01 juillet 2012

Yasmina KHADRA (1955) - L’Attentat (2005)

Yasmina KHADRA (1955) - L’Attentat (2005)

   Le propos du roman se situe dans l’actualité du conflit israélo-palestinien. Bédouin de nationalité israélienne, Amine Jaafari, est un chirurgien arabe, qui vit  à Tel-Aviv. Il exerce dans un hôpital de la capitale où sa compétence est reconnue. Parfaitement intégré dans la société israélienne, ce praticien renommé a de nombreux amis juifs et jouit d’une réussite sociale certaine.

   Un attentat s’est produit dans Tel-Aviv. Une jeune femme s’est fait exploser dans un restaurant rempli de convives. Les nombreuses victimes sont amenées à l’hôpital où travaille le docteur Jaafari. Ce dernier a soigné et opéré les survivants jusque tard dans la nuit. Épuisé, à peine rentré chez lui, il est rappelé d’urgence pour examiner la dépouille de la terroriste. Atterré, Jaafari découvre que le corps de la kamikaze est celui de son épouse.

   Comment comprendre l’inimaginable ? Les pensées et les sentiments d’Amine se bousculent. Petit à petit, l’impossible réalité se révèle. Le mari comblé découvre que la femme qui partageait son intimité avec lui, n’était pas celle qu’il croyait connaître.

   La quête d’Amine nous conduit d’Israël en Palestine et en Cisjordanie, dresse un tableau de la complexité de la situation politique dans cette région du Moyen-Orient et nous fait pénétrer à l’intérieur des communautés israélo-palestiniennes. Le chirurgien qui suivait son idéal : soigner et réparer les corps, l’homme qui pensait avoir construit sa vie en dehors de la guerre, découvre qu’il s’y trouve mêlé par le suicide de sa femme. Amine comprend que sa maison a servi de repaire aux extrémistes à son insu et réalise que ce qu’il vit comme une catastrophe insupportable et irréparable est  considéré par ses proches comme un acte héroïque sanctifiant.

   Au cours de son enquête, il se retrouvera piégé par deux factions palestiniennes, sera battu et maltraité, séquestré. En représailles, il verra la maison tribale détruite, les siens chassés de leur terre, par les israéliens. Lui, qui se considérait maître de son destin, qui voulait trouver seul la cause de son malheur, sera le jouet de tous les camps, à la fois victime et appât.

*****

   La construction du livre est surprenante, commençant par la fin, avec un retour sur la fin. Pourtant informé depuis le début de l’issue de l’histoire,  le lecteur, qui au fil du récit s'est pris à espérer un avenir différent pour Amine, est décontenancé de se retrouver au dernier chapitre dans la même situation qu’au premier. Cette construction illustre le thème du propos dans lequel chaque pas afin de trouver un arrangement conduisant à la paix est entravé par des attaques, des attentats, des représailles sanglants qui renvoient vers le centre d’une spirale infernale.

    L’auteur, Yasmina KHADRA, souligne tous les éléments qui rapprochent les partis antagonistes et tous les ressentiments qui les séparent, mais l’empathie du lecteur est entravée par son plaidoyer en faveur d’une recherche d’entente qui prend parfois le pas sur la crédibilité de l’intrigue jusqu’à la caricature. 

 

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18 juin 2012

Yasmina KHADRA (1955) – Les hirondelles de Kaboul (2002)

Yasmina KHADRA (1955) – Les hirondelles de Kaboul (2002)

   Se frayant un passage dans la foule des mendiants, plongés dans leurs pensées ténébreuses, cherchant chacun une issue au malaise qui les habite et à la folie qui les guette, Atik Shaukat et Moshen Ramat, errent à la dérive dans Kaboul livrée à l’obscurantisme et à la tyrannie des Talibans. Les deux hommes ne se connaissent pas. Ils ignorent que leurs destins sont liés.

*

   Atik, moudjahid gravement blessé reconverti en geôlier, traîne son « malheur » entre sa demeure, où son épouse Mussarat agonise atteinte d’un mal incurable, et le dépôt provisoire pour femmes en attente de mise à mort. Autour de lui, la ville n’est plus que ruines, gravas, façades lépreuses, maisons lézardées, poussière, étals dégarnis, chaussées défoncées laissés par vingt ans de guerre. En dépit de ses prières, face au désastre, à la perversion morale et à l’impitoyable folie qui se sont emparées des esprits, Atik est miné par le doute : Est-ce que tout cela est la volonté de Dieu ?

*

   Les lynchages, pendaisons, égorgements, toutes ces exécutions publiques qui rendaient malade, hantaient les cauchemars de Moshen, lui faisaient prendre conscience de sa fragilité et du fait d’être mortel, n’étaient plus maintenant qu’une banalité, pour lui, comme pour les autres. Tout en flânant dans les faubourgs dévastés de Kaboul, le jeune intellectuel libre-penseur songe à ce qu’était la ville avant l’invasion soviétique et à son ambition d’une carrière de diplomate évanouie par la prise du pouvoir des Talibans. Ses pas le  conduisent jusqu’aux premiers rangs d’une lapidation de femme adultère. Galvanisé par l’hystérie collective, Moshen participe aux jets de projectiles. Horrifié par son geste et la jubilation qu’il a éprouvée en voyant s’écrouler la suppliciée atteinte en pleine tête, il confiera sa détresse à son épouse Zunaira.

*

   Confinées dans leurs demeures, deux femmes Mussara et Zunaira assistent à la dérive de leurs époux.

*

   Zunaira, la féministe, se révolte contre la diabolisation attribuée aux femmes par les mollahs et leur déchéance sociale infligée par les Talibans. À l’aveu de Moshen et à ses explications embarrassées, elle opposera son indignation profonde et une appréciation lucide implacable du comportement irrationnel de son époux. L’amour, la confiance et la communion de pensées, qui les liaient, se fissuraient.

*

   Autrefois, Mussara a risqué courageusement sa vie en recueillant et soignant Atik blessé au cours d’un combat contre l’armée soviétique. Ce dernier, reconnaissant, l’a épousée. Ils sont liés par vingt ans de vie commune. Dès qu’elle reprend quelques forces entre les spasmes douloureux de son mal, d’une intensité telle qu’ils la plongent dans l’inconscience durant des heures, Mussara accueille le désarroi d’un époux rendu sourd et aveugle par les tiraillements de ses contradictions. Perspicace, cette femme courageuse, surmonte sa douleur physique et son anxiété à l’approche d’une mort inéluctable, perçoit les faiblesses et les tentations de son mari.

*****

   La richesse des descriptions du cadre, des scènes de rues, des exécutions publiques, des prières collectives, servies par la qualité de l’écriture, le réalisme du vocabulaire, sollicitent l’imagination sensorielle des lecteurs, recréent l’atmosphère démoralisante de misère, de laideur, de paranoïa qui enveloppent les héros du roman, où qu’ils soient, ainsi que la solitude morale et sociale dans laquelle ils se sont enfermés.

   Refusant d’abdiquer, surmontant l’opprobre, les femmes ont gardé une capacité d’écoute et une force de caractère surprenantes, alors que leurs époux se replient égoïstement sur leur mal être. Elles sont intelligentes, courageuses, généreuses. En se sacrifiant par amour de son époux et pour sauver celle en qui elle aurait pu voir une rivale, Mussara est digne d’une héroïne de drame antique.

 

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en : View of the old city of Kabul, Afghanistan fr : La ville de Kaboul, Afghanistan Source : first upload on Wk en, by [http://en.wikipedia.org/wiki/User:Casimiri User:Casimiri] which say to have got this pic {{GFDL}} Category:Afghanistan

Source de la photo:

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07 juin 2012

Patrick GRAINVILLE (1947) – Le corps immense du Président Mao (2011)

Patrick GRAINVILLE (1947) – Le corps immense du Président Mao (2011)

 

    Shenzhen est une de ces « zones économiques spéciales » fondées en 1980 sur l’instigation de Deng Xiaoping. Elle est de cadre du 36ème roman de Patrick GRAINVILLE.

     Au matin, Thomas constate que sa fille «avait fuit sans le prévenir, sans lui dire adieu, à l’aube... ». La veille, à sa réaction quand il avait vu sa fille chérie s’avancer vers lui irrémédiablement transfigurée, les paupières débridées, sa longue chevelure droite et noire coupée « ras et teinte d’une vilaine nuance Coca », Shan, « toute bouffie de haine », l’avait accusé d’avoir été « un mauvais père » possessif, « sous couvert de l’aimer à la folie ».

 *****

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Carte du delta de la Rivière des Perles – Map drawn in October 2007 using various sources,  mainly : Map of the Pearl River Delta from www.johomaps.com and Map of administrative boundaries from www.hydrocarbons-technology.com  - 11 octobre 2007 - Travail personnel – Auteur : Croquant 

   Thomas tente de retrouver Shan cachée dans la fourmilière de la ville nouvelle du delta de la Rivière des Perles. 

Ses pérégrinations le conduisent dans les différents districts de la ville. Celles-ci mettent en évidence le règne du gigantisme immobilier ; du capitalisme agressif ; de la corruption ; du clientélisme ; des riches toujours plus riches protégés par le système hypocrite ; du mauvais goût ; de l’imitation et de la contrefaçon ; de l’enfant unique tyran domestique ; sans oublier la pollution industrielle, le sort des migrants, des marginaux, la libre expression muselée, le taoïsme sous-jacent, etc. ..., tous les poncifs sur la Chine contemporaine couramment répandus et glosés verre à la main, accoudé au zinc de bistrots. 

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 Vue sur la ville de Shenzhen – 2007 - self-made(自己的作品)- Auteur :  Hawyih

    Thomas, son ancienne épouse Mei, psychologue, leur fille Shan, prostituée de luxe An, une amie  expatriée française attachée linguistique l’instable Alice, Shi le gagnant d’une « maison de vos rêves » -son amant-, le milliardaire Lan avec sa guenon Zibidie et son assistante noire Assuatou -laquelle nous réserve des surprises- sans oublier le schizo-paranoïaque Jiao, se livrent à un  chassé-croisé érotico-sexuel. 

   L’amour ? Il ne saurait en être question ! Les pulsions, la vengeance, la provocation, l’ennui, l’ambition, l’exotisme, les transgressions, l’instantané, motivent les protagonistes de cette chorégraphie.

   Les portraits sont appréciés d’un point de vue masculin qui n’est probablement pas étranger aux fantasmes de l’auteur et selon les critères de beauté occidentaux en vogue. Seuls, les yeux, les bouches happeuses, suceuses, les seins, la ligne et le galbe de la jambe, les sexes féminins dénudés ou moulés dans un string noir de préférence, retiennent le regard.

    Ce lamentable ballet-vaudevillesque est tout juste propre à exciter quelque adolescent boutonneux et attardé encore capable de goûter ce trait lancé par An, bien décidée à suspendre ses essais d’embourgeoisement : « Il est si chiant, Shi ! ». 

*****

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   Le sexe est partout. Il a même sa place dans la description des courses rituelles de chevaux sur une plage de sable blanc. Par un foisonnement de noms et de qualificatifs, les scènes du galop infernal des  purs-sangs déferlant vers la mer regorgent d’images évocatrices d’une ambiance où tous les sens des spectateurs sont en éveil. 

   « Tout là-haut au sommet de l’hôtel, dans le prolongement inconnu de son appartement », le sexe est présent plus que jamais, sujet de l’œuvre picturale animée et enrichie d’images virtuelles toujours renouvelée « que Lan planquait » : Le corps immense du Président Mao. L’artiste, alliant l’esthétiques fantastique, baroque et la tradition asiatique avait réalisé une création parodique, lubrique, blasphématoire de l’idole. Le traitement simpliste d’un Mao affalé, boursoufflé et grotesque, s’y opposait à l’exécution finement détaillée de personnages miniatures extrêmement actifs dans une variété infinie de tableaux. 

*****

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   Patrick GRAINVILLE ne manque ni d’imagination, ni de facilité de plume. Il est regrettable qu’il les mette au service d’un roman insipide, sans suspens, dont l’action aurait aussi bien pu se situer sous n’importe quels cieux. La Chine qu’il nous présente est un miroir concave où se reflètent grossiesx5 les dérives et les aspirations de notre monde occidental capitaliste et bourgeois.

   Nous sommes en présence d’une caricature sans concession de la Chine réelle laborieuse et résolue face au challenge qui s’ouvre devant elle en ce début de vingt et unième siècle !

<a%20href="http://maps.google.fr/maps?q=chine+shenzhen&hl=fr&hnear=Shenzhen,+Guangdong,+Chine&gl=fr&t=m&vpsrc=0&ie=UTF8&hq=&z=10&iwloc=A&source=embed"%20style="color:#0000FF;text-align:left">Agrandir%20le%20plan" target="_self">Carte Google du delta de la Rivière des Perles

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27 mai 2012

Théophile GAUTIER (1811~1872)

Théophile GAUTIER (1811~1872)

     Théophile GAUTIER est né à Tarbes en 1811. Ses parents viennent habiter Paris alors qu’il n’a que trois ans. Il fait ses études au lycée Charlemagne, se lie d’amitié avec un condisciple qui deviendra Gérard de NERVAL (Paris 1808~1855) et le futur écrivain Pétrus BOREL (Lyon 1809~Mostaganem 1859). Le jeune homme est d’abord tenté par la peinture puis opte pour la littérature en 1829 et est présenté à Victor HUGO (Besançon 1802~Paris 1885). En 1830, il se fait remarquer avec son gilet rouge et ses cheveux longs, parmi les jeunes défenseurs de l’auteur, dans la bataille littéraire provoquée par la première d’Hernani.

     Le long poème descriptif et fantastique Albertus paraît en 1832 et le recueil de contes ironiques Les Jeune-France en 1833, montrent son indépendance à l’égard des romantiques. Il fait du journalisme au Mercure du XIXe siècle, au Figaro, à La Charte de 1830.

     Dans la Préface de son roman Mademoiselle de Maupin (1835~1836), il exprime son exigence de beauté pure en revendiquant pour l’artiste le droit de se placer au-dessus de la morale.

     Théophile GAUTIER devient critique dramatique et critique d’art dans La Presse, écrit  dans des journaux, des revues, des feuilletons (2 000), fait les chroniques de ses voyages en Orient, en Espagne. Il voyage aussi dans le temps avec Les Grotesques (1844), essai littéraire qui réhabilite l’époque de Louis XIII qui lui inspira son roman Le Capitaine Fracasse (1865). Il évoque l’ancienne Pompéi dans Arria Marcella (1852), l’Égypte ancienne dans Le Roman de la Momie (1858). Dans Le Spirite (1866) il transpose sur le plan surnaturel un grand amour et une longue quête de l’idéal.  

     GAUTIER, persuadé que l’art est un but et que la seule possibilité de pérennité est la perfection technique, il a été l’animateur du mouvement de l’art pour l’art, L’Art (1857). Il est le précurseur de la poésie parnassienne.

Théophile GAUTIER meurt à Neuilly-sur-Seine en 1872, laissant une œuvre abondante toujours reconnue. 


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16 mai 2012

Théophile GAUTIER (1811~1872) - Le Roman de la Momie )1858) suivi de : Une Nuit de Cléopâtre (1838)

Théophile GAUTIER (1811~1872)

Le Roman de la Momie )1858) suivi de : Une Nuit de Cléopâtre (1838)

     Le Roman de la Momie est précédé d’une dédicace d'Ernest FEYDEAU[1] auprès de qui il a trouvé une abondante documentation sur les rites funéraires de l’ancienne Égypte. Ce fut d’abord un feuilleton qui parut dans « Le Moniteur » de mars à mai 1967 puis fut publié en volume, en 1868, bien avant que Théophile GAUTIER ne soit allé lui-même en Égypte.

     L’auteur expose dans le prologue les circonstances qui ont amené un jeune lord anglais,  riche et dilettante, à monter une expédition afin de découvrir une tombe inviolée dans la vallée des rois. Leur quête est vouée au succès. La momie, une jeune fille couverte de bijoux est parfaitement conservée. Un rouleau de papyrus manuscrit trouvé à côté de la jeune morte révèlera, après traduction, l’histoire de Tahoser, fille du grand prêtre d’Égypte.

      Le regard d’épervier de Pharaon a daigné s’abattre sur Tahoser, la fille du prêtre Pétamounoph. Seulement, voilà ! Tahoser s’est éprise d’un jeune Hébreux, Poëri, et celle-ci est prête à tous les stratagèmes pour déjouer la vigilance de son entourage et même à partager le sort misérable du peuple hébreu réduit en esclavage.

      L’histoire se déroule à l’époque de Moïse et de son frère Aaron et des fléaux qui se sont abattus sur l’Égypte, précédant l’errance dans le désert du peuple hébreu libéré, en route vers la Terre promise.

****** 

     Théophile GAUTIER s’est sérieusement documenté pour écrire son roman. L’orientalisme est à la mode à l’époque. Il a le souci du vocabulaire exact et du détail précis. Ses descriptions sont si évocatrices que le lecteur, surtout s’il a déjà visité la Vallée des Rois, n’a aucun mal à découvrir la tombe de Tahoser à la suite de lord Evandale et de l’Égyptologue Rumphius,  conduits par l’entrepreneur de fouilles grec Argyropoulos.

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      Une Nuit de Cléopâtre est parue en feuilleton en 1838 et 1839 en six épisodes dans La Presse. Théophile GAUTIER exploite dans cette nouvelle, le mythe de Cléopâtre, reine d’Égypte aux multiples amants d’une nuit sacrifiés à l’aube.



[1] Ernest FEYDEAU (1821~1873), écrivain, lui-même, est le père de Georges FEYDEAU (1862~1921), le vaudevilliste.

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06 mai 2012

SALLENAVE Danièle – Viol Six entretiens, quelques lettres et une conversation finale (1997)

SALLENAVE Danièle – Viol

Six entretiens, quelques lettres et une conversation finale (1997)

      Dans une cité ouvrière du Nord de la France, Madeleine Dumonchel accepte de recevoir Sophie Dauthry, qui vient de Paris afin de tenter de comprendre ce que vit cette femme dont le mari est condamné à dix ans de prison, pour inceste.

     La visiteuse se trouve face à une femme fatiguée, tourmentée. Tandis que le magnétophone tourne, Mado confie que sa vie est brisée depuis trois ans et demi. Elle ne peut oublier le matin où les gendarmes sont venus arrêter son mari. Elle n’en dort plus et pense à lui sans arrêt. Il n’a rien fait. C’est un coup monté par des gens qui leur en veulent.

 *

     Conduire l’entretien est chose délicate pour la femme qui la questionne. Mado s’enferre dans des explications contradictoires pour éluder constamment la faute de Lucien. Son interlocutrice sent qu’à la moindre maladresse de sa part, Mado peut se murer dans le silence et mettre fin à la rencontre. Aussi, tout en revenant sur les faux fuyants, se montre-elle bienveillante et réamorce prudemment les confidences de Madeleine. Elle l’écoute raconter son enfance culpabilisée, mal aimée, sa famille, sa vie sans horizon, la fatigue, la déprime, les horaires décalés, le réconfort dans l’alcool, la solitude, son amour pour Lucien, les autres, les jaloux qui complotent, la frustration d’être née du mauvais côté. Ses fils ? Elle ne les voit plus. Sa fille à laquelle elle était si attachée ? Non plus. Et surtout elle ne veut plus revoir Maud, la fille de Lucien par qui tout est arrivé ! Mal conseillée, c’est elle qui a tout manigancé.

     À mesure des entrevues, se révèle l’enchevêtrement d’inculture, de manque de repère, d’ignorance, de non-dits, de mensonges, de frustrations, de rancœurs, d’égoïsme, qui a favorisé l’aveuglement volontaire de cette mère confrontée au viol de Marie-Paule, sa fille de treize ans, jusqu’aux révélations insupportables de la conversation finale, quatorze mois plus tard.

***** 

     La plupart des viols d’enfants et de mineurs ont lieu dans le cadre familial ou l’entourage immédiat de la famille, nous dit-on. Comment se fait-il que l’autre parent n’ait rien vu, rien su, n’ait pas réagi… ? Telle est la question que nombre d’entre nous se posent à chaque nouvelle affaire divulguée dans les médias. Danièle SALLENAVE a choisi le biais de la fiction pour donner directement la parole à une mère d’enfant violée par son conjoint. Partenaires de ce tête à tête, les lecteurs entrent au cœur du problème.

Danièle SALLENAVE (1940) - La Vie fantôme (1986)

Danièle SALLENAVE (1940) - Les Portes de Gubbio (1980)

Danièle SALLENAVE (1940) - Biographie et Bibliographie  

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26 avril 2012

Contexte politique en Algérie de 1990 à 1999

Contexte politique en Algérie de 1990 à 1999

     Mohamed FELLAG situe les 5 nouvelles  de C’est à Alger (2002) et L’Allumeur de rêves berbères (2007) durant la période dite des « années noires » de la décennie 1990.

*

     Le Président de la République algérienne Mohamed Ben Bella (1916~2012) depuis l’Indépendance de l’Algérie en 1962, est renversé le 19 juin 1965, par un coup d’État, dirigé par Mohamed Boukharouba, dit Houari Boumediene (1925~1978).

     Houari Boumediene devient alors Président du Conseil de la Révolution, chef du gouvernement et ministre de la Défense. En décembre 1967, une tentative de putsch du colonel  Tahar Zbiri, maître de l’armée et du FLN, le parti unique, échoue.

     Son autorité n’étant plus contestée, le Président Boumediene fait adopter par référendum, le 27 juin 1976, une Charte nationale qui définit l’Algérie comme une « démocratie socialiste », consacre le rôle dirigeant du parti et garantit à l’Islam le statut de religion d’État.

      Le 19 novembre 1976, une nouvelle une nouvelle constitution renforce les pouvoirs du chef de l’État qui est élu Président de la République algérienne.

*****

Situation politique des années 1990

     Après la répression dans le sang de « manifestations de la faim » en octobre 1988, le Président Chadli Bendjedid, dit Chadli (1929), élu à la tête du pays depuis 1972, engagea une timide démocratisation du régime. Une multitude de partis politiques se présentèrent aux élections locales de juin 1990 ouvertes au multipartisme. Parmi ceux-ci, le Front Islamique du Salut (FIS) obtint le plus grand nombre de voix.

     L’armée qui se considérait garante des institutions  s’opposa à la légalisation du FIS. Le Président Chadli décida de tenir tout de même des élections législatives, en décembre 1991. Le scrutin majoritaire étant favorable aux Islamistes, ceux-ci remportèrent une écrasante victoire au premier tour.

     En janvier, l’armée démit Chadli de ses fonctions, annula les élections et confia le pouvoir à un Haut Comité d’État (HCE) présidé par un dirigeant historique du FLN rentré de son exil au Maroc, Mohamed Boudiaf (1919~1992). En mars, le FIS fut dissous. Une vague de répression s’abattit sur les Islamistes. Ceux-ci répliquèrent par le terrorisme assassinant plus de 600 personnes dont Mohamed Boudiaf qui fut remplacé à la présidence du HCE par Ali Kafi (1928), en juillet 1992.

*

     L’assainissement de l’économie était devenu une priorité absolue pour le régime ainsi que l’intensification de la répression des oppositions.

     Le général Liamine Zéroual (1941), ministre de la Défense en 1993 puis nommé chef de l’État en janvier 1994 par le HCE, engagea  une lutte sans merci contre le mouvement islamiste qui s’était radicalisé avec la création du GIA (Groupe Islamiste Armé).

     Le GIA lança une vague d’attentats contre les forces de l’ordre, les intellectuels, les journalistes, les artistes, et, à partir de 1993, les ressortissants étrangers.

    Un mouvement de revendication berbère hostile aux militaires comme aux Islamistes, se développait parallèlement en Kabylie.

     Le pouvoir rejeta l’éventualité de négociations avec une plateforme commune composée du FIS, du Front des forces socialiste, du FLN, les principaux partis d’opposition.

     En dépit du boycotte de l’opposition, une très forte participation des électeurs au scrutin  de novembre 1995, porta  le général Zéroual à la Présidence de la République algérienne confirmant sa présence à la tête de l’État. La société algérienne manifestait ainsi sa volonté de voir s’arrêter la violence.

    Malgré les efforts de modération du Premier Ministre, Ahmed Ouyahia (1952), nommé en janvier 1996, qui fit entrer dans son gouvernement des membres de l’opposition modérée (MSI-Hamasi, Mouvement du Renouveau National), puis des différentes  tentatives des gouvernements qui lui ont succédé, les attentats et les massacres continuaient, entraînant une perte de confiance de la part de la population.

     De même, les mesures d’arabisation hâtives décidées en 1998 furent très contestées

     À la suite d’une nouvelle recrudescence des attentats islamistes, de nombreux clans se formèrent au sommet de l’État paralysant les institutions politiques. Liamine Zéroual fut contraint de démissionner.

*

     Le Président Abdelaziz Bouteflika (1937) fut élu à sa succession en avril 1999 et son projet de « Concorde civile » portant sur la restauration de la paix civile, l’ouverture économique et la lutte contre la corruption fut approuvé par référendum par une écrasante majorité.

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Bilan de la guerre civile de janvier 1992 à décembre 1997

     Les morts : Dans sa déclaration du 21 janvier 1998, Ahmed Ouyahia (1952), (Premier ministre de l’Algérie de 1995 à 1998, de mai 2003 à mai 2006, puis à nouveau  depuis le 23 juin 2008 dans plusieurs gouvernements successifs), ce bilan serait de 26 000 morts. Le département d’État américain l’estime à 70 000 morts dont 6 à 7 mille en 1997. Amnesty international annonce un minimum de 80 000 morts, tandis que l’opposition algérienne parle de plus  de 100 000 morts. L’Express en a cité 60 000.

     Personnes disparues : Il y aurait eu 3 000 disparus.

     Les victimes : De 1990 à 1999, outre les 100 000 morts, le nombre des victimes est estimé à environ 1 million.

20 000 Islamistes auraient été emprisonnés.

     Les attentats : Le gazoduc (Transmest) a fait l’objet de 3 attentats depuis 1992. Des bombes déposées aussi bien dans la capitale que dans d’autres villes d’Algérie ont fait de nombreuses victimes tout comme les attaques contre les moyens de transports (cars, train, et les faux barrages de police ou de l’armée).

Sources de la documentation : Le Petit Robert des noms propres ; édit. Dictionnaires Robert ; Michel Mourre Dictionnaire d’histoire universelle ; Jean-Pierre Delarge ; édit. Bordas ; Quid, Dominique et Michèle Frémy ; édit. Robert Laffont www.quid.fr

Mohamed FELLAG (1950) – Rue des petites daurades (2001)

FELLAG Mohamed (1950) – C’est à Alger (2002)

Mohamed FELLAG (1950) – L’Allumeur de Rêves berbères (2007)


 

15 avril 2012

Mohamed FELLAG (1950) – L’Allumeur de Rêves berbères (2007)

Mohamed FELLAG (1950) – L’Allumeur de Rêves berbères (2007)

     Mohamed FELLAG situe son récit à Alger en 1990 où le Front Islamique du Salut (FIS) vient de remporter le plus grand nombre d’élus aux élections locales de juin.

*****

     Il est à peine quatre heures vingt-huit au réveil de Zakaria, le narrateur, quand des bribes de discussion parvenant de l’extérieur le sortent du sommeil. Une vingtaine d’habitants du quartier s’agglutinent en bas, autour du taxi en panne de M. Saïd. Fusent vers le meccano, diagnostiques et conseils des assistants, ponctués de références au bon vouloir divin par Jebbar-l’Islamiste. L’imagination, l’ingéniosité, la solidarité, les solutions de fortune relancent le moteur du véhicule hors d’âge, sous le regard et les appréciations des habitants de la cité tous sur le pied de guerre. Résignés, ils attendent le retour de l’eau, non sans quelques traits d’humour de  la part d’Hakim sur son fauteuil roulant.

*

     Zakaria, 50 ans, journaliste à la rédaction du quotidien « Le Révolutionnaire », l’organe du pouvoir en place depuis l’indépendance du pays, encensaient sans vergogne, dans ses articles, les réalisations du régime. Le zélateur en dissimulait soigneusement les carences. Écrivain, chantre de l’élite gouvernementale, ses récits et ses essais  recevaient sans peine l’approbation éditoriale. L’attaque des autorités par des contestataires du parti sortent brusquement Zakaria de sa torpeur militante. Le voilà qui dénonce violemment la répression sanglante des « manifestations de la faim » d’octobre 1988. Censure de ses ouvrages, mise au placard, lettres de menaces de mort, harcèlement téléphonique, bouleversent son existence d’homme public. La peur le submerge. Elle lui fait adopter un comportement si insensé qu’il provoque le départ de sa femme avec ses enfants. Mis d’office en retraite anticipée, il est libre désormais, ayant pour seules contraintes : remplir ses bassines pendant les horaires fluctuants de distribution d’eau et son réfrigérateur par quelques sorties prudentes dans le quartier. Terré dans son appartement, il noie sa terreur dans l’alcool jusqu’à l’inconscience dont il sort brutalement par d’horribles cauchemars.

*

     Petit à petit, de son balcon, Zakaria  commence à regarder vivre ses voisins, à les saluer, les écouter, à participer à la vie de la cité. Il est repris par l’envie d’écrite un livre, mais ni la fumée du tabac, ni l’alcool n’aident l’écrivain en panne de sujet. Le peuple devient sa matière première. Zakaria commence « d’observer ce microcosme d’humanité avec un appétit nouveau ... glane les minuscules évènements sortant de l’ordinaire par leur teneur étrange, caustique ou dramatique...dresse un fichier d’histoires des gens » de son quartier « laboratoire de toutes les composantes sociales».

*

     Il a trouvé ses personnages : Nasser, le petit technicien du gaz insignifiant qui rejoint Malika, la prostituée, la nuit, quand elle n’est pas « en voyage d’affaires » ; Mokrane, le tenancier de la Méduse bleue, un bar malfamé isolé sur la côte, ouvert pendant les heures du couvre-feu ; Jebbar-l’islamiste qui se réfère à l’intervention d’Allah pour les choses les plus insignifiantes ; les trois barbus qui préparent l’enfer sur Terre sur leur banc de parpaings ; Aziz, l’inventeur génial ; Rose, l’ancienne sage-femme juive qui a voulu rester après l’Indépendance, respectée et protégée de tous ; Hakim sur son fauteuil roulant.

*

     Une nuit, de retour de beuverie, Zakaria croise Nasser, tout tremblant sur le palier. Bouleversé, ce dernier lui confie avoir reçu une lettre de menaces de mort. L’écrivain tient son héros. Il tient son histoire ...

*****

     Un message signé ORION, du 29/10/07, rapporte une interview de FELLAG intitulée « Le rire, c’est le costume du désespoir », à la question :

           « Dans L’Allumeur des rêves berbères, vous dressez le portrait de personnages qui recherchent dans les extrêmes un exutoire à leur peur. Le peuple algérien ressemble-t-il à ces personnages ? »

Mohamed FELLAG répond : 

 « Les Algériens sont comme tous les peuples du monde. Ils vivent en fonction des réalités socio-politiques qui les entourent. Mes personnages sont des sortes de losers, des désaxés que leur environnement a cassés. Leurs rêves, leurs avenirs et leurs amours ont été brisés. Et ces deux premières années de la naissance de la violence en Algérie les poussent à leur extrémité inconsciente, conditionnée par leur culture et par l’éducation qu’ils ont eues. Mais ce qui m’intéresse le plus, c’est la mécanique intellectuelle que ces personnages produisent pour continuer à exister. Quand on est dans une situation extrême, le cerveau s’emballe et essaie de trouver des solutions. Comment rester vivant si on est menacé ? Comment être encore là demain ? Comment faire vivre ma famille ? »

http://www.algerie-dz.com/forums/showthread.php?t=62305

 L’Allumeur de Rêves berbères est paru en 2007, chez J.C. Lattès

 FELLAG Mohamed (1950) – C’est à Alger (2002)

http://colinecelia.canalblog.com/archives/2012/04/04/23935188.html

 Mohamed FELLAG (1950) – Rue des petites daurades (2001)

http://colinecelia.canalblog.com/archives/2012/03/24/23845042.html

Contexte politique en Algérie de 1990 à 1999

http://colinecelia.canalblog.com/archives/2012/04/26/24108833.html


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04 avril 2012

FELLAG Mohamed (1950) – C’est à Alger (2002)

FELLAG Mohamed (1950) – C’est à Alger (2002)

 

     Le recueil de nouvelles de FELLAG, C’est à Alger, nous immerge dans la tragédie algérienne du dernier quart du XXe siècle.

*****

 La théorie des dominos 

      Bâb-El-Oued, une nuit froide de décembre 1975, des nervis attirent Mourad dans un guet-apens. Enlevé, conduit dans des locaux sordides, Mourad est interrogé, menacé, malmené, insulté et objet de l’humour sadique de tortionnaires aussi bêtes que cruels. Persuadé être la victime innocente d’une erreur, Mourad apprend que son crime est d’avoir ri à une plaisanterie anodine d’un inconnu, sur le Président algérien (voir contexte 1). Le malheureux est jeté dans une cellule des sous-sols glacés et sombres de l’immeuble. L’endroit est déjà occupé par un être famélique, enfermé là depuis une douzaine d’années, sur un motif aussi futile.

 *****

 Le Nègre de midi 

      Farid est un marginal, aux yeux de tous. Artiste-peintre autodidacte, voilà presqu’un an qu’il consacre tout son temps à la réalisation du portrait d’une jeune fille aperçue dans la rue. Chaque touche de couleur, chaque trait de la miniature concentrent tout ce qu’il est capable de donner, d’imaginer, d’aimer, d’espérer. Un après-midi d’août 1992, alors que le tableau achevé est enfermé dans la niche creusée au coin de la terrasse, que la ville est paralysée par la chaleur torride, une fillette l’informe que le « Nègre de midi » demande à le voir...

 *

     Ce conte offre une ouverture sur l’imaginaire, l’irrationnel. Il nous propose une réflexion sur l’universel et l’intemporel de l’art et de la culture. Il nous invite à méditer sur la vie, la mort, l’éternité, sur le passé, le transitoire du présent, aussi cruel et fou qu’il soit. L’imaginaire est l’échappée du puits sans fond du désespoir, de la résignation, de l’oubli, de l’interdit. L’imaginaire est l’Oiseau de paradis aux ailes magnifiques, qui plane, inaccessible, au-dessus des chars, des hélicoptères et des hordes noires.

 *****

La balle 

      Alger est en état de siège. Un officier s’écroule, la tête fracassée par une pierre lancée d’un toit. La provocation déclenche les tirs de riposte de l’armée qui affronte les Islamistes place des Martyrs.

      Face à face, deux amis d’enfance se reconnaissent, Kamel le chef des barbus, pistolet braqué sur Nordine. Trop tard ! Nordine, le soldat, vient précisément d’ajuster son tir. « Le temps suspend son vol. »

      Amis d’enfance, d’adolescence, de jeunesse, partageant joies et épreuves, séparés seulement par l’opportunité qu’ils ont eu de se sortir de l’insécurité matérielle, l’un dans un camp, son ami dans l’autre. Le destin direz-vous!

      Quoi d’autre ?

      Nordine aussitôt abattu par le snipper provocateur.

      Deux vies évoquées en durée balistique et abrégées, pour..., pour des causes qui ne sont pas les leurs : celles d’Islamistes radicaux algériens, saoudiens, iraniens, afghans, soudanais ; celles de généraux carriéristes, indifférents au coût humain de leur stratégie ; celles d’hommes d’affaires, de grosses affaires, auprès desquelles que représentent deux vies ?

 *

      FELLAG, alterne l’évocation du drame avec l’écoulement de la minute fatidique, qu’il étire, prêtant à la balle une conscience et une résistance à l’absurdité de la scène, dans une lutte tragi-comique, du chargeur à la cible. Paradoxalement, ce procédé, donne vie à l’action de mort décrite dans cette nouvelle concise et poignante datée de juin 1991.

 *****

 Allô !

      Dès que la maisonnée est endormie, réfugiée sur le balcon de l’appartement, jusqu’au premier appel à la prière du lever du jour, une femme téléphone à Samir, l’homme qu’elle aime.

      La chronique de sept monologues adressés à un correspondant compréhensif, patient et taciturne révèle, au fil des nuits, la personnalité de Samia et la cause de ses appels clandestins. Malgré des études supérieures, une formation juridique et une expérience professionnelle, cette jeune femme cultivée est recluse par ses frères et beaux frères acquis à l’Islamisme.

      Depuis le fond des âges, sort absurde et injuste accordé au fait d’être née femme, qui la condamne à rester cloitrée sous surveillance avec ses sœurs et belles-sœurs, guettée par l’effrayante perspective d’un mariage arrangé.

      Faisant fi du couvre-feu, dans la nuit de décembre 1997, des ombres discrètes glissent le long des murs, des familles terrorisées tentent d’échapper à la horde islamiste et l’écho de la chasse infernale parvient jusqu’au coin de balcon où se tapit Samia.

 *****

Alger-New York 

      Hocine « avait l’insouciance et l’inconscience d’une génération que la politique dégoûte au plus haut point parce que c’est un truc de bourgeois ou de pouvoir, honni de naissance dans les quartiers d’où il vient. »

      Hocine tentait de vivre, tout simplement ! Il fallait se débrouiller, évidemment ! Il avait un petit trafic lucratif d’importations illégales de produits de première nécessité et avait un don pour dégoter les objets les plus invraisemblables afin de satisfaire les désirs inhabituels d’un client.

      L’existence d’Hocine se compliquait depuis cinq ans que la guerre civile s’étendait sur l’Algérie. Rentrer avant le couvre-feu, ruser avec les interdits s’ajoutaient aux problèmes de logement, de chômage et de pénurie.

       N’avait-il pas, du renfoncement d’une porte, assisté impuissant à l’exécution d’un homme par un commando islamiste ? N’a-t-il pas senti mourir dans ses bras une fillette ensanglantée, victime d’un attentat à la bombe particulièrement meurtrier ?

      Le Rouquin, son ami philosophe, Malik, l’ingénieur du temps, son copain Zaïd ont été massacrés un à un, et … Farida, son amour, égorgée avec sa famille dans leur appartement. L’étau se serrait sur lui.

      Que lui restait-t-il ?

      La mort ou l’exil !

 *

      Le récit fait un va et vient entre les derniers mois de 1995 décisifs d’Hocine à Alger et les jours qui précédèrent l’attentat du 11 septembre 2001, à New York. Le « rêve américain » concrétisé par le froid, la faim, la misère, la solitude prenait alors fin, car, rattrapé par l’horreur qu’il avait cherché à fuir, Hocine est devenu un suspect aux États-Unis. Terroriste potentiel, il est arrêté…

*****

     Ces nouvelles oscillent entre fantastique et réalité. FELLAG raconte l’histoire individuelle de héros pris dans l’engrenage des problèmes socioculturels, empêtrés malgré eux dans les contradictions de la réalité algérienne et victimes de causes dont les enjeux les dépassent.

      La force de ces textes est de suggérer, sans pathos, le contexte dans lequel les personnages évoluent. L’éventail des thèmes abordés nous fait découvrir en filigrane les réalités pudiquement cachée sous les termes d’années noires.

      FELLAG-homme-de-théâtre se profile derrière FELLAG-écrivain dans l’art de planter sobrement le décor, de mettre en scène ses héros, par la clarté du texte et  la vie qu’il a su donner aux cinq récits.

Mohamed FELLAG (1950) – Rue des petites daurades (2001)

 Mohamed FELLAG (1950) – L’Allumeur de Rêves berbères (2007)

Contexte politique en Algérie de 1990 à 1999

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24 mars 2012

Mohamed FELLAG (1950) – Rue des petites daurades (2001)

Mohamed FELLAG (1950) – Rue des petites daurades (2001)

    En toile de fond, une rue imaginaire d’un quartier populaire de Paris, la rue G., que tout le monde appelle « rue des petites daurades » ; une église désertée sur une petite place ; en face, une école style Troisième République accueille les enfants du quartier ; pas moins de six bistrots dont Les Chants Alisés, en face de l’entrée de l’hôpital, le plus populaire et le plus animé, et aussi le Révizor qui regroupe tous les rabougris et les aigris du quartier ; accolée au petit marché couvert, la boulangerie La Tradition de Madame Lucienne ; plus loin, un peu en retrait, à l’emplacement de l’ancienne usine de souffre, s’élèvent les bâtiments de la Résidence des Cerisiers et dans la petite rue qui descend vers le canal, l’enseigne de néon rosâtre de l’Excelsior éclaire depuis quarante ans, les trois étages de la façade crasseuse et décrépie d’un vieil hôtel.

* 

     De nouveaux arrivants ont posé là leur balluchon, victimes des vicissitudes du siècle dernier, et se sont mêlés aux autochtones. La rue G. héberge une population  cosmopolite de petites gens oubliés où se noient des paumés, des marginaux, des petits délinquants, des diplômés es combine, des naïfs, des inventifs, des renfermés, des expansifs, et des excentriques. FELLAG  nous invite à découvrir l’univers de personnages surprenants dans leur complexité et leurs paradoxes.

 ***** 

Sur un mode fantastique, tantôt merveilleux, tantôt terrifiant, FELLAG révèle les ambivalences sous les masques, sonde les points faibles des carapaces les plus coriaces, libère les ingrédients d’une réalité sociale, volontairement condensée dans la rue G., les exacerbe,   pour mettre en scène une humanité rêvée, solidaire, généreuse dans laquelle chaque être a une place privilégiée.

*  

Les qualités d’essayiste et de scénariste de Mohamed FELLAG dominent dans la rédaction de Rue des petites daurades, son premier roman. Ses admirateurs retrouvent dans ce livre l’humour, la dérision complice, la faconde et surtout l’humanité qu’il déploie dans ses spectacles. Le roman a été publié aux Éditions J. C. Lattès, Paris.

***** 

La pièce de théâtre « Rue des petites daurades » qui a été tirée de ce livre a été montée au Théâtre international de Paris en 2001. Elle a été reprise depuis par de nombreuses compagnies. 

 

FELLAG Mohamed (1950) – C’est à Alger (2002)

Mohamed FELLAG (1950) – L’Allumeur de Rêves berbères (2007) 

Contexte politique en Algérie de 1990 à 1999

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