UN BARRAGE CONTRE LE PACIFIQUE (1950) - Marguerite DURAS (1914~1996)

      Marguerite DURAS se sert de l’expérience qu’elle a vécue en Indochine, dans sa jeunesse, pour y situer son récit dans les années vingt. La vie de colons blancs pauvres,  la misère de « petits blancs » grugés par l’administration coloniale, proies de la concussion des petits fonctionnaires, constituent le propos du roman.

    L’obsession constante de la mère et de ses deux enfants, Joseph et Suzanne, est trouver le moyen de se procurer de l'argent. La famille côtoie la population indigène misérable, décimée par les maladies et la faim, méprisée des riches blancs, qui, en eux, ne voient  qu’une masse à exploiter.

     Marguerite DURAS décrit la plaine de Kam,  zone reculée de l’Indochine française, belle mais hostile, entre l’océan et la forêt montagneuse. Des bagnards et des terrassiers indigènes au sort encore plus précaire et tout aussi misérable, ont construit la piste qui relie le bungalow de la mère et de ses deux enfants au petit poste avancé de Ram. Celle-ci est fréquentée par les chasseurs de gros gibier et de fauves. 

     L'auteure dépeint la grande ville coloniale, le va-et-vient des hommes d’affaire, les bordées de marins, l’hôtel de passe, la circulation de l’argent, les trafics, la classe des gens d’affaire (M. Jo, Barner, le couple rencontré en ville).

     Ce roman est centré autour de la mère. Les relations, qui lient la mère à son fils et à sa fille, comme celles entre le frère et la sœur, sont fusionnelles  et ambiguës. Nous suivons la lente agonie de la mère, l’émancipation des enfants qui se dégagent de sa tyrannie affective. Suzanne, adolescente, découvre son pouvoir sur les hommes et l’amour physique, tandis que Joseph part avec une femme.

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   On retrouve l’ambiance des récits d’auteurs américains comme Hemingway, Steinbeck, Caldwell:

  •     les dialogues dans une langue parlée autour de la recherche de l’argent, du mariage de Suzanne, de la vente de la bague…, comme la rencontre avec M.Jo à la cantine du père Bart à Ram.    
  •     Des retours en arrière bouleversent la chronologie du récit. La durée de la lutte de la mère contre les eaux, celle du séjour dans la grande ville et celle de la disparition de Joseph, prennent une durée indéfinie alors que ces évènements n’ont dû n’être que ponctuels. La répétition de scènes précises scandent le récit et brouillent la notion de temps.
  •      L’histoire s’organise autour de lieux décrits avec réalisme et une géographie vraisemblable. Le bungalow, la piste, le rac, la forêt, la cantine de Ram, la grande ville, l’hôtel central, l’Eden Cinéma sont autant de décors, qui créent un espace  symbolique favorisant l’expression du désir, du rêve, ou de la mort.
  •     Des objets, la Citroën, la Léon Bollée, le phonographe, le diamant, ont une importance significative dans le récit.
  •    Une grande place est attribuée à l’obsession, la violence, le désir des personnages. Lors de la première rencontre avec M. Jo et lors de la venue de l’inspecteur de l’administration, la conscience du tragique de la situation de la mère et des enfants et de leur impuissance face à des forces qui les dépassent s’exprime par un rire de désespoir démesuré, violent, grotesque.   

      M. DURAS révèle dans ce roman, des qualités qui lui serviront pour le théâtre et pour le cinéma.

       Un barrage contre le Pacifique a fait l'objet d'une adaptation cinématographique distribuée par Diaphana (2008). Il s'agit d'un film franco-belge réalisé par Rethy Panh,  tourné au Cambodge en 2007. Isabelle Huppert avait le rôle de la mère, Gaspard Hulliel celui de Joseph, Astrid Bergès-Frisley celui de Suzanne et Randal Douc était Monsieur Jo.

Marguerite DURAS (1914~1996) - BIOGRAPHIE

Marguerite DURAS (1914~1996) – ŒUVRE