28 septembre 2014

DÉCOLONISATION DES PAYS AFRICAINS DANS LES ANNÉES 1950 à 1960

DÉCOLONISATION DES PAYS AFRICAINS DANS LES ANNÉES 1950 à 1960

- Le Soudan anglo-égyptien : Le Soudan fut conquis par l'Égypte dans les années 1820-1821.  À partir de 1881, il fut en proie à l'agitation déclenchée par le Mahdi qui devint maître de tout le pays de 1885 à 1898. Un condominium anglo-égyptien fut établi par la convention du 19 janvier 1899. En octobre 1951, le roi d'Égypte Farouk  1er abrogea unilatéralement les conventions passées avec les Anglais et se proclama roi du Soudan. Après le coup d'État de 1952, l'Égypte  a reconnu au Soudan le droit à l'autodétermination. Le Soudan devient indépendant en 1956

- Le Ghana : Cet état d'Afrique occidentale est constitué par l'ancienne colonie britannique de la Côte-de-l'Or et par l'ancien Togo britannique avec pour capitale Accra. Rattachée administrativement à la Sierra Leone en 1844, la Côte-de-l'Or  devint colonie de la couronne en 1874. Une partie de l'ancien Togo allemand confié à la tutelle britannique en 1919 par la S.D.N. passa sous l'administration de la colonie en 1922. À la suite d'un plébiscite, le Togo britannique fut intégré à la Côte-de-l'Or le 13 décembre 1956. Le 6 mars 1957, le Premier ministre Nkumah fit reconnaître l'indépendance de son pays sous le nom de Ghana.

- La Guinée, était un État d'Afrique Occidentale Française dont la capitale est Conakry. Le pays constituait avec le Sénégal le "Protectorat des Rivière du Sud". Il devint en 1893, la colonie de la Guinée française. Celle-ci fut englobée dans le gouvernement général de l'AOF. Territoire d'outre-mer en 1946, la Guinée fut la seule possession française à demander son indépendance immédiate lors du référendum du 28 septembre 1958.

L'année 1960 est marquée par l'accession à l'indépendance de la plupart des autres colonies françaises d'AOF et AEF, suite au référendum de novembre 1958. 

le Cameroun, ancienne colonie allemande partagée en 1918 entre la France et le Royaume-Uni obtient son indépendance 1er janvier 1960 sous le nom de République unie du Cameroun (capitale : Yaoundé).

- le Togo (capitale : Lomé) fut conquis sur les Allemands par les Franco-anglais  le 26 août 1914. Il fut divisé en 1922 sous l'égide de la S.D.N. (Société Des Nations), en deux mandats, français et anglais, qui furent placés sous la tutelle des Nations Unies en 1946. Proclamé République autonome du Togo au sein de l'Union française en 1956, il devient à son tour indépendant le 27 avril 1960.

- L'Angleterre et la France se disputaient, tout au long du XVIIIe siècle, la possession du Sénégal. La colonie fut restituée à la France en 1814, qui n'en repris possession qu'en 1817. En 1904, la Dakar devient la capitale de l'AOF. À la suite du référendum du 28 septembre 1958, le Sénégal  devient une République autonome au sein de la Communauté française (25 novembre 1958). Le 20 juin 1960, le Sénégal se réunit avec le Soudan français, pour former la Fédération du Mali. Dès le 20 août, le Sénégal (capitale Dakar) quitte cette Fédération, puis le 22 septembre, le Soudan (capitale Bamako) prend le nom de Mali (ancien royaume africain).

La colonie du Soudan français avait été créé en 1891 avec pour capitale Kayes qui fut transféré en 1899 à Bamako. En 1895, elle est intégrée à l'AOF. En 1904, elle est réunie à la colonie du Haut Sénégal et du Niger. Le démembrement de cette colonie en 1920 donne naissance au Burkina-Faso. Le Soudan français reprend son nom avec pour capitale Bamako.

- Le Congo Belge fut une possession personnelle du roi des Belges Léopold II, depuis la conférence internationale de Berlin en 1885 (capitale Boma). L'effort de colonisation dépassant rapidement les ressources personnelles du roi, ce dernier sollicita des emprunts auprès du Parlement belge. Toutes les terres vacantes furent déclarées propriété de l'État. La domination sur le pays se faisait de plus en plus dure, les indigènes furent soumis à des corvées excessives. Ces traitements inhumains furent dénoncés en 1904 par le consul anglais. Ce n'est seulement qu'en mars 1908 que le Parlement accepta le transfert du Congo à la Belgique que le roi avait lui avait accordé la faculté d'annexer dès 1901. À la suite de l'indépendance des anciennes colonies françaises au sein de la Communauté (1958), de graves émeutes  se produisirent. De nombreux partis politiques noirs se constituèrent.  L'indépendance du Congo fut officiellement proclamée par le roi Baudouin Ier, le 30 juin 1960. La capitale de la République démocratique du Congo Léopoldville (depuis 1926) prendra le nom de Kinshasa en 1966. Cependant, le nouveau pays reste  miné par la violence et les luttes intestines, dont celle qui mènera à la sécession de la province du Katanga.

- le 1er juillet 1960, est marqué par la fusion de la colonie italienne Somalia  et de la colonie britannique Somaliland sous l'appellation de République de Somalie.

- Le Dahomey, colonie française incluse dans l'AOF en 1899, devint un territoire d'outre-mer en 1946. Il fut un État membre de la Communauté française (décembre 1958) et acquit son indépendance totale le 1er août 1960 avec pour capitale Porto Novo. Le Dahomey a pris le nom de Bénin en 1975.

- Colonisé par la France en 1900, le Niger (capitale Niamey) devint un territoire militaire. En 1922, il fut érigé en colonie au sein de l'AOF, puis territoire d'outre-mer en 1946. Le Niger fut intégré à la Communauté française suite au référendum de 1958. Le 3 août 1960, le Premier ministre, Diori Hamani, proclama l'indépendance complète du pays, tout en conservant des liens étroits avec la France.

- La colonie française de Haute-Volta fut créée en 1919 avec une partie de la colonie du Haut-Sénégal-Niger, elle-même créée en 1904. Elle est supprimée en en 1932 et partagée avec les colonies françaises voisines. Elle est reconstituée en 1947. Elle devient une République autonome à l'intérieur de la Communauté le 11 décembre 1958. Après avoir rompu avec cette dernière en juin 1960, elle devient entièrement indépendante le 5 août 1960. La Haute-Volta prend le nom de Burkina Faso en 1984, avec pour capitale Ouagadougou. C'est un des 10 pays les moins développés du Monde.

- La colonie de la Côte d'Ivoire a été créée en 1893, mais ne fut pacifiée qu'après 1898. Elle englobée dans le gouvernement général de l'AOF en 1899. La Haute-Volta en fut détachée en 1932 pour constituer une colonie séparée. Elle est devenue territoire de l'Union française en 1946 et a accédé à l'autonomie, au sein de la Communauté française en décembre 1958. Elle est devenue indépendante le 7 août 1960, avec pour président Félix Houphouët-Boigny. Sa capitale Abidjan a été transférée à Yamoussoukro en 1997.

- Le 11 août 1960, le Tchad, une colonie très pauvre de l'ancienne AEF (Afrique Équatoriale Française) devient indépendant (capitale : Fort-Lamy, aujourd'hui N'Djamena). Son premier président est un Sara chrétien du Sud : l'instituteur François Tombal Baye. Son assassinat en 1975 débouche sur la mainmise des nomades musulmans du nord sur le pouvoir.

- Après l'incident de Fachoda, l'Angleterre laissa à la France le bassin de l'Oubangui par l'accord franco-anglais de mars 1899. L'Oubangui-Chari devient colonie  en 1910 dans l'AEF (Afrique Équatoriale Française). En 1958, l'Oubangui-Chari devint république autonome au sein de la Communauté française et prend le nom de République-centrafricaine avec Bangui pour capitale, puis obtient son indépendance complète le 13 août 1960.

- Le Congo français : En 1891, la colonie du Congo français est fondée. Lors de la création en 1910 de l'AOF, la région fut divisée en deux territoires : le Gabon à l'Ouest et le Moyen Congo à l'Est. Afin d'avoir les mains libres au Maroc, le France céda une partie du Congo à l'Allemagne (la vallée de la Sangha jusqu'au fleuve Congo par le traité du 4 novembre 1911). Ce territoire fut ré-annexé en 1919. Dès 1940, le Congo s'était rallié au général de Gaulle aussi devint-il en 1946 un territoire français d'outre-mer, représenté à l'Assemblée nationale. Il devint république au sein de la Communauté française à la suite du référendum de novembre 1958. Le Congo proclama son indépendance complète le 15 août 1960 et prend le nom de République populaire du Congo appelée communément Congo-Brazzaville.

- La colonie du Gabon fut d'abord réunie au Congo français en 1888, puis incluse dans l'AEF. Passé à la France libre  dès 1940, le Gabon devint en 1946, un territoire d'outre-mer. Son assemblée territoriale fut élue au suffrage universel à partir de 1957. La République gabonaise est indépendante depuis le 17 août 1960. Sa capitale est Libreville.

L'Afrique coloniale - accession à l'indépendance des pays africainsGrande


27 septembre 2014

LA RÉVOLTE DES MAU MAU AU KENYA (1952-1956)

LA RÉVOLTE DES MAU MAU AU KENYA (1952-1956)

      Protectorat britannique dès 1895, la colonisation des territoires de l'intérieur du Kenya s'effectua au fur et à mesure de l'avancée la construction du chemin de fer de l'Ouganda à Mombassa sur la zone côtière de l'Océan indien (1900). Le pays devint colonie de la couronne britannique, en 1920, sous le nom de Kenya.

      Sous le mandat britannique, la condition des Africains, auxquels les Blancs n'avaient pas laissé  plus d'un quart des terres cultivables, était misérable. Aussi la population africaine, qui luttait contre le travail forcé, réclamait-elle une nouvelle répartition des terres et la création d'écoles indigènes. Celle-ci trouva une organisation de défense  dans la Kikuyu Central Association créée en 1925, avec à sa tête Jomo Kenyatta. Ce dernier créa en 1947 la Kenya African Union, dont le programme comportait notamment l'abolition des barrières raciales et l'égalité des droits politiques.

      Vers 1952, une société secrète s'est formée dans les tribus Kikuyu, Embu et Meru. Les adeptes de cette société, les Mau Mau, étaient farouchement opposés au mode de vie occidental, étaient liés par des rites sauvages. Leur but était de chasser les Européens par le terrorisme.

     L'état d'urgence fut proclamé en 1952. Les Blancs répliquèrent aux atrocités commises par les Mau Mau par une répression impitoyable : 40 000 Mau Mau furent tués et 80 000 furent emprisonnés. Les autorités britanniques accusèrent Jomo Kenyatta d'être l'instigateur de ce mouvement en dépit de ses dénégations véhémentes. Kenyatta fut condamné à sept ans de prison en 1953.

      Cependant, cette révolte amena le gouvernement britannique à reconnaître le droit du Kenya à l'autonomie interne en 1961, et à accepter une juste représentation des Noirs au Conseil législatif. Elu aux élections de mai 1963, Jomo Kenyatta, devenu chef de l'Union Nationale Africaine (K.A.N.U), fut désigné comme Premier ministre, le 1er juin suivant.

Le Kenya devint pleinement indépendant le 12 décembre 1963. Il adopta, alors, un régime républicain et resta dans le Commonwealth.

Sources : Dictionnaire d'Histoire universelle Michel MOURRE - Jean-Pierre Delarge - Bordas

Romain GARY (1914~1980) – Les racines du ciel (1956)

Romain GARY (1914~1980) – Les racines du ciel (1956)

     L'histoire se déroule au Tchad, en AEF (Afrique Équatoriale Française), au début des années 1950, alors que, dans les colonies voisines, l'émergence de groupes indépendantistes et les premières manifestations contestant l'autorité des métropoles belge, anglaise et française inquiètent les gouvernements respectifs et que les soulèvements qu'ils suscitent sont violemment réprimés(1).

     Au début du récit, un jésuite, le Père Tassin, a quitté le terrain, où il dirige des fouilles archéologiques pour des instituts belge et français de paléontologie. Il retrouve, au cœur de la forêt équatoriale, Saint Denis, l'administrateur en charge des grandes réserves de troupeaux africains dans son campement. Après quelques heures de repos, la conversation des deux hommes porte un moment sur leurs amis communs, les bruits de guerre et de paix, les travaux du Père... Enfin, le jésuite pose la question pour laquelle il n'avait pas hésité, malgré ses soixante-dix ans, à faire deux jours de cheval. Saint Denis répond sans réticence. Silencieux, le jésuite l'écoute parler, avec une politesse presque distante. La nuit tombée, le boy de l'administrateur allume un feu près duquel le quasi-monologue de Saint Denis se poursuit la nuit durant. Les propos de ce dernier portent sur une affaire impliquant une certaine Minna et un dénommé Morel. La confiance et la naïveté dont il fit preuve dans cette vilaine histoire ont, pense-t-il, entraîné sa mutation en pays Oulés.

     Un entrecroisement de témoignages, de points de vue émis par les différents personnages, entrecoupés d'interventions du narrateur, apportent au lecteur la plupart des éléments d'une réflexion sur l'emprise implacable des êtres humains sur la nature. Jusqu'où vont les Droits de l'Homme ? Reste-t-il une place pour ce qui existe, pour ce qui ne sert à rien de nécessaire, d'utile, de lucratif, d'idéologique, de politique, de religieux, si ce n'est exister, être libre, majestueux, fort et beau ?

     Qui est ce Morel ? Est-ce un illuminé, un toqué, un farfelu, un fou ? Certains le pensent. Il est, comme peut le devenir un éléphant, un "rogue", un éléphant solitaire porteur d'une blessure secrète qui l'a rendu méchant et hargneux, porté à attaquer, estiment d'autres. Est-ce un agitateur anticolonialiste ? Les autorités métropolitaines en sont persuadées. Le peuple Oulès voit en lui l'ancêtre des éléphants "Uba Giva" et nombre de Blancs, un gêneur nuisible. Est-ce un homme convaincu, sincère et courageux ? Minna en est certaine.

     Ancien Résistant, Morel, le héros du roman, fut interné dans les camps nazis de la seconde Guerre Mondiale. Là-bas, au camp, les hommes de sa baraque, en dépit du froid, de la faim, de l'épuisement, qui les accablaient, des humiliations, des sévices physique et moraux infligés par leurs tortionnaires, avaient pu garder leur dignité et leur humanité. Leur secret ? Dans les moments les plus éprouvants de leur détention, un de leurs codétenus les amenait à imaginer des troupeaux de pachydermes, symboles de liberté et de noblesse, paisibles et puissants se déplaçant dans un paysage grandiose. Morel, sorti rescapé de cette épreuve, s'est voué en reconnaissance au combat pour la sauvegarde des éléphants.

     Son but ? Obtenir une décision internationale pour faire cesser l'extermination des pachydermes. Morel a toujours avec lui une vieille serviette de cuir bourrée de pétitions et de manifestes en faveur de la défense de la nature qu'il adresse à toutes les instances susceptibles d'intervenir. L'affaire évoquée par Saint Denis survient alors qu'une conférence pour la protection de la faune africaine doit se tenir  à Bukavu au Congo belge (actuelle République démocratique du Congo). Cette annonce fournit à Morel l'occasion d'intéresser l'opinion internationale à la cause qu'il défend, afin d'influencer les congressistes en faveur de l'interdiction qu'il souhaite. , Morel prend la brousse accompagné d'Idriss un pisteur africain et de Youssef un jeune africain, silencieux, toujours attaché à ses pas, armé, le regard à l'affut, menaçant. Il  entreprend des actions punitives contre ceux qui s'en prennent à ses protégés: propriétaires de grandes plantations traversées par les troupeaux; chasseurs, trafiquants cupides et vendeurs de trophées et d'ivoire; organisateurs de grandes chasses, dites sportives ; amateurs de performances dont la vanité tient au prestige du nombre d'éléphants figurant dans leurs tableaux de chasse.

     Au Tchadien, à Fort Lamy, autour de Minna, la serveuse, les conversations sur Morel ne sont que moqueries, suspicions, réprobations, indignations, voire menaces. Elle est la seule à le comprendre et une des rares à avoir signé la fameuse pétition. Allemande de Berlin, Minna était orpheline. Son oncle, chargé de l'élever, l'avait prostituée. Violée par les hordes cosaques libératrices de Berlin, à la chute du Reich, elle tombe follement amoureuse d'un officier russe qui sera fusillé. De cabaret en cabaret, de maison de passes en maison de passes, elle échoue au Tchadien, recrutée par Habib comme serveuse avec la mission de satisfaite, éventuellement, les désirs de certains clients... Quand elle apprend que Morel est en difficulté et manque de munitions, Minna rejoint son groupe et l'accompagne jusqu'à la fin de l'aventure. Il importe, pense-t-elle, qu'à l'issue d'une guerre destructrice, d'une barbarie atroce, une Allemande s'associe à une action symbolique d'humanité.

     Au fur et à mesure des évènements, d'autres personnages se joignent à Morel dans la brousse:

       - un naturaliste danois, Ovist, engagé dans la protection de la nature et des animaux, renommé pour ses interventions jusqu'au-boutistes en faveur des baleines ;

      -  le major américain Forsythe, rejeté par sa patrie pour avoir été contraint de dénoncer faussement à la radio coréenne l'emploi d'armes bactériologiques par l'armée américaine lorsqu'il était prisonnier durant la guerre de Corée. Son engagement auprès de Morel, lui vaudra l'estime de ses concitoyens. Il pourra rentrer en Amérique où il est attendu en héros ;

         - un Africain Waïtari qui a fait ses études universitaires en France. Député français, il a démissionné de l'Assemblée Nationale pour fonder un mouvement indépendantiste. Celui-ci n'ayant aucune audience auprès de la population tchadienne, étrangère à cette époque à la conception de "Droit des peuples à disposer d'eux-mêmes", Waïtari compte exploiter la notoriété de Morel pour faire triompher sa cause. Lorsqu'il réalise l'obstination de ce dernier à proclamer son combat exclusif pour le respect de la nature, il le trahira de manière ahurissante afin de financer l'achat d'armes pour sa future armée de libération ;

          - un ancien marin, propriétaire du Tchadien, trafiquant d'armes, Habib, qui se fait oublier auprès de Morel après la découverte de la nature de ses activités. Sa cupidité l'amènera à lâcher Morel pour suivre Waïtari ;

        - un photographe de presse Fields, renommé pour ses reportages hors normes dans des conditions terriblement périlleuses. Il estJuif américain et sa famille a été exterminée à Auschwitz. Il  n'apparaît que dans la troisième partie du roman. Seul, le parti qu'il peut tirer de ses photos intéresse ce personnage cynique. L'avion qu'il a loué à la recherche d'un scoop en survolant et photographiant les concentrations animales autour des points d'eau, s'écrase dans la brousse en tuant le pilote. Rescapé, il est secouru, soigné et pris en charge par le groupe de hors-la -loi. Témoin incontournable de l'épopée finale, il deviendra sensible au personnage de Morel au fur et à mesure son déroulement.

     Les forfaits de Morel occupent la Une de la presse internationale. Des campagnes en faveur de sa pétition s'organisent au États-Unis, en Angleterre, en France... Des journalistes et des photographes débarquent à Fort-Lamy, se documentent sur Morel, sur ses motivations, recueillent témoignages et avis. Le gouverneur représentant de l'État français et Schölscher, l'officier méhariste chargé de traquer Morel, désespèrent en vain de convaincre  les fonctionnaires de l'administration parisienne de  sa sincérité et de l'inexistence d'agitation politique. Ces derniers les soupçonnent d'aveuglement et de mollesse dans la mise en œuvre de la poursuite du délinquant. Amoureux tous deux de l'Afrique, ils admirent en secret le courage et la détermination de l'homme que Paris qualifie d'ennemi public.

      Pour le Peuple chasseurs-cueilleurs Oulès, l'éléphant est une source de nourriture. Au moment des grandes migrations qui précèdent la saison des pluies, cette chasse traditionnelle est d'une grande importance dans ses rites de passage à l'âge adulte. L'action se déroule sur leur territoire. Morel, qui sait leur pauvreté, ne s'en prend pas à eux. Les Oulès ne comprennent pas ce que veut Morel, mais ils ne font rien pour aider les autorités à capturer celui qu'ils appellent "Uba Giva". Leur sorcier, Dwala est un ami de Saint Denis.

     D'autres personnages interviennent dans le récit: de Vries l'associé d'Habib; Orsini, un chasseur d'éléphants ; le Père Fargues, un religieux hors normes qui soigne les populations locales ; Hass, un Néerlandais spécialisé dans la capture d'éléphanteaux pour les cirques et les ménageries.

     Morel est un personnage lucide et pragmatique. Il n'est pas dupe sur la nature du ralliement de l'ex-député, mais Waïtari a des armes, des munitions et des véhicules utiles pour ses coups de force. Il a deviné très tôt quelle était la mission du jeune Youssef. Cependant, Morel garde un optimisme à toute épreuve, soutenu par sa foi dans la petite part d'humanité qui reste dans chaque être humain.

L'air s'emplit des barrissements du troupeau en train de se frayer un chemin vers l'eau.

      Romain Gary ne se contente pas d'écrire un plaidoyer pour la sauvegarde des éléphants. Il invite aussi le lecteur à s'interroger sur la place que les humains s'arrogent inconsidérément dans la biodiversité. Il analyse les évènements qui ont façonné la personnalité et la conduite individuelle des différents protagonistes du récit.

      Inventé en 1866 par Ernst Haeckel, biologiste allemand pro-darwiniste, le terme et la notion d'écologie n'était guère sortie du milieu scientifique en 1956. Romain GARY fait œuvre de précurseur avec ce roman. Son livre, Les racines du ciel, est considéré comme le premier roman écologique. C'est un ouvrage dense, riche en documentation, dont le suspens et la construction narrative dynamique soutient d'un bout à l'autre l'attention du lecteur.  

      Le Prix Goncourt a été attribué en 1956 à Romain GARY pour Les racines du ciel.

Cette fameuse serviette bourrée de pétitions et de manifestes pour la défense de la nature.

Note: 1) Dans leurs conversations, les personnages du récit évoquent les exactions cruelles perpétrées, à l'époque de l'affaire, par la secte des Mau Mau contre les Blancs, au Kenya.

Pour plus de détails sur cette révolte (1952-1956), voir :

http://colinecelia.canalblog.com/archives/2014/09/27/30664386.html

Illustration réalisée à partir de la silhouette d'éléphant

http://clipartist.info/openclipart.org/SVG/ArtFavor/elephant02-999px.png

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