokassa/id4.html (anglais).

pour accéder à la traduction en français de cette référence cliquez sur le lien

Les_epouses_de_Bokassa


5-   Hitler se cachait sous ce pseudonyme, lorsqu’il était encore chef du parti nazi. C’est sous ce nom qu’il faisait la cour à ses conquêtes d’alors.

Pour revoir le documentaire de France 2 : APOCALYPSE HITLER:

Apocalypse Hitler Fr2Cliquez ICI

03 janvier 2012

CONTEXTE HISTORIQUE DANS LEQUEL SE SITUE LE RÉCIT DE François VALLEJO (1960) « Ouest »(2007)

CONTEXTE HISTORIQUE DANS LEQUEL SE SITUE LE RÉCIT DE François VALLEJO (1960) « Ouest »(2007)[1]

       Le roman de François VALLEJO commence au moment où s’effondre LA MONARCHIE DE JUILLET (juillet 1830~février 1848).  

       La révolution des 27 au 28 juillet 1830 avait mis fin au règne des Bourbons,  « rois de France », au profit de la branche d’Orléans avec Louis-Philippe qui devint « roi des Français ».

CAUSES DE LA RÉVOLUTION DE 1848

       Né d’une révolution, le régime de Louis-Philippe évolua rapidement vers le conservatisme avec le parti de la Résistance qui prit le pouvoir dès 1831. Il dut faire face à de nombreux mouvements d’opposition politique et sociale qui furent sévèrement réprimés. L’opposition légitimiste était plus hautaine que redoutable malgré l’équipée de la duchesse de Berry dans l’Ouest en 1832. L’opposition républicaine qui reprochait au roi d’avoir confisqué la révolution était beaucoup plus redoutable. Elle cherchait appui auprès des milieux populaires que le premier essor du capitalisme industriel réduisait à un sort misérable. Des hommes et de petits groupes isolés cherchaient des remèdes à cette misère et des bouleversements idéologiques apparurent avec le catholicisme libéral de Lamennais (1782~1854), Lacordaire (1802~1861), Montalembert (1810~1870), Ozanam (1813~1853), les débuts du socialisme de Claude Henri de Saint-Simon (1760~1825), Charles Fourier (1773~1837), Pierre Leroux (1797~1871), Pierre Joseph Proudhon (1809~1885), le positivisme d’Auguste Comte (1798~1857) et des écrivains comme George Sand (1804~1876), Jules Michelet (1798~1874).

       Le pouvoir était Mandataire de la bourgeoisie aisée. Il se souciait peu de considérations humanitaires. Il fit écraser par l’armée ou par la garde nationale la révolte des canuts lyonnais (novembre 1831, l’émeute parisienne du cloître Saint-Merry (juin 1832) et celle de la rue Transnonain (1834). Les lois de septembre 1835 renforcèrent les moyens répressifs contre la presse, les associations, les rassemblements. L’opposition ne pouvait alors s’exprimer que dans des sociétés secrètes.

       Dans les années 1846 et 1847, la spéculation boursière provoqua une crise financière qui coïncida avec  une crise économique à la fois agricole et industrielle, montrant la fragilité de la structure bancaire française.

       Mais ce fut surtout le ministre conservateur Guizot (1787~1874), chef effectif du gouvernement de 1840 à 1848 qui provoqua la chute de Louis-Philippe. Président du Conseil à partir de novembre 1847, il pensait que seule, la bourgeoisie aisée était capable de diriger le pays. L’opposition demandait la réforme du régime électoral qui limitait le nombre d’électeurs à 250 000. Guizot refusait énergiquement l’abaissement du cens. Une campagne de banquets organisés par les opposants en 1847 afin de contourner l’interdiction des rassemblements rencontra son obstination farouche. La troupe tira sur une manifestation populaire demandant son renvoi. Il y eut des morts et Paris s’insurgea à nouveau, dressant des barricades. Le 23 février 1848, Guizot démissionnait, mais il était trop tard. Le régime s’effondrait le 24 février.

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LA DEUXIÈME RÉPUBLIQUE (25 février 1848~2 décembre 1852)

       La révolution a entrainé l’abdication de Louis-Philippe et la proclamation de la IIe République le 25 février 1848.

       Le gouvernement provisoire est formé d’une majorité de républicains modérés (voire conservateurs) comme Lamartine (1790~1869) et Étienne Arago (1802~1892) et de quelques socialistes comme Louis Blanc (1811~1882) et Albert (1815~1895) imposés par les forces révolutionnaires. Le suffrage universel est établi pour toutes les élections. Les libertés de la presse et  de réunion sont rétablies. La garde nationale est ouverte aux ouvriers. La peine de mort pour motif politique et l’esclavage dans les colonies sont abolis.

       Le gouvernement provisoire tente de résoudre le problème du chômage par la création des ateliers nationaux (26 février 1848).

       L’assemblée constituante est élue en avril 1848. C’est la bourgeoisie républicaine modérée favorable à la république démocratique emporte la majorité au détriment des tenants d’une république sociale. Le conflit avec la classe ouvrière ne tarde pas à éclater quand l’assemblée voulu supprimer les ateliers nationaux. Aggravée par la révolution, la crise économique provoque une importante agitation politique révolutionnaire avec les journées du 16 avril et du 15 mai 1848 puis les émeutes du 23 au 26 juin qui sont écrasées par le général Cavaignac auquel la Commission exécutive a remis les pleins pouvoirs. Cette répression est suivie de plus de 4 000 déportations en Algérie, décapitant l’aile socialiste du parti républicain et provocant l’indifférence du monde ouvrier à ce régime de classe.

       La constitution de 1848 consacre la souveraineté du peuple et le suffrage universel, confie l’exécutif à un président de la République élu au suffrage universel pour quatre ans.

       Face au « péril rouge », les modérés et les conservateurs se regroupent dans le « parti de l’Ordre » qui assure la victoire de Louis-Napoléon Bonaparte à l’élection présidentielle du 10 décembre 1848, à une large majorité.

       Cette réaction antirévolutionnaire triomphe lors de l’élection de l’Assemblée législative de mai 1849.

       Tout en se présentant comme le champion du suffrage universel, comme le protecteur du monde ouvrier, ou de la religion, comme le garant du droit de propriété auprès de la paysannerie et de la bourgeoisie, le prince-président laisse habilement l’assemblée se déconsidérer par l’expédition de troupes à Rome afin de rétablir le pouvoir temporel du pape en 1849, le vote de la loi Falloux sur la liberté de l’enseignement favorisant l’enseignement confessionnel le15 mars, de la loi électorale supprimant le suffrage universel le 31 mai et de la loi sur  la presse le 16 juillet 1850.

       Désirant se faire réélire en 1852, Louis-Napoléon se voit refuser la révision de la constitution par l’Assemblée en juillet 1851. Il prépare alors son coup d’État du 2 décembre 1851, malgré l’opposition courageuse de la bourgeoisie républicaine. Dans les jours suivants, 30 000 personnes sont arrêtées, 10 000 déportées en Guyane et en Algérie. Le 21 décembre, le coup d’État est approuvé par un plébiscite.

       La constitution de janvier 1852 restreint considérablement le pouvoir législatif au profit de l’exécutif. Un nouveau plébiscite, les 21 et 22 novembre 1852, approuve la proclamation de l’Empire le 2 décembre 1852.

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 LE SECOND EMPIRE (2 décembre 1852~4 septembre 1870)

        On divise généralement le règne de Napoléon III en trois périodes : l’Empire autoritaire  de 1852 à 1860, l’Empire libéral de 1860 à 1870 et l’Empire parlementaire de 1870.

        Durant la première période, l’empereur exerce un pouvoir sans partage, s’appuyant sur le suffrage universel dont il dirige l’orientation des votes par un système de « candidature officielle » et qui lui fournit régulièrement des majorités écrasantes. Il est soutenu par l’ancienne bourgeoisie naguère orléaniste, les catholiques et les milieux d’affaire. Les légitimistes s’abstiennent, suivant les consignes du comte de Chambord. Les chefs républicains sont en fuite ou déportés, mais Victor HUGO, en exil depuis le coup d’état, fait paraître Les Châtiments en 1853. Le recueil satirique dirigé contre « Napoléon-le-Petit » a un profond retentissement en France où circule « sous le manteau ». Il contribue à forger une jeunesse républicaine.

       Les fonctionnaires doivent prêter serment de fidélité à l’empereur. Le pouvoir des préfets est renforcé. À l’Université, les agrégations d’histoire et de philosophie sont supprimées car suspectes, des professeurs républicains sont révoqués. Jules MICHELET (1798~1874) est destitué de toutes ses fonctions officielles après le coup d’état tandis qu’Edgar QUINET (1803~1875), proscrit, vit d’abord en Belgique puis en Suisse. La presse est bâillonnée : elle est soumise à l’autorisation préalable, au droit de timbre très élevé et peut se voir appliquer des « avertissements », le troisième entraînant sa suppression. Une censure très moralisatrice s’exerce sur les œuvres littéraires. La répression sera encore renforcée après l’attentat d’Orsini (14 janvier 1858).

       Parallèlement, c’est une période de fêtes fastueuses au son de musiques endiablées, de grands bals, du théâtre de Boulevard, de vogue des stations balnéaires.

       Paris est bouleversé par les grands travaux qui remodèlent la capitale sous la direction du baron Haussmann (1809~1891), préfet de la Seine de 1853 à 1869.

       Cette période est marquée par l’essor important des finances, de l’industrie et du commerce, la modernisation des transports maritimes et ferroviaires et une politique de libre-échange.

       Oubliant ses déclarations pacifistes, Napoléon III se fait le champion des nationalités opprimées, bouleversant l’équilibre européen postérieur aux traités de 1815 institué par la Sainte-Alliance,  mais lui assure un grand prestige international. Il s’allie avec la Turquie en plein déclin, l’Angleterre et la Sardaigne contre la Russie pour l’empêcher d’atteindre les détroits et défendre les intérêts catholiques et français en Orient. C’est la guerre de Crimée de 1853 à 1856 qui se termine par le traité de Paris le 30 mars 1856. Il appuie la création du royaume de Roumanie avec un Hohenzollern catholique pour souverain (1856). Puis c’est la campagne d’Italie contre l’Autriche avec une armée de 200 000 hommes en 1859 pour soutenir Cavour dans son combat pour l’unité italienne en échange de l’annexion Nice et la Savoie en 1860.

       L’expansion coloniale continue par l’acquisition de la Nouvelle Calédonie (1853), l’administration de Faidherbe (1818~1889) au Sénégal à partir de 1854). La conquête de l’Algérie est achevée par la pacification brutale de l’Algérie par Randon (1857). La conquête de la Cochinchine s’achève avec la prise de Saigon en 1859 et le traité de Huê en 1860. La France intervient aussi aux côtés de l’Angleterre en Chine de 1858 à 1860. Quand cette période se termine, elle commence la protection des communautés chrétienne en Syrie par l’envoi d’une expédition en 1860.

       Nous en resteront là, car seule, la première période du second Empire est contemporaine des héros du roman de François VALLEJO.    

 

François VALLEJO (1960) - Ouest (2006)

Biographie et bibliographie de François VALLEJO

François VALLEJO (1960) -Madame Angeloso (2001)

François VALLEJO (1960) - L’Incendie du Chiado (2008)

 


[1] Sources : Mes souvenirs scolaires renforcés par la consultation du Petit Robert des noms propres (Éditions des dictionnaires Robert) et le dictionnaire d’Histoire universelle Michel MOURRE (Jean-Pierre Delarge – Bordas)

 

01 janvier 2012

PLAISANCE Daniel (1944) – Empreintes (2011) - Chroniques

PLAISANCE Daniel (1944) – Empreintes (2011)

Chroniques

     Vingt-quatre textes courts sont regroupés dans VOLUPTÉS MAJUSCULES : « Simples exercices d’écriture à l’origine, clin d’œil circonstanciel à Philippe Delerm et à l’hédonisme jusqu’au second degré, ces textes ont acquis progressivement leur autonomie pour déposer des empreintes devenues indélébiles et, sans leur légèreté, éveiller des images à la fois communes et infiniment intimes. » Des faits insignifiants par leur banalité éveillent, dans certaines circonstances, chez le narrateur, une sensation de  plaisir d’autant plus apprécié qu’il est fragile et éphémère. Ces moments de bien être se perpétuent et se partagent avec les lecteurs, grâce à l’écriture.

 

     Dans les années 1980, Daniel PLAISANCE a eu l’occasion d’interviewer, pour une radio locale, des chanteurs-auteurs-compositeurs de premier plan invités par l’association de promotion des spectacles et de la culture à Montargis. Professeur de lettres au Lycée en Forêt et animateur du Salon du Livre du Montargois, de 1997 à 2005, il a pu accueillir, au salon et dans les lycées de l’agglomération, « une vingtaine d’auteurs dont l’apport, dans notre littérature, est considéré comme essentiel ». Dans RENCONTRES EN DOUCE, dix-neuf d’entre eux sont évoqués en marge de leur prestation. « Les circonstances, le temps partagé, l’anecdote révélatrice ou pittoresque ont seuls été déterminants », pour les sélectionner. Léo Ferré (1916~1993), Mouloudji (1922~1994), Gilbert Bécaud (1927~2001), Claude Nougaro (1929~2004), Hervé Bazin (1911~1996), aujourd’hui disparus, sont devenus de véritables mythes.

 

      Daniel PLAISANCE a intitulé la dernière partie de son ouvrage RÉSONANCES INTIMES. « Ces évocations, à caractère romanesque, sont à l’origine de texte ancrés dans l’histoire sociologique et intellectuelle dont la tonalité est nécessairement moins légère »... L’auteur précise : « De l’enfance en Gâtinais à la découverte d’autres univers au fil du temps, des êtres et des évènements qui m’ont formé, m’ont accompagné, m’ont ému – en un mot ceux qui ont compté dans ma vie – côtoient les fantômes de mes ancêtres et ceux des personnalités artistiques, littéraires et politiques qu’ils ont eux-mêmes rencontrés. » 

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      Empreintes s’avale goulument, d’un seul trait. Notre curiosité assouvie, un remords de boulimique nous taraude. Captivés, emportés, par le fond du propos, nous n’avons pas pris le temps d’en goûter toute la saveur. S’impose aussitôt l’envie d’apprécier pleinement les « Voluptés majuscules », de renouveler les « Rencontres en douce » et d’accompagner encore l’auteur dans ses « Résonances intimes ».

     Daniel PLAISANCE a soigneusement travaillé la construction, la clarté du style, la syntaxe de ses textes. Une atmosphère de sensibilité, d’amitiés fidèles, de convivialité, d’amour de la nature, de fidélité à ses origines s’en dégage.

     Si ces récits évoquent des richesses, celles-ci ne se monnayent pas, ce sont celles du patrimoine historique, culturel, familial, de rencontres, du dépassement de soi, celles par lesquelles l’être humain trouve son identité liée à l’histoire complexe de l’humanité.

     Beaucoup de ces  chroniques sont très émouvantes, particulièrement l’hommage fait à Monsieur Belletête, son ancien maître, et surtout celui consacré à monsieur Georges Thouvenot, artiste montargois de grand talent, Toutoune pour ses anciens élèves, qui, contribua, avec son épouse, à la protection et à la réhabilitation de nombreux vestiges sauvés de la fièvre de destruction de la fin du siècle, en changeant, par ses gravures, ses dessins, ses peintures et son action au sein des Amis du Vieux Montargis, le regard porté par les habitants de l’agglomération sur leur cadre de vie.

     Même si l’auteur invite les lecteurs dans son univers avec courtoisie et bienveillance, avec des récits à caractère personnel, son hospitalité les contient hors du cadre privé. C’est tant mieux ! 

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 Georges THOUVENOT : est né à Paris en 1909. Après des études à l’École Estienne à partir de 1924, il intègre le Beaux-arts à partir de 1927. En 1934, il obtient le 2ème prix de Rome de gravure avec « Le remords d’Oreste ». Il enseigne les arts plastiques d’abord à Montluçon, puis,  est nommé en 1943 au Collège Gambetta, puis au Lycée en Forêt de Montargis. Parallèlement, il consacre ses loisirs  à son art de dessinateur, de graveur et de peintre et ses activités au sein de la Société d’Émulation. Avec son épouse, France, et Henri Perruchot, il s’intéresse à la sauvegarde du patrimoine et fonde en 1973 les « Amis du Vieux Montargis ». Georges Thouvenot est décédé quelques jours avant la parution, en 2008, du dernier ouvrage consacré à son œuvre.

Des reproductions des œuvres de Georges THOUVENOT sont parues dans plusieurs ouvrages :

Les églises du Gâtinais (1971) en collaboration avec France Thouvenot, (GT)

Montargis, ses rues sur l’eau, sa vieille ville (1976) en collaboration avec France Thouvenot, (GT)

Le Gâtinais pittoresque et rural (1985) GT

Les Georgiques (2007)

Images du Gâtinais et autres inédits (2008), Daniel PLAISANCE et Gilbert BAUMGARTNER. Hommage et rétrospective de l’œuvre de Georges Thouvenot, Éditions de l’Écluse

 

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Henri PERRUCHOT : est né dans le Nivernais en 1886. Il vécut à Montargis de 1910 à sa mort en 1981. Il était journaliste et écrivain, historien érudit de sa ville d’adoption. Président de la Société d'émulation de Montargis (de 1958 à 1969)

Il a écrit sur l’histoire de Montargis.

Nota : À ne pas confondre avec son homonyme originaire aussi du Morvan, Henri PERRUCHOT né à Montceau-les--Mines (Saône-et-Loire), décédé en 1967 à Paris, écrivain, critique d’art, biographe et éditeur.  On peut se faire  une idée de la prolificité de son œuvre toujours très appréciée, en suivant le lien ci-dessus.

 

 

27 décembre 2011

Hector BIANCIOTTI (1930) - Le Pas si lent de l’amour (1995)

Hector BIANCIOTTI (1930~2012) - Le Pas si lent de l’amour (1995)

     Le héros de Ce que la nuit raconte au jour poursuit son voyage initiatique. Menacé d’arrestation par la police politique de son pays natal, l’Argentine, il est contraint à l’exil. Le jeune homme embarque à Buenos Aires vers Naples où le personnage se démasque : son prénom est Hector, a le même âge et évolue dans les mêmes sphères que l’auteur.

     Hector est donc en route vers l’Europe. Bien que sans argent, il en est certain que, là, son destin l’attend. De Naples à Paris, en passant par Rome et Madrid, le narrateur fait partager au lecteur, ses rencontres et ses expériences, dans Le Pas si lent de l’amour. « Intermittent du spectacle », l’apprenti comédien court le cachet, afin de tenter de combler les grandes plages vides de toute activité lucrative de son emploi du temps. Le jeune homme vit d’expédients et n’a pas de domicile fixe. Les poches vides, s’il survit, c’est à la merci d’une opportunité de repas, dormant plus souvent dans la rue, à la belle étoile, que dans un lit. Comment ne pas s’avilir, garder son honneur et rester confiant en son avenir dans ces conditions ?

     Hector fréquente les bas-fonds de Naples, dans la Rome de la dolce vita de la fin des années cinquante, dans l’Espagne de Franco, du Madrid des tentations du Paseo de la Castellana. Il côtoie des personnages sordides, interlopes, originaux ou fantaisistes, des petites gens, des célébrités, des bourgeois timorés, mais noue aussi des amitiés fidèles qui résistent à la séparation.

     C’est à Paris qu’Hector trouvera sa véritable vocation, écrire. Déjà, à Buenos-Aires, en comparant, à l’aide d’un dictionnaire, un texte de Valéry à sa traduction argentine, il avait appris  seul le français.  Vingt-sept ans plus tard, il écrira, non plus dans sa langue natale, mais en langue française.

Hector BIANCIOTTI (1930) – BIOGRAPHIE – BIBLIOGRAPHIE

Hector BIANCIOTTI (1930) - Ce que la nuit raconte au jour (1992)





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